et STATION D'ETUDES MYCOLOGIQUES
Les champignons
Pilz,Hongo,Mushroom,Fungi,Olatra
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INTRODUCTION
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    La diversité des milieux naturels en France et en Europe explique la multiplicité et la diversité des espèces de champignons. 
    Certains sont de bons comestibles qui agrémentent judicieusement l’art culinaire, d’autres sont toxiques ou mortels et doivent donc être parfaitement connus du public, les autres sont tout simplement inconsommables ou sans aucun intérêt culinaire, cependant, tous sont indispensables à l’équilibre de la nature. En relation intime avec son milieu, le champignon est un bio indicateur remarquable. Oublié en Europe dans la pharmacopée, un vent venu d’Asie vient souffler son efficacité à guérir certaines maladies. 
    La grande diversité de leurs formes, de leurs couleurs, de leurs odeurs et de leurs saveurs, sont autant d’atouts à vouloir mieux les connaître, mieux les apprécier non pas uniquement dans un plat, mais les fixer sur une pellicule afin de les immortaliser. Les mycologues sont des gens passionnés qui aiment à partager leurs découvertes, à faire connaître ce monde méconnu mais ô combien fascinant ! 
    Voici donc tracé le but de ce site, en espérant qu’il suscite des vocations et au minimum qu’il invite au respect et à la protection de ces êtres fragiles, éphémères et incontournables pour notre survie.

Patrick LAURENT

GENERALITES
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Un peu d’histoire 

    La mycologie est une science relativement récente. Mais les champignons sont apparus depuis le début de la vie sur terre il y a environ 4,5 milliards d’années et la plupart datent du Crétacé et du tertiaire, dont on peut voir les vestiges dans certains fossiles et surtout dans l’ambre. Les premiers fossiles ressemblant aux champignons actuels remontent au Silurien, soit environ 410 millions d’années. Certains Ascomycètes ont été reconnus du Carbonifère. On dénombre actuellement plus de 400 genres issus des fossiles trouvés sur notre planète. L’amadouvier Fomes fomentarius par exemple, était déjà connu au Mésolithique pour entretenir le feu à partir des étincelles du silex, c’est en quelque sorte l’ancêtre préhistorique du briquet. Dans l’antiquité on a cru que les grenouilles et crapauds étaient capables d’engendrer les champignons ou qu’ils apparaissaient par la conjugaison de la pluie, de la chaleur et du tonnerre. Les Romains connaissaient quelques champignons comestibles, dont la fameuse Amanite des Césars, mais ils connaissaient également les espèces vénéneuses. On dit qu’Agrippine empoisonna son mari l’Empereur Claude avec un champignon mortel. On restera donc longtemps avant qu’une première classification ne soit osée. C’est Linné (Suédois) qui en 1753 propose la classification du monde vivant. Schaeffer dresse le premier catalogue des champignons de Bavière et du Palatinat, bientôt suivi par d’autres mycologues anciens. Persoon est néanmoins le pionnier de cette nouvelle science officielle : la mycologie. Mais le père de la mycologie pour tous les mycologues n’est autre que Elias FRIES (encore un Suédois) qui fixe véritablement les bases de la systématique en mycologie dans son ouvrage magistral : Systema mycologicum en 1821. C’est véritablement à partir de cette date que l’on peut parler de mycologie, bien qu’à l’époque cette systématique ne soit basée que sur la macroscopie, c’est à dire les caractères visibles des champignons. C’est un peu plus tard qu’un Français, cette fois, introduit les caractères microscopiques dans la classification des champignons et édite en 1905 son monumental ouvrage Icones mycologicae. Une nouvelle ère mycologique est née et la nomenclature sera vite bousculée. Elle ne cesse d’ailleurs d’évoluer. Désormais c’est la biologie moléculaire qui vient quelque peu bouleverser cette nomenclature, mais les mycologues de terrain et amateurs ont encore un bel avenir devant eux.
Les mycophages, les mycophiles, les mycologues
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Qui sont ces gens ? 

    En fait, nous naissons tous mycophages par définition. En effet, l’homme n’est autre qu’un chasseur-cueilleur qui a évolué dans la quête de nourriture et les champignons font évidemment partie de celle-ci. La plupart des personnes qui s’intéressent de près aux champignons et plus particulièrement d’une façon plus scientifique, sont passés par ces trois étapes.
Le premier attrait pour les champignons est culinaire. Quand il a épuisé les quelque 40 espèces comestibles dignes de ce qualificatif, devant une telle diversité et abondance d’espèces, le mycophage devient mycophile. Il les aime pour la palette de couleurs qu’ils arborent, pour leurs formes inventives et curieuses, pour leurs odeurs aussi variées que surprenantes, ainsi que pour la saveur attirante ou repoussante. On se prend à les dessiner, à les peindre ou à les photographier. Enfin la collection devient si importante que le besoin de nommer, de classifier, se fait sentir et on passe alors à l’étape suivante pour devenir tout naturellement mycologue. Il existe une sorte de hiérarchie chez ces derniers, même si elle n’est pas affirmée. Au sens du dictionnaire, le mycologue n’est autre que celui qui étudie les champignons, mais il y a les grands et les petits mycologues, ceux qui passent et restent discrets et ceux qui impriment leur nom dans l’histoire par leurs différents travaux ou ceux qui laissent leur nom à des genres ou des espèces que quelques autres mycologues de renom leurs auront dédiés à titre de reconnaissance ou d’admiration. 

    A mon ami Michel PESTEL

Qu’est-ce qu’un champignon ?
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LE REGNE 

    Ils ne sont ni animaux, ni végétaux, mais appartiennent au règne autonome des Fungi. Oui, les champignons sont un règne à part. D’ailleurs et bien qu’ils aient été anciennement classés parmi les végétaux et notamment dans les Cryptogames (avec les mousses, les algues et les fougères) dont les organes reproducteurs sont cachés, leur structure et leur mode de vie les rapprochent davantage des animaux que des végétaux. En effet, ne possédant pas de chlorophylle, ils sont donc incapables d’effectuer la photosynthèse indispensable à la majeure partie des plantes. Ils se nourrissent par absorption d’éléments organiques présents dans leurs milieux, vivants ou morts. Ces derniers possèdent de la chitine propre à certains animaux et surtout les insectes. Les myxomycètes, qui il y a peu encore étaient classés parmi les champignons, font désormais partie d’un autre règne à part. Ils peuvent se déplacer sous forme de plasmode, un peu comme des amibes, dans leur vie végétative. Puis ils sont capables de se former un « squelette » ou du moins une structure en calcium afin de supporter leur partie fertile, dans leur mode de vie reproductrice.

LE MYCELIUM 

    Il faut ensuite distinguer deux éléments principaux dans ce que nous appelons un champignon. Tout d’abord il existe la partie « invisible » car enfouie dans l’humus, dans le sol ou dans le bois en décomposition, nommée : Le mycélium. Ce mycélium est issu de la germination d’une spore, qui n’est autre que la « graine » de notre champignon. Celle-ci va germer pour donner des filaments, puis un tissu mycélien d’une certaine polarité ou sexe (A.B.C ou D). La fusion de deux mycéliums primaires de polarités différentes, va donner naissance à un mycélium secondaire fertile. Ce dernier est la partie végétative, annuelle ou pérenne qui se développe sans qu’on le voie dans son milieu de prédilection. Le mycélium peut se mêler à des algues unicellulaires ou à des cyanobactéries en association symbiotique nommée Lichen. Mais pour les champignons supérieurs ou macromycètes, les seuls traités ici, le mycélium souvent appelé « blanc de champignon » quoi qu’il puisse être de couleurs variées reste discret et caché. Il peut cependant et exceptionnellement être observé sous forme de cordon blanc, les filaments sont alors entourés d’une enveloppe différenciée, d’autres espèces produisent des rhizomorphes blancs ou noirs, aux filaments non différenciés et pour pouvoir résister à de longues périodes défavorables, chez certaines espèces, le mycélium s’enveloppe d’un cortex en masse compacte appelée sclérote. Celui-ci peut ressembler à une petite graine noire ou brune, voire à un pépin de pomme.

LA SPORE 

    Ce n’est qu’à une saison donnée, à la faveur de l’humidité, d’une certaine quantité de chaleur, parfois à la faveur d’un stress, que ce mycélium va donner naissance au « fruit », le sporophore (du grec : « je porte les spores »). C’est cette partie aérienne, visible, qui peut faire quelques millimètres, voire quelques dixièmes de millimètres, à plusieurs dizaines de centimètres de hauteur ou de largeur, qui formera de nouvelles spores indispensables à la reproduction. Par exemple, un sporophore de champignon de Paris Agaricus bisporus est capable de produire 1 million de spores à la minute.
Les spores se situent dans la partie fertile du sporophore : l’hyménophore. Ce dernier se présente sous différentes formes, que sont les lames ou lamelles, les plis, les aiguillons, les tubes terminés par des pores, plus simplement parfois sur une surface lisse comme chez les Pezizes ou les Stérées. Mais les spores peuvent se trouver également dans une structure interne appelée la gléba, c’est le cas notamment chez les Gastéromycètes dont les Lycoperdon appelés vulgairement Vesses de loup. Cette gléba est une masse fertile qui peut contenir des millions de spores, voire des milliards chez la Vesse géante Langermania gigantea.
Les spores elles aussi sont très diversifiées dans leurs dimensions, leurs couleurs, leurs ornementations. Leurs tailles varient de quelques microns à 80 microns pour les plus grosses. Elles sont blanches ou colorées en vert, rose, pourpre, brun, ocre, rouille, marron, noir, etc. Leur paroi est lisse ou bosselée, présentant des petits aiguillons ou des « ailes ». En effet la nature n’est pas avare d’imagination en terme de diversité et surtout d’efficacité.
Le mycélium comme le sporophore sont constitués de cellules appelées hyphes.

LE SPOROPHORE 

    Le terme de fructification devrait disparaître du langage mycologique, les champignons, nous l’avons vu, ne possèdent pas de fruit. Le sporophore issu du développement d’un mycélium de basidiomycète porte le nom de basidiome (ou encore basidioma) et celui issu d’un ascomycète porte celui d’ascome (ou ascoma). On désignera donc l’ascome d’une Truffe du Périgord Tuber melanosporum et on parlera du basidiome de l’Agaric champêtre Agaricus campestris lorsqu’on voudra parler de leur « fructification ».
SPORULATION
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    Les Spores des champignons sont parmi les plus petits éléments de la reproduction et ils sont émis par millions. Chaque être vivant, qu’il soit végétal, animal ou du règne des fungi, adopte un style, une façon de se reproduire. Si l’on connaît assez bien la reproduction des animaux, ainsi que celle des végétaux, qu’en est-il de celle des Champignons ? 

    On sait que certains utilisent simplement le vent pour disséminer leurs spores, d’autres chargent les insectes de trouver une solution efficace pour les disséminer utilement et avec toujours un maximum de chance pour assurer la survie de l’espèce.
Les mycologues ont constaté depuis fort longtemps que les ascomycètes expulsaient les spores hors des asques, avec une force relative, par des sortes de décharges, qui interviennent à des moments précis de maturité, ou à l’occasion de chocs mécaniques (effleurement du sporophore) et par chocs thermiques, (changement brutal de température, il suffit parfois seulement de cacher le soleil et de faire de l’ombre sur un ascomycète, pour que la décharge se produise), voire suite à des transformations chimiques.
Que savons nous en revanche sur la dissémination des basidiomycètes ? Tout porte à penser que comme tout objet, par le simple fait de la gravitation terrestre, la spore, si minuscule soit-elle, tombe au sol sous l’effet de son propre poids, le vent se chargeant de la véhiculer plus au loin. 
    La technique habituellement utilisée pour récolter des spores consiste à poser des chapeaux lamellés de champignons à maturité, privés de leur stipe ou non, directement sur un support, d’attendre la sporulation puis à prélever les spores aux fins d’études, sans préoccupation aucune de la façon dont s’est effectuée physiquement cette sporulation.
Si au contraire, le sporophore est piqué avec son stipe sur un clou, dans sa position originale de récolte dans la nature, force est de constater que notre champignon, en l’absence de forces extérieures, vent, inclinaison, magnétisme, électricité, chaleur, etc.., propulse ses spores, souvent par deux jets distincts et généralement opposés. Les sporées sont obtenues dans une boîte en polystirène ou mieux, dans un coffre en verre (aquarium retourné), dans une pièce fermée non lumineuse. Les sporophores sont disposés avec leur stipe, sur un clou ou un cure-dent en bois, piqués dans le polystirène. Les sporées sont ainsi obtenues en 12 h ou en 24 heures, sur papier coloré ou blanc, sur plaque de verre ou plastique transparent. 
    
    Au microscope, nous constatons que les spores sont fixées par un stérigmate à la baside. Ces stérigmates ne semblent pas équipés d'un quelconque processus de propulsion, ils sont rectilignes et non en forme de serpentin ou de ressort qui pourrait éventuellement expliquer un mécanisme de propulsion. Les basidiospores semblent seulement suspendues, accrochées aux stérigmates. L'effet de l'attraction terrestre voudrait qu'un corps quelqu'il soit, d'une masse et d'un poids donné, tombe à la verticale, en l'absence de force extérieure. Dans le monde scientifique, si la certitude est acquise depuis longtemps que les spores de Agaricomycetideae ne tombent nullement de leur stérigmate, mais sont activement projetées par la baside, elle n’explique pas tout.
Avec la nouvelle technologie proposée par les microscopes électroniques à balayage, nous voyons qu’il y a bien un mécanisme de propulsion, manifesté par le «punctum lacrymans» point lacrimal. 
    Le processus est le suivant : sur la spore, à proximité du pore germinatif, il existe un point lacrimal qui donnera naissance à la goutte initiale qui provient du hile (zone déprimée de la spore d’où sortent des éléments liquides) situé à proximité. Cette goutte initiale grossit et va, par expansion, entrer en contact avec une goutte «plate» appliquée sur la spore. Le mouvement confluent provoqué par la jonction des deux gouttes va engendrer un mouvement d’élévation à la spore, qui sera ainsi projetée. 

    C’est une particularité parfaitement connue. (Ingold 1992 et plus récemment, l’excellent et indispensable ouvrage de Clémençon H.-1997 - Anatomie der Hymenomyceten). Il met également en évidence la diversité des différents éléments de l’hyménium : Basides et une gamme de spores : Les Meiospores, les Basidiospores, les Ballistospores.
Reste à savoir si tous les hyméniums sont équipés de processus identiques. 

    En 1889 FAYOD observait sur Conocybe tenera : «J’ai vu très distinctement... une goutte d’eau que l’on voit se former à la base du hile et disparaître lorsqu’elle a atteint une certaine grosseur, parce qu’elle arrive à toucher l’exospore qui est humide et qu’elle se répand à la surface de la spore...» En fait cette goutte d’eau sert à l’expulsion de la spore sur son stérigmate par dilatation, comme le montre la figure ci-dessous : Croquis n° 2. 
    Concernant les formes extraordinaires des sporées, il faut également envisager les phénomènes de convection liés au dégagement de chaleur causé par le métabolisme intense des champignons en phase de sporulation. Les spores de Ganoderma se retrouvent bien sur le chapeau, il est donc vraisemblable que les courants thermiques portent les spores s’échappant des tubes, au dessus du chapeau. 
    Tout ceci constitue un vaste champ d’investigation à mettre en parallèle à une éventuelle explication, prenant en compte au moins les deux éléments ci-dessus : projection des spores et courants thermiques. Peut-être les champs magnétiques sont-ils également impliqués dans ce phénomène ? Ceci montre bien que la mycologie ne doit pas se limiter au simple exercice de la détermination. C’est un travail de longue haleine, qui nécessite de multiples expériences.

Les champignons orientent les jets de spores 

    Comment expliquer que ces spores se retrouvent à 15, 20, 30 (100) cm de l’hyménophore ? Mieux, dans plus de 80% des cas de figures, la sporulation se fait en deux directions distinctes, souvent opposées. Il est curieux de constater que lorsqu’on met en présence plusieurs champignons d’une même espèce, nous obtenons des sporulations qui vont à l’opposé de l’endroit où se situent les autres sporophores. 

    Il apparaît assez nettement, dans de nombreux cas, que les champignons dispersent leurs spores "semences" afin de se reproduire, dans une direction opposée à la position de l'un de leur semblable. Comme si, sachant qu'un autre champignon allait disséminer ses spores à un endroit donné, il s'efforce de disséminer les siennes dans un autre endroit, pour multiplier les chances de reproduction et de survie. On connaît bien la faculté de certaines plantes à se tourner du côté du soleil ou à diriger leur tige à tel ou tel endroit plus favorable. Le champignon supérieur « macromycète » est donc capable d'orienter le jet des spores, dans la ou les directions les plus favorables à sa reproduction.

Photo Y. Lanceau
CLASSIFICATION
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    On estime qu’il existe plus de 1 500 000 espèces de champignons, macromycètes et micromycètes (les plus nombreux), mais seulement 200 000 environ ont été décrits à ce jour, dont la moitié sont des champignons imparfaits (Fungi imperfecti). On peut considérer qu’il existe environ 20 000 espèces de champignons supérieurs (Macromycètes) en Europe, dont beaucoup sont présents en France (~12000). 
    Parmi les macromycètes, on classe les champignons dans deux grands groupes appelés divisions : Les Basidiomycètes qui regroupent les champignons à lames, à plis, à aiguillons, à tubes ou à hyménophore lisse ou à gléba interne.
Les Ascomycètes regroupent les champignons alvéolés comme les Morilles, en forme de coupe comme les Pezizes ou encore en forme d’aspérités ou de boules noires très dures poussant sur du bois.
Les champignons sont ensuite divisés par classe, ordre, famille, genre, espèce, variété ou forme. A chaque groupe précité correspond un suffixe qui en désigne le rang comme ci-dessous :

Division : Basidiomycètes
Classe : Agaricomycetidae
Ordre : Agaricales
Famille : Agaricaceae
Genre : (exemples) Agaricus, Leucoagaricus, Lepiota…
Espèce :
Elle est définie par un binôme, dont le premier est le nom de genre que l’on écrit avec une majuscule à la première lettre et le second le nom (épithète) de l’espèce proprement dite, qui s’écrit avec une minuscule : Agaricus campestris. Ce binôme est suivi des noms des mycologues les ayant créés ou modifiés selon des règles de nomenclature très strictes. Il est d’usage d’écrire les noms latins en italique. Ce système de classification remonte à l’époque du botaniste suédois Karl von LINNE, qui a établi ce système universel, qui vaut pour toutes les espèces du monde vivant, en 1753, dans la langue des naturalistes de l’époque, le latin. Ainsi les noms en latin sont les noms scientifiques, identifiables par les naturalistes de tous les pays du monde. Il est ainsi plus facile à deux mycologues résidant aux antipodes de la planète de parler d’un champignon comme l’Agaricus campestris, que par deux personnes d’une même région qui le nommeront indifféremment Psalliote des prés, Agaric champêtre, ou autres boules de neige avec la possibilité de parler d’un autre, voire d’autres champignons qui sont affublés du même nom. Il n’est pas rare de trouver toute une cohorte de noms vulgaires à un même champignon suivant les régions, c’est le cas de la Girolle, pour ne citer que cet exemple, qui s’appelle aussi Jaunet, Jauniré, Jaunotte, Jaunette, Chanterelle jaune et j’en passe… 

    Pour ceux qui s’intéressent aux champignons pour toutes autres raisons que la stricte recherche de comestibles, il est souhaitable de s’inscrire à la société mycologique la plus proche de chez vous. Ces dernières font généralement des expositions chaque année et on peut les trouver désormais sur l’Internet. 

    Les Basidiomycètes produisent des exospores. Les spores sont issues d’une baside, attachées par une sorte de pédoncule appelé stérigmate. Elles sont donc extérieures à la cellule porteuse, généralement par 4, on parle alors de baside trétrasporique. Très exceptionnellement les basidiospores sont attachées par deux, voire de façon unique ou en nombre supérieur. 

    Les Ascomycètes quant à eux produisent des endospores. Celles-ci sont issues d’une asque où les ascospores sont placées à l’intérieur de la cellule porteuse, généralement les spores des ascomycètes sont disposées par 8 à l’intérieur de l’asque ou multiple de huit, soit 16, 32, 64, ou davantage, beaucoup plus rarement on trouve des asques renfermant des spores en nombre impair et en faible quantité, soit de l’ordre de 3, 5, 7. L’asque est en général de forme plus ou moins cylindrique, mais parfois elle se présente sous la forme d’un sac au contour irrégulier. Elle peut renfermer des spores en forme de ballon de rugby, ce qui est le cas le plus général.

Les MYXOMYCETES
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    Comme nous l’avons dit précédemment, les Myxomycètes sont placés désormais dans un règne autonome. Ils forment en effet un groupe marginal par rapport aux deux divisions bien connues citées ci-dessus. S’ils produisent également des spores, on ne trouvera chez eux ni basides, ni asques et ils ne sont pas constitués d’hyphes bien que leurs fructifications naissent d’un mycélium. Leur cycle biologique est tout à fait original. Ils se reproduisent par des spores qui germent pour donner des zoïdes biflagellées, soit des cellules amibioïdes. Après plusieurs partitions les cellules sont aptes à copuler deux à deux pour former une cellule appelée zygote. Le noyau du myxozygote se multiplie ensuite pour devenir visible à l’œil nu sous forme d’une masse gélatineuse, le plasmode. Ce dernier, à la manière des amibes, absorbe des bactéries, des moisissures et d’autres champignons qu’il digère. C’est par d’imperceptibles pulsations que l’ensemble se déplace par reptation. Ce mouvement est perceptible après quelques heures où l’on peut voir le déplacement du champignon, grâce notamment aux traces laissées derrière lui des détritus non digérés. Le déplacement est de l’ordre d’une dizaine de centimètres chez certaines espèces en 24 heures. C’est le stade végétatif et nourricier perceptible par une masse gélatineuse très souvent vivement colorée. 
    Vient ensuite le stade de reproduction, qui va littéralement métamorphoser notre myxomycète. D’une masse visqueuse et gélatineuse, il se transforme en changeant de couleur. Celui-ci devient le plus souvent très terne ou en revanche il arbore des nuances d’arc-en-ciel, tout en produisant des myriades de spores le rendant pulvérulent. 

    Les icônes de Margaine ci-contre, en sont un bel exemple.

Notre bibliothèque spécialisée :
Articles
BADHAMIA Berk.
Trans. Linn. Soc. London 21 p.143 (1853) Type : Badhamia capsulifera (Bull.) Berk.
Origin and evolution of the slime molds (Mycetozoa) SANDRA L. BALDAUF* AND W. FORD DOOLITTLE
The Deep Roots of Eukaryotes S. L. Baldauf
Die Dänischen Schleimpilze MYXOMYCETES DANIAE Von K. Bjornekaer und Axel B. Klinge
Nouvelle récolte en France de Trichamphorapezizoidea Jungh. par S. BRUCHET
NOTES ON A COLLECTION OF MYXOMYCETES
FROM SOUTHEASTERN MICHIGAN.*  FLOYD B. CHAPMAN, Ohio State University.
Les Myxomycètesi
Auteurs : Neubert H., Nowotny W. & Baumann K. Die Myxomyceten Deutschlands und des angrenzenden Alpenraumes unter besonderer Berücksichtigung Österreichs. Band 1 (1993), Band 2 (1995), Band 3 (2000)
ECHINOSTELIALES G.W. Martin, Mycologia 52: 127.1961.
CRATERIUM Trentep. in Roth, Catal. Bot. 1 p. 224 (1797) Type : Craterium pedunculatum Trentep. = Craterium minutum (leers) Fr.
CRIBRARIA Pers. Neues Mag. Bot. 1 p.91. (1974) Type : Cribraria rufa (Roth) Rostaf.
DIDERMA Pers. Neues Mag. Bot. 1 p. 89 (1794) Type : Diderma globosum Pers.
DIDYMIUM Schrad. Nov. Gen. Pl. p.20 ; (1797) Type : Didymium farinaceum Schrad. = Didymium melanospermum (Pers.) T. Macbr.
Two new species of Myxomycetes from Southern Nigeria by EJALE U. ANGELA and GILL L. S.
Biosynthkse de la chafne latkrale kthyle du stigmastanol et du stigrnastkn-22,01-3p du myxomyckte Dictyostelium discoideum Radhouane ELLOUeZt Maryse LENFANT
The Myxomycetes of JAPAN Yoshikadzu EMOTO 1977
A checklist of jamaican slime moulds-1957
Physarum pezizoideum and P. javanicum-1964
Fylogeneze a morfologie
NOTE SUR LA MYCOFLORE PARASITAIRE DES ILES GAMBIER Par  Bernard HUGUENIN (1)
Licea margaritacea, a new myxomycete from sycamore bark BRUCE ING
CONTRIBUCIÓN AL ESTUDIO DE LOS MYXOMYCETES EN ESPAÑA PENINSULAR. III. PROVINCIA DE MADRID por CARLOS LADÓ & GABRIEL MORENO
Lado & Moreno-estudios sobre myxomycetes. V-1981
Lagarde-Trichamphora pezizoidea aux environs de Nimes-1917
Lakhampal et al-Licea from India-1990
A monograh of the MYCETOZOA a descriptive catalogue of the species in the Herbarium of the british museum by Arthur LISTER...
Two new species of Cribraria (Liceales) from China Yu Li
INDIAN SLIME-MOULDS (Myxomycetes) by Sher Ahmad LODHI, M.Sc. (Hon. School) 1981
Martin & Alexopoulos The Myxomycetes-1969
MERIDERMA ad int Espèce type : Meriderma carestiae ad int.
Moreno et al-A nivicolous species of Lamproderma from Japan-2005
Müller-Beitrag zur Kenntnis und Verbreitung nivicoler Myxomyceten in Thüringer Wald-2002
Une Introduction aux Myxomycètes Dr. Steven L. Stephenson Université d’Arkansas
Nannenga Bremekamp - A guide to temperate myxomycetes
Nannenga Bremekamp et al - A new species of physarum from the canary isles-1984
UN ESTUDIO SOBRE LOS MYXOMYCETES CORTICÍCOLAS DE LA ISLA DE MALLORCA por FRANCISCO PANDO
PHYSARUM Pers. Neues Mag. Bot. 1 p.88 ; (1794) Type : Physarum aureum Pers. = Physarum viride (Bull.) Pers.
Slime Mold Growing Kit Te a c h e r ’s Manual
SYLLOGE FUNGORUM Omnium Hucusque Cognitorum digessit P.A. Saccardo - Myxomycetes vol. VII.
A handbook of slime-molds by Stephenson
Myxomycetes associated with decaying fronds of nikau palm (Rhopalostylis sapida) in New Zealand
Trichiaceae : espèces nivicoles.
Ukkola & Härkonen - Physarum pezizoideum var.-1996
A taxonomic evaluation of the stipitate Licea species D. Wrigley de Basanta and C. Lado
A Tropical Sline Mold, Diderma subdictyospermum, New to Japan Yukinori YAMAMOTO, Takahiro KIMURA & Yousuke DEGAWA

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Mode de vie ou Statut fongique
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Les champignons supérieurs se divisent artificiellement par leur mode de vie ou leur mode de nutrition en trois groupes : Les mycorhizogènes, les saprotrophes et les biotrophes (parasites). 

LES MYCORHIZOGENES 

    La majorité d’entre eux (environ 60%) sont des mycorhiziens. La mycorhize est une structure d’échange entre le mycélium du champignon et les radicelles des végétaux. On pourrait penser que l’association de champignons aux arbres est souvent hostile, hors c’est tout à fait le contraire. Il s’agit d’une véritable symbiose entre les deux êtres vivants, un échange intelligent à bénéfice réciproque. Quiconque a cueilli des champignons en forêt aura remarqué que ceux-ci se développent souvent en rapport avec les essences sous lesquelles ils sont ramassés. En effet le Lactaire tranquille Lactarius quietus ne vient que sous les chênes, alors que le Lactaire délicieux Lactarius deliciosus ne se rencontre strictement que sous les pins. Si ce dernier vient sous d’autres essences, il s’agit alors d’un sosie portant un autre nom, comme par exemple Lactarius deterrimus sous les épicéas et lactarius salmonicolor sous les sapins, pour ne citer que ces exemples. En effet, certaines espèces sont associées strictement à une seule essence d’arbre, d’autres ne mycorhizent que les résineux, d’autres encore uniquement les feuillus, parfois les deux. C’est le cas de l’Amanite tue-mouches Amanita muscaria qui vient indifféremment sous les bouleaux ou sous les épicéas. Les mycorhizes peuvent être observées dans l’humus des sous-bois. Il suffit de dégager précautionneusement les radicelles des arbres situés à proximités, afin de les trouver. Elle se révèlent sous forme de manchons ou de boursouflures sur les radicelles. 

    Le champignon est capable de puiser dans le sol des minéraux indispensables à la croissance des essences forestières que lui seul aura du mal à absorber. Les champignons renferment des enzymes qui leur permettent de dissoudre certains de ces minéraux, tel le phosphore difficilement soluble dans le sol, et de le transférer ensuite dans les racines des arbres par l’intermédiaire de la mycorhize. Dans le même temps, le champignon profitera de la sève nourricière, utile à son propre développement. On évite ainsi des maladies, des carences et on améliore la croissance des arbres. Ainsi nombre de jeunes arbres sont actuellement plantés dans nos forêts, déjà mycorhizés avec des mycéliums de champignons. C’est le cas de l’épicéa avec le Cèpe de bordeaux Boletus edulis et des Hêtres avec les Laccaires Laccaria affinis ou amethystina. On peut ainsi observer une amélioration de la croissance de ces arbres d’environ 25 % sur une période de 25 ans.
La mycorhize est également très importante dans la trufficulture. La aussi, les professionnels achètent des plans de chênes ou de noisetiers mycorhizés artificiellement en laboratoire avec le mycélium de la Truffe du Périgord Tuber melanosporum, ou d’autres Truffes sélectionnées. 
    Toutes ces mycorhizes sont des ectomycorhizes. C’est à dire que l’échange se passe au niveau du cortex de la radicelle, alors que les associations symbiotiques avec les champignons du genre Rhizoctonia indispensables au développement des orchidées font des endomycorhizes. L’échange se passe alors à l’intérieur même des cellules de la radicelle. 

LES SAPROTROPHES 

    Les autres champignons sont saprotrophes (ou saprophytes) (environ 40 %) ou parasites (environ 5%). Les premiers sont également indispensables à la survie de la forêt. Ce sont eux qui ont la charge entre autres, de détruire le bois mort, les feuilles pour les transformer en un humus fertile. La nécromasse passe avant tout par l’action des champignons, avec les insectes, les bactéries et bien d’autres. Le champignon devient alors allier du forestier, il est élagueur de branches mortes attenant au tronc, il est le bûcheron des arbres morts, il est le destructeur de la souche restée profondément ancrée au sol. Son rôle est d’absorber et de transformer la lignine ou la cellulose, le bois dur deviendra donc une substance molle et granuleuse, indispensable à l’alimentation des arbres vivants. Un champignon saprotrophe peut également se développer sur une plante ou un arbre vivant, sans pour autant lui nuire. Il ne puise au passage que ce qui lui est strictement nécessaire, sans pour autant affaiblir son hôte. Ils décomposent en fait la matière organique morte, qu’elle soit d’origine végétale ou animale. Ainsi les plumes des oiseaux sont décomposées par des champignons, la corne des animaux, leurs poils. 

LES BIOTROPHES (ou PARASITES) 

    Les 5% restant sont des parasites actifs ou de faiblesse. Ils profitent souvent d’une blessure ou d’une maladie d’un arbre, pour en faire la fin, mais ils s’attaquent aussi aux plantes ou aux animaux parfaitement sains. Ces champignons opèrent naturellement la régulation des espèces de la planète, mais l’action de l’homme a rompu cet équilibre écologique et ils sont devenus des menaces pour les espèces sauvages comme pour les espèces cultivées ; nous devons donc les combattre incessamment en y investissant des millions d’euros dans le monde.

Caractères organoleptiques
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- La forme

Les champignons rivalisent d’ingéniosité et de mimétisme pour revêtir toutes les formes possibles et imaginables que l’on puisse trouver dans la nature. En dehors du champignon classique très souvent représenté dans les iconographies, constitué d’un stipe (ou pied), d’un chapeau portant les lamelles, des aiguillons ou des tubes, il existe toute un cohorte de formes bien différentes. Certains, telles les Clavaires, veulent ressembler aux coraux des mers chaudes, le Clathre rouge Clathrus ruber évoque une lanterne, d’autres comme les Morilles se confondent avec les éponges, certains autres vont jusqu’à imiter les nids d’oiseaux afin d’y déposer leurs « œufs » les ostioles remplies de spores comme le révèle le Cyathe nid d’oiseau Cyathus striatus. Les Lycoperdons et les Géastres se présentent sous des formes très diverses, en boule, en forme de poire, d’étoile, de poivrière percée de multiples trous, d’autres ressemblent à de petits personnages de bandes dessinées. Outre la forme, les champignons peuvent être ornés de différents appendices, comme de longs poils chez la Vesse épineuse Lycoperdon echinatum, des écailles et une volve chez les Amanites, d’un anneau chez les Agarics, ou encore de mèches ou de squames tant sur le pied que sur le chapeau. La Truffe elle, ressemble à un diamant noir avec ses granulations pyramidales. On pourrait citer une multitude d’autres formes que les champignons ont emprunté à la nature. Elle sera observée pour chaque espèce, ce qui sera important pour une bonne détermination.

- La couleur

La couleur est révélée directement par des pigments intracellulaires, mais pour d’autres champignons, la couleur peut changer en fonction de l’oxydation de certains pigments. Ces couleurs n’ont d’ailleurs rien à voir avec les poisons et toxines que peuvent renfermer les champignons, qui sont parfaitement incolores et inodores. Chacun connaît la fameuse Amanite tue-mouches Amanita musacaria revêtue d’un joli chapeau d’un rouge vif, maculé de petites écailles blanches et supporté par un stipe d’un blanc pur. C’est le champignon le plus représenté au monde. D’autres espèces préfèrent arborer des couleurs plus discrètes, afin de se confondre avec la végétation, c’est le cas notamment des Morilles, qui en plus ont le pouvoir d’adapter leur couleur à celle du sol, comme le ferait le caméléon. Il n’est pas rare en effet de récolter des morilles parfaitement blanches sur un sol calcaire, mais avec des taches rouille, pour peu que la pierre soit tachée elle aussi de la même couleur par l’oxydation de fer. La morille sera brune sur un sol argileux et très foncée si elle est sur un sol riche en humus. Ce caractère de mimétisme est propre également à d’autres champignons.
D’autres auront remarqué que la chair jaune d’or de certains Bolets change de couleur à la coupe ou au toucher, de façon plus ou moins rapide voire instantanément. C’est le cas également chez certains Leucoagarics, qui du blanc passent immédiatement à un rouge sale à la manipulation.
La couleur peut être altérée aussi, par un manque d’eau dans les cellules du champignon. En effet la Pholiote changeante Kuehneromyces mutabilis, espèce comestible, se montre d’abord avec de belles couleurs ocre à brun, pour devenir assez terne et plus uniformément ocre blanchâtre au fur et à mesure que le champignon sèche, d’où le nom de cette espèce. On dit alors qu’elle est hygrophane. La couleur est l’un des critères les moins importants pour la détermination des espèces. Pour preuve, la Russule charbonnière Russula cyanoxantha, habille son chapeau de toute une gamme de couleurs, allant du vert au violet, en passant par les bleus ou les rouges. Il faut donc baser son diagnostic sur d’autres critères. Certaines espèces, comme le Clitocybe de l’olivier Omphalotus olearius, ainsi que les rhizomorphes des Armillaires sont luminescents.

- L’odeur

Il n’existe pas de bons mycologues sans un bon nez, un peu comme chez les œnologues ou les sommeliers, l’odeur est extrêmement importante pour pouvoir déterminer une espèce. Le plus souvent on recherche l’odeur sous les lames et on accentue la perception de cette odeur en froissant légèrement celles-ci. Certains champignons révèlent leur odeur à la base du pied, c’est le cas de la Russule de Turco Russula turci, qui sent fortement l’iode à la base du stipe. Pour d’autres espèces, c’est l’ensemble du champignon qui sent et les odeurs sont également variées. On peut ainsi sentir : le bonbon anglais ou l’acétate d’amyle, l’anis, la cannelle, le caramel, le miel ou le pain d’épice, l’iris, le jasmin et beaucoup d’autres parfums floraux, mais aussi des odeurs moins agréables, telles que la javel ou le chlore, la serpillière mouillée, la putréfaction, le pressing ou la fumée de locomotive, ou encore des odeurs familières comme la pomme de terre ou le radis, le caoutchouc, le vieux tonneau, etc. Toutes ces odeurs doivent donc être parfaitement connues et référencées ce qui est pour le moins délicat. Très souvent lors d’expositions avec le grand public, les mycologues établissent des ateliers « odeurs », et l’on voit bien combien les odeurs sont perçues différemment selon les individus. Et le jeu est particulièrement difficile car il est peu commun d’attribuer telle ou telle odeur connue à un champignon. Si l’on prend des grains d’anis et qu’on les fait sentir à un candidat, la réponse est immédiate. En revanche, si vous présentez un champignon qui comporte cette même odeur, la réponse est loin d’être aussi spontanée.
Les conditions météorologiques peuvent, comme elles le font pour les couleurs, altérer les odeurs. Les effluves seront particulièrement plus difficiles à percevoir sur un champignon imbu, c’est à dire gorgé d’eau, que sur un spécimen frais et parfaitement sain. De même qu’un vieil individu perdra dans le temps une grande partie de son odeur. Tout dépend également de la capacité du nez à percevoir ces odeurs. Un fumeur, par exemple, éprouve des difficultés à percevoir les différentes nuances des odeurs, de même qu’une personne enrhumée ne percevra que peu ou pas d’odeur.

- La saveur

La saveur est le dernier caractère organoleptique que les mycologues utilisent pour la détermination des espèces, variétés ou formes. Beaucoup de personnes ont perdu la notion du goût et notamment les jeunes. De plus, les saveurs sont souvent confondues. Il n’est pas rare d’entendre qu’un fruit est amer alors qu’il est acide. Dans la chair des champignons ou parfois simplement dans le mucus qui les couvre, ont perçoit effectivement l’amertume, l’acidité, l’âcreté, le piquant du poivre ou du piment ou tout simplement une saveur nulle ou insipide. La chair peut révéler des saveurs connues chez d’autres légumes ou fruits un peu comme pour les odeurs. Il existe encore ici une multitude de saveurs qui vont du goût de la noisette, de la pomme, du haricot vert, à des saveurs plus artificielles ou synthétiques, agréables ou très désagréables.
Afin de connaître cette saveur indispensable à l’identification de l’espèce, il faut prendre quelques précautions avant de croquer et de mastiquer un petit morceau de la chair. Il faut impérativement enlever le revêtement du chapeau en raison du risque de contracter la maladie de l’échinococcose qui est disséminée par l’urine des animaux sauvages et surtout par celle du renard. Ainsi on évitera tout risque de contamination. Le risque est fort faible de croquer dans un champignon toxique ou même mortel, à la condition que le morceau soit immédiatement recraché après la mastication nécessaire à apprécier la saveur de celui-ci.

- (Le bruit)

Le bruit est évoqué dans la littérature pour l’identification d’une espèce, mais ce n’est que pour de très rares cas particulier qu’il est pratiqué, comme pour l’identification d’une Mycène Mycena vitillis, dont la cassure du stipe s’opérant par traction des deux extrémités, émet un bruit sec et perceptible lors de la rupture.
LE BIOTOPE (L'habitat)
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    Le mycophage va orienter ses recherches vers ses coins privilégiés où abondent des espèces comestibles. Il a déjà perçu que la « Girolle » poussait à tel ou tel endroit, mais qu’elle était absente de tel autre. Cependant le Cèpe de Bordeaux lui, pousse sur une autre station. Si la pousse des champignons se fait en fonction de la proximité des arbres avec lesquels ils vivent en relation, la nature du sol influe également fortement sur la sélection des espèces présentes sur ces sols. De même que la température joue un rôle important, les uns préférant la chaleur et les autres le froid. Certaines espèces comme les Pieds bleus des bois et des prés Lepista saeva et Lepista nuda, n’apparaissent souvent qu’à la faveur des premières gelées automnales. 

    Les pelouses calcaires sont des milieux très riches en taxons rares. Ces milieux se raréfient dans certaines régions, comme en Alsace par exemple sous la pression des viticulteurs qui convoitent les quelques reliques de terroirs qui subsistent encore dans cette région. Pour pouvoir conserver ces biotopes précieux, il faut les protéger par des arrêtés de protection, soit au niveau local, départemental, régional ou national. Pour se rendre compte que des espèces ont des exigences quant à la nature du sol, il suffit d’en dresser la cartographie suite aux récoltes successive dans le temps. Ce travail a été effectué dans l’Est de la France depuis de nombreuses années. Cette région est donc découpée en petits carrés d’environ 2.5 km de côté. Il suffit alors de cocher la case ou le champignon est présent. C’est ainsi que l’on verra se dessiner naturellement le massif Vosgien sur cette carte en négatif ou en positif. En effet, la montagne Vosgienne comporte des sols acides, granitiques ou siliceux et son pourtour est composé de sols calcaires ou argilo-calcaires. Ainsi, pour ne prendre que ces exemples, l’Amanite citrine Amanita citrina acidiphile n’est présente que sur le massif Vosgien et ses cônes de déjection drainés par les rivières vers le nord, et quasiment absente ailleurs, alors que le Tricholome de la St Georges Calocybe gambosa n’est au contraire présent que sur le pourtour du massif, préférant ainsi les sols calciclines. Il ne viendrait donc à l’idée de personne, de rechercher en vain des Truffes sur des sols acides, alors qu’elles sont strictement calcicoles. 

    L’altitude a également un rôle prépondérant dans la répartition des espèces dans nos contrées. Celles-ci se raréfient au fur et à mesure que l’on monte. Cependant, certains Myxomycètes ne se développent qu’à la fonte des neiges, on les nomme d’ailleurs les espèces nivales. Ils sont « chassés » par des spécialistes chaque année, afin d’en dresser l’inventaire. De même qu’en montagne, le versant aura son importance. Nous ne récolterons pas les mêmes champignons sur le versant nord souvent froid, que sur le versant sud plutôt chaud, ou encore à l’est très venteux ou à l’ouest plus humide. Tous ces facteurs sont pris en compte par les mycologues qui prospectent leur station d’une manière tout à fait différente de celle de l’amateur de promenades sylvestres et à l’occasion ramasseur de champignons. Nous ciblons d’abords nos biotopes, car nous savons à peu près ce que nous sommes susceptibles d’y rencontrer. Nous nous aidons des cartes IGN, mais aussi parfois des cartes géologiques. Il faut encore connaître les essences qui y sont présentes, afin d’affiner le biotope et pressentir les espèces susceptibles de s’y trouver. 

    La sélection se fait, nous l’avons vu, entre les différents types de végétation. On trouvera en conséquence des espèces différentes dans les haies, les bois et forêts, et dans les prés, les champs ou encore les clairières. En ce qui concerne les espèces toxiques, il faut faire très attention. On sait que l’Amanite phalloïde Amanita phalloides est une espèce mortelle et sylvestre. On ne devrait donc la rencontrer que dans les bois. Mais il ne faut pas oublier que les racines des arbres sont souvent très longues. Ainsi en lisière de forêt, il n’est pas rare de la rencontre à quelques dizaines de mètres de la forêt, en plein pré. Donc, méfiance ! les limites ne sont pas aussi délimitées dans la nature que sur nos cartes. 

    Il existe des biotopes mythiques, plusieurs fois millénaires et évidemment fort précieux. Ce sont les tourbières. Elles sont peu nombreuses en France, souvent nichées en montagne dans d’anciens cirques glaciaires. Elles révèlent là encore toute leur magie en abritant des espèces magnifiques et rarissimes, malgré la rudesse du climat qui les rend plutôt hostiles. 

    Les dunes du littoral sont autant de biotopes intéressants du point de vue mycologique. Qui pourrait s’imaginer qu’à l’automne, et jusqu’au début de l’hiver, l’arrière de nos plages recèle autant de diversité fongique, et parfois en abondance ? Même dans les déserts, on peut trouver des champignons, souvent hypogés, comme les Terfèzes, sortes de « truffes blanches ». 

    Mais on trouve des champignons partout, comme sur les crassiers des hauts fourneaux, dans les cuves à kérosène des avions ou du fioul des bateaux, sur les excréments de lézards ou encore sur le miellat de pucerons. Il en existe même à 4600 m de profondeur dans l’océan Atlantique Nord. Certains (les Termitomyces) sont cultivés par les termites en Afrique, alors que d’autres comme les rouilles ont besoin de deux hôtes différents pour se développer, généralement un arbre et une plante herbacée.
La récolte
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    Il faut distinguer, là encore, vers quel type de cueillette nous allons nous orienter. Est-ce la cueillette pour récolter des champignons destinés à être consommés, ou des champignons qui sont destinés a être déterminés et éventuellement mis en herbier ? 

    Dans la première alternative, il faut se munir d’un panier à fond plat de préférence et d’un couteau. Le sac en plastique est absolument à proscrire, car après une longue marche les champignons sont écrasés et méconnaissables. De plus ils deviennent impropres à la consommation après une altération, rapide surtout par temps lourd ou de forte chaleur, par une attaque bactérienne, voire par des moisissures toxiques. Voici donc les deux ustensiles incontournables, mais on peut les compléter par une carte et une boussole afin de mieux se repérer. Il est effectivement courant de se perdre dans les bois. La cueillette se fait généralement à l’automne, où la nuit tombe assez tôt surtout dans les grandes futaies ombragées. Il suffit que l’on soit attiré par un rond de sorcière ou par une belle « tache », pour ne plus se souvenir de l’endroit où on a garé sa voiture ou perdre son sens de l’orientation. Il faut penser également à se munir de vêtements chauds et imperméables, dans nos régions, l’automne est souvent synonyme d’averses. Il est d’usage de ne récolter que ce que l’on est susceptible de consommer soi même. Une cueillette rationnelle et respectueuse des lieux n’est dommageable ni pour la nature ni pour l’homme. 

    Si au contraire le but de la récolte en est l’étude, on peut se munir également d’un panier, ne serait-ce que pour joindre l’utile à l’agréable, mais il est conseillé d’utiliser des boites de pêcheurs ou des petites boites à outils, avec des compartiments de toutes tailles, à étages de préférence. On peut prendre aussi de petites boites que l’on disposera dans son panier. On en trouve dans de nombreux commerces. On n’oubliera pas la loupe d’un grossissement x5 ou x10, le couteau, un carnet avec un stylo, éventuellement un dictaphone très pratique pour laisser une main libre, et pour les amateurs, un appareil photographique. Les champignons se conservent aussi très bien dans des papillotes de papier en aluminium, y compris pour des envois à des confrères ou à une société mycologique aux fins d’identification.

Comment cueillir les champignons

Si vous connaissez parfaitement les espèces que vous souhaitez récolter afin d’agrémenter la cuisine familiale, mieux vaut couper les pieds. Ainsi, vous évitez de mettre de la terre et des grains de sable avec vos champignons dans votre panier. Ce dernier servira en plus, à la dissémination des spores, un peu comme le ferait un semeur en forêt. Si en revanche vous avez le moindre doute, soit vous laissez le spécimen sur place, soit vous le déterrez avec précaution à l’aide de votre couteau en allant chercher profondément la base du pied dans le sol. Ainsi, lors d’une identification ultérieure seul avec votre guide, ou avec l’aide d’une personne initiée, vous aurez alors conservé tous les éléments du champignon et ses ornementations éventuelles telles que la volve, l’anneau, des écailles, etc. Il est fort sage de ne consommer que ce qui a été formellement identifié comme étant parfaitement comestible. 
    Il est encore possible de récolter un champignon en le faisant simplement pivoter et en tirant légèrement. Souvenez-vous que vous ne cueillez que le « fruit », le mycélium reste donc en place et n’est pas altéré par votre récolte. 

    Si vous êtes naturaliste et que votre seul but est d’identifier les champignons, il vous faut placer chaque espèce dans un compartiment ou une boîte différente. Vous devez noter sur votre carnet la date et le lieu, l’habitat, au minimum s’il s’agit d’une forêt ou d’un pré ; si c’est une forêt, préciser de résineux ou de feuillus, et si vous êtes un peu plus spécialiste, de quelle essence précise il s’agit. L’altitude est importante, le type de sol, au moins s’il est de type calcaire, neutre ou acide. 
    Il est important aussi de savoir si vos champignons poussent isolément, en cercle, ou en touffe, au sol ou sur du bois, voire sur un autre support. 

    Pour photographier vos espèces, il est préférable de posséder un objectif Macro, avec une pellicule d’une sensibilité de 100 ASA qui donne d’excellents résultats. Nous déconseillons d’utiliser un flash qui écrase les formes et surexpose les couleurs. Mais comme les photos vont s’effectuer in situ, souvent dans des endroits sombres, un trépied est donc indispensable afin de ne pas faire bouger l’appareil pendant la prise de vue qui peut alors durer quelques secondes. En fermant la focale judicieusement, vous obtiendrez une bonne profondeur de champ qui révélera les éléments indispensables du champignon utiles à sa détermination. La photo sera ensuite rapportée à la fiche de récolte. 

    On peut, pour pérenniser une récolte, garder une preuve ou faire confirmer son identification en conservant le spécimen dans son herbier mycologique. On lui attribue alors un numéro, un nom de genre suivi du nom d’espèce, avec une description détaillée, concernant la forme, l’odeur, la saveur, la ou les couleurs, les réactions chimiques et les observations microscopiques. On complète le tout par les renseignements portés sur la fiche de récolte. Le spécimen à conserver est préalablement séché à l’aide d’un dessiccateur ou tout autre moyen à base d’une source de chaleur. Avant le conditionnement il faut s’assurer qu’il est parfaitement sec. On le place ensuite dans une pochette en plastique hermétique, avec un peu d’insecticide afin de prévenir la dégradation par des larves ou des mites. L’échantillon est ensuite répertorié et classé. Il existe un autre procédé plus technique et difficilement réalisable par l’amateur, et de plus très onéreux, c’est la mise sous résine de synthèse après lyophilisation. 

    Dans tous les cas, n’écrasez pas les champignons que vous ne consommez pas, même si vous les considérez comme toxiques. Ils ont un rôle incontournable dans leur environnement et il peuvent servir à d’autres dans un but naturaliste ou écologique. Faites contrôler vos récoltes au moindre doute. Laissez toujours les vieux exemplaires souvent impropres à la consommation et surtout quelques jeunes qui en assureront la reproduction.

Place des champignons dans le monde vivant
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Classification

L’esprit humain, aussi sophistiqué soit-il, a ses limites qui ont, très tôt, contraint l’homme à organiser sa pensée pour en faciliter le fonctionnement et, notamment lorsqu’elle est confrontée à des « multitudes », à opérer des regroupements (ranger dans des boîtes), plutôt que d’avoir à considérer l’ensemble d’une manière informe. Opérer de tels regroupements, c’est faire œuvre de classification.

La classification est donc :

- un arrangement des êtres vivants en groupes, un mécanisme de classement, selon des systèmes variables (typologiques, phénétiques, phylogénétiques, ..) (LECOINTRE et Le GUYADER)
- une délimitation, une mise en ordre et une coordination des taxons (MAYR)

12 - Taxonomie

Mais, très vite, compte tenu de la grande diversité potentielle de groupements à opérer, la nécessité de définir des règles de rangement d’une manière cohérente s’est imposée avec force, notamment en définissant les limites de chaque élément de la distribution par rapport à celles de l’élément voisin. Organiser ainsi la distribution des groupes, c’est faire œuvre de taxonomie (1) (du grec, taxis, distribution, ordre, arrangement et nomos, loi).

La taxonomie est donc une science des lois de la classification des formes vivantes.

13 - Systématique

Créer des boîtes, définir les conditions selon lesquelles on y range les éléments, constituent deux approches intellectuelles de base dont se sont contentés, pendant longtemps, les scientifiques qui se sont penchés sur ces questions. Mais peu à peu, les boîtes se multipliant, on a pris conscience qu’elles n’avaient pas toujours la même valeur, que certaines, telles des poupées gigognes, s’emboîtaient les unes dans les autres, bref qu’il existait un principe de hiérarchie entre les regroupements. Si, comme le rappelle COURTECUISSE dans son ouvrage (2), « la taxonomie précise les limites des taxons, la systématique les range dans un système hiérarchisé ».

Selon la Société Française de Systématique, la systématique est, tout à la fois, :

- l’étude et la description de la diversité des êtres vivants
- la recherche de la nature et des causes de leurs différences et de leurs ressemblances
- la mise en évidence des relations de parenté existant entre eux
- l’élaboration d’une classification traduisant ces relations de parenté (l’histoire phylogénétique)

Comme on le voit elle englobe classification et taxonomie.

14 - Nomenclature

Ranger les êtres dans des groupes, nous l’avons vu, est un besoin impérieux de l’esprit humain. Les désigner, les dénommer, en est un autre, non moins fort, qui s’est imposé dès l’origine. Mais pendant longtemps cette dénomination est restée approximative, fantaisiste, voire d’une lourdeur étonnante, certaines d’entre elles, il y a seulement quelques siècles encore, étant de véritables descriptions à part entière. Là encore un besoin d’ordre s’est fait sentir, notamment à partir de l’apport fondamental en la matière de la méthode binominale de LINNE (3). Définir les règles de la dénomination des différents taxons, c’est faire œuvre de nomenclature.

La nomenclature est une dénomination régulière établie selon des lois adoptées dans le monde entier, conformément à des règles fixées par des congrès internationaux. (4)

2 – Retour historique

Le recul du temps nous permet aujourd’hui d’identifier quatre phases principales qui structurent l’histoire de la classification du monde vivant.

21 – La première phase, dite de « taxonomie ancienne » (4ème s. av. JC - 16ème s. après)

Elle va être incarnée par ARISTOTE, personnage fondamental, dans ces matières certes, mais d’une manière générale également ; ne parle-t-on pas de pensée aristotélicienne dont les concepts prévaudront jusqu’au 17ème siècle avant de céder la place à DESCARTES et sa philosophie.

ARISTOTE fut un naturaliste passionné et un logicien productif qui exerça aussi ses talents dans la taxonomie. Il a notamment montré que l’on ne pouvait se contenter d’une approche morphologique globale pour opérer des regroupements, mais qu’il fallait introduire des critères de classification (ce que les biologistes modernes appellent des caractères) qui ne devaient pas être choisis au hasard, les résultats obtenus pouvant considérablement différer selon le type de caractère retenu.

22 – La seconde phase, dite de « taxonomie classique » (16ème s. - milieu du 19ème)

Elle va couvrir les trois siècles qui ont précédé la publication de L’Origine des Espèces par le Moyen de la Sélection Naturelle de DARWIN en 1859.

L’un des apports de cette période, s’appuyant sur l’utilité des caractères dans le classement, mais aussi l’identification des espèces, fut de proposer un système de clés de détermination permettant à des non spécialistes de situer ces espèces. Le grand biologiste français LAMARCK, par exemple, excella dans cet exercice. Cependant, les critères de détermination n’étant pas forcément ceux ayant la plus grande signification biologique, ces clés restent qualifiées d’artificielles.

La préoccupation fondamentale qui va habiter l’esprit des grands scientifiques de ce temps, toutes disciplines confondues, va être de rechercher l’ordre de la Nature engageant là une polémique durable sur l’origine de cet ordre éventuel ; en d’autres termes, y a-t-il un Grand Architecte ? C’est poser alors toute la difficile relation entre le scientifique et le divin.

Ainsi le botaniste français de JUSSIEU avança-t-il, pour les plantes, le principe de continuité suggérant qu’elles formaient entre elles une série ininterrompue où les vides apparents constituaient des « chaînons manquants ».

Si cet ordre naturel ne fut pas découvert, les approches utilisées pour tenter d’y parvenir se sont imposées et notamment le fait de faire reposer l’organisation des êtres vivants sur trois sources de données :

- la structure macroscopique (morphologie)
- la structure microscopique (ultrastructure)
- les éléments du développement (embryologie)

Mais l’influence la plus grande sur la taxonomie fut le fait d’un scientifique suédois qui va se hisser au plus haut niveau depuis ARISTOTE : il s’agit de Carl von LINNE.

Déjà dans son Systema Naturae (1735) il nous proposait une classification des animaux, plantes et minéraux. Puis, comme évoqué précédemment, il conçut la nomenclature binominale qui allait considérablement transformer la nomenclature certes, mais la taxonomie elle-même. Enfin, il proposa un système de classification hiérarchique officiel, introduisant la notion de rangs (genres, ordres, classes, royaumes).

S’il ne fut pas le concepteur du schéma, il fut celui qui vint auréoler de son prestige la vision de son époque quant à l’organisation du monde vivant autour de deux royaumes (5), les animaux (Animalia) et les plantes (Plantae).

23 – La troisième phase, dite de « taxonomie darwinienne et post-darwinienne »
(milieu du 19ème s. – milieu du 20ème)

Troisième géant dans l’histoire de la classification, DARWIN va, avec son concept de sélection naturelle, premier mécanisme plausible de l’évolution, bouleverser profondément tous les modèles antérieurs et faire passer l’ère de la taxonomie proprement dite à celle de la systématique.

Cela étant, DARWIN et ses idées, subirent une opposition frontale de la part des créationnistes (6) qui restaient fidèles à l’explication de la Genèse et considéraient que les êtres existant aujourd’hui avaient été créés en même temps et d’une manière immuable.

Mais, même si aujourd’hui encore subsistent des îlots irréductibles des anciennes théories (ne parle-t-on pas encore parfois de nos jours de créatures !), rien n’a plus été identique après DARWIN. En effet, poussant le raisonnement sur la sélection naturelle, il finit par en déduire que toutes les espèces devaient descendre d’un même ancêtre commun : le concept de phylogénie (du grec, phylum, race, tribu et genos, origine) du monde vivant était né.

Dès 1866, le darwiniste allemand HAECKEL, prenant acte des spécificités qu’ils comportaient, proposait d’extraire des Animalia et des Plantae ces êtres, souvent unicellulaires et invisibles à l’œil nu, les « animalcules » (7) (mises en évidence par le hollandais LEUWENHOEK quelques 150 ans plus tôt grâce à l’utilisation du premier microscope (8)) pour les constituer en un troisième royaume, celui des protistes (Protista) qui regroupait aussi bien les protozoaires que les bactéries et les algues bleues et vertes, ces trois derniers groupes étant rassemblés sous un même vocable, celui de Monera.

En 1939, le biologiste américain COPELAND, entérinant la différence fondamentale entre procaryotes (êtres dont les cellules n’ont pas de noyau ou un noyau très diffus : les bactéries) et les eucaryotes (êtres dont les cellules comportent un véritable noyau) (9) élevait les Monera d’HAECKEL, réduites aux seules bactéries, au rang de royaume, l’ensemble des protistes eucaryotes en constituant un second, les Protoctista, se substituant aux Protista antérieurs. Ainsi naissait un nouveau schéma à quatre royaumes.

L’ultime développement de la phase post-darwinienne fut le fait de l’américain WHITTAKER qui, en 1950 seulement, confirmait le caractère suffisamment différencié des champignons par rapport aux plantes pour, non seulement les en extraire, mais les ériger, eux aussi, en royaume. On aboutissait ainsi au schéma à cinq royaumes semblant constituer désormais, et jusqu’à une époque récente, le véritable point d’orgue : les animaux (Animalia), les plantes (Plantae), les champignons (Fungi), les protistes (Protoctista) et les bactéries (Monera) (10).

3 – Les « temps modernes »

Les trois ou quatre dernières décennies qui viennent de s’écouler vont être marquées par une formidable accélération des événements qui vont venir bousculer d’une manière fondamentale les concepts précédents. On peut parler de véritable révolution dans ces domaines.

31 – Les facteurs de cette révolution

Le bouillonnement actuel, sans précédent depuis DARWIN, peut s’expliquer par la conjonction de trois phénomènes concomitants.

311 – Une révolution technologique

Même si les conséquences n’en avaient pas été immédiates, l’utilisation du microscope avait cependant permis à LEEUWENHOEK de faire découvrir l’existence d’un autre univers du vivant, au delà de la capacité de perception de nos sens.

Les perfectionnements permanents du microscope optique, et notamment la progression de ses capacités de grossissement, mais surtout le saut technologique que va représenter la mise au point de microscopes électroniques ou à balayage va transformer considérablement les capacités d’observation, tant au niveau des grossissements que de l’approche en trois dimensions, et permettre ainsi de pénétrer encore plus avant dans l’intimité d’êtres de plus en plus petits, jusqu’à ces virus dont la taille les rend indécelables au microscope traditionnel.

312 – Une révolution scientifique

La deuxième révolution concerne le prodigieux développement de la biologie, et notamment de la biologie moléculaire, qui va permettre d’appréhender avec étonnamment de finesse les structures de base que représentent les acides aminés, ADN et ARN. Les méthodes actuelles de « séquençage » vont permettre d’établir une nouvelle carte d’identité de chacun des êtres vivants et, par là même, proposer une relecture complète de la classification traditionnelle basée essentiellement sur des caractères morphologiques, qu’ils soient macroscopiques ou microscopiques.

La génétique est en passe de devenir, si ce n’est déjà le cas, la référence absolue en la matière.

313 – Une révolution méthodologique

Un homme, peu connu du grand public, va conditionner la vision de la classification du monde vivant à la mesure de ce qu’ont pu apporter ses trois grands prédécesseurs : ARISTOTE, LINNE et DARWIN. Il est le dernier des « quatre géants ».

Il s’agit de l’entomologiste américain HENNIG qui va proposer, au cours des années 60, une méthodologie originale de positionnement des taxons, la cladistique.

Elle se propose de retrouver les parentés évolutives entre espèces en les rassemblant en groupes monophylétiques, c’est à dire comportant, à la fois, un ancêtre commun et tous ses descendants qui partagent entre eux un même caractère dérivé appelé synapomorphie.

La recherche de l’ancêtre commun en fait une véritable méthode phylogénétique ne se positionnant pas sur l’approche de continuité qui avait prévalu dans une période récente, la généalogie (qui descend de qui ?) mais sur une approche d’apparentement, la phylogénie (qui est proche de qui ?).

L’application de cette méthode va revisiter complètement la structuration antérieure aussi bien au niveau des cinq royaumes si bien posés jusque là que dans leur organisation interne.

32 – La donne actuelle

Les bouleversements occasionnés par ces révolutions sont considérables et se rencontrent à tous les niveaux.

321 – Le concept de domaine

La différenciation avait été faite, nous l’avons vu, entre procaryotes et eucaryotes sur la base de la structure interne de la cellule : absence ou présence d’un noyau.

Cette structure, le nucleus, est un élément fondamental de l’organisation de la cellule des eucaryotes puisqu’il renferme l’ADN, les chromosomes et les gènes.

On comprendra alors que ce critère ait pu amener l’américain WOESE à considérer que les différences ente ces deux groupes étaient suffisamment fondamentales sur ce point pour que les êtres les constituant ne puissent être placés sur le même rang que les autres royaumes « ordinaires » d’eucaryotes possédant tous quatre des cellules régulièrement nucléées et nécessiter ainsi d’envisager la création d’un rang supérieur appelé domaine (11).

Mais, mieux encore, il va mettre en évidence que ces procaryotes que sont les bactéries ne constituent pas un bloc homogène, que deux groupes semblent pouvoir être distingués et que les différences entre ces deux groupes apparaissent aussi importantes qu’elles ne le sont avec les eucaryotes.

Cela amène WOESE, en 1990, à substituer au schéma désormais déjà classique des cinq royaumes un autre schéma organisé autour de trois domaines, deux de procaryotes, les Archaea et les Bacteria et un d’eucaryotes, les Eucarya.

Ainsi un bond prodigieux venait d’être fait. Et pourtant, la discussion continue encore aujourd’hui même. En effet, LAKE fait observer désormais que le groupe des Archaea lui-même ne serait pas si homogène que cela et qu’un groupe au moins mériterait d’en être détaché, celui des Eocytes, avec des spécificités telles qu’il pourrait à son tour prétendre au rang de domaine ! Se dirige-t-on alors vers un nouveau schéma à quatre domaines !

322 – La multiplication des royaumes

Le processus d’éclatement en plusieurs domaines n’a pas épargné leur structuration antérieure. En effet on a pu remarquer que nombre de groupes que l’on avait hâtivement rassemblés, par facilité, au sein d’un même royaume (les protistes notamment) comportaient, eux aussi, entre eux des différences beaucoup plus fondamentales qu’il n’y paraissait au départ, ce qui pouvait justifier la création de nombreux royaumes pour les accueillir.

De fait, chez les seuls eucaryotes, les quatre royaumes du système de WITTAKER oscillent aujourd’hui, selon les auteurs, entre 25 à 60 (12), les pauvres groupes qui avaient régné en maître pendant si longtemps se retrouvant désormais relégués en bout d’arborescence en ne représentant plus qu’1/7ème à 1/20ème de l’ensemble !

Dans un simple souci de simplification de présentation n’ayant aucune valeur scientifique, on peut y opérer certains regroupements :

- cinq royaumes comprenant des espèces de plutôt grandes tailles (visibles à l’œil nu) : les mégaeucaryotes (algues rouges, algues brunes, plantes, champignons, animaux)
- sept royaumes comportant des ressemblances avec les champignons (et dont nous reparlerons plus loin) : les fongoïdes
- de nombreux royaumes rassemblant le reste : les protistes

323 – L’éclatement des groupes traditionnels

L’application de la méthode cladistique a bouleversé considérablement les groupes antérieurs fondés sur des critères purement morphologiques.

Passent ainsi à la trappe : les procaryotes, les protistes, les algues, les amibes, les algues vertes, les mousses au sens large, les gymnospermes, les invertébrés, les poissons, les reptiles, etc…

Tous ces termes recouvrent, en effet, soit des groupes « paraphylétiques » (regroupant une espèce ancestrale et une partie seulement de ses descendants), soit des groupes « polyphylétiques » (regroupant un certain nombre de taxons mais ne contenant pas l’ancêtre commun) alors que la méthode cladistique, nous l’avons vu, impose de ne se baser que sur des groupes « monophylétiques » (regroupant une espèce ancestrale et tous ses descendants et qualifié de clade).

Ils peuvent donc continuer à être employés pour une facilité d’expression mais sans avoir désormais de signification scientifique, de la même manière que le terme « microbe » est passé dans le langage courant.

4 – Et les champignons dans tout cela ?

Les champignons n’ont pas échappé à la réorganisation générale qui a affecté l’ensemble des groupes. Les conséquences qui en découlent sont à apprécier par strates successives.

41 – Leur environnement

411 – Le positionnement du royaume

Dans le système binaire à deux royaumes qui avait longtemps prévalu, les champignons, êtres encore mal connus, avaient trouvé naturellement leur place au sein des plantes dont ils partageaient deux caractères principaux : l’immobilité et une fructification dont l’allure générale pouvait souvent être qualifiée d’ « arbuscule ».

Malgré leurs différences fondamentales avec les plantes (absence de chlorophylle et donc de photosynthèse, absence de liquide nourricier, absence de racines, de tiges, de feuilles, etc), il aura fallu attendre relativement longtemps (WITTAKER – 1950) pour que les champignons soient finalement reconnus comme une entité propre et être érigés en royaume à part entière.

Aujourd’hui, l’approche cladistique a débouché sur un résultat inattendu compte tenu de leur positionnement antérieur : ils s’avèrent pouvoir former un clade (autrement dit, un groupe monophylétique) avec …les animaux !

Ce positionnement apparemment étonnant s’explique par plusieurs facteurs et notamment :

- l’absence de photosynthèse,
- une structure de la paroi cellulaire faite de chitine (13) et non pas de cellulose comme chez les plantes ,
- un stockage de glycogène (14),
- une séquence génétique de l’ARN ribosomique approchante
- des cellules, qui, lorsqu’elles sont flagellées (15), présentent un flagelle propulseur en situation postérieure (16)

412 – Ses alliés proches

Se basant sur la similitude de certains gènes, certains spécialistes actuels ont tendance à rapprocher des champignons un petit royaume protiste comprenant environ 800 espèces et composé d’êtres unicellulaires, parasites intracellulaires d’autres protistes, mais surtout de poissons, insectes et crustacés et qui doivent leur nom au fait qu’à un moment de leur cycle de vie leur cellule se présente sous forme d’une spore résistante munie d’une paroi contenant de la chitine : les Microsporidies

413 – Les fongoïdes

Dans le passé, plusieurs groupes avaient été intégrés parmi les champignons parce que certains éléments de leurs structures (hyphes) ou certains stades de leur cycle de vie (production de spores) avaient été considérés comme relevant d’un caractère fongique fort.

Les analyses génétiques qui ont pu être pratiquées remettent en cause cette conception et conduisent à ériger chacun de ces groupes en autant de royaumes à part entière se situant, d’ailleurs, loin des véritables Fungi (17) dans l’arborescence générale.

On relève ainsi pas moins de sept royaumes se distinguant désormais des champignons :

- quatre appartiennent au groupe des « slime molds », comme disent les anglais (18)

- de type cellulaire : les Acrasiomycota et les Dictyostéliomycota
- de type plasmodial : les Myxomycota et les Plasmodiophoromycota (19)

- trois appartiennent à un groupe particulier de protistes, les Straménopiles

- de type réseau visqueux : les Labyrinthulomycota
- à structure hyphale : les Oomycota et les Hyphochytridiomycota

Le cas des Myxomycota (20) (les ex Myxomycètes) est le plus connu. Ces êtres singuliers comportent dans leur cycle de vie deux phases principales :

- une phase plasmodiale où ils prennent une allure amiboïde
- une phase reproductive où ils prennent une allure fongoïde (« champignon » miniature avec disque basal, tige et sporange au sommet contenant des spores)

Certains mycologues se sont d’ailleurs spécialisés avec brio dans l’étude passionnante de ces êtres extraordinaires. Espérons que les pérégrinations de leur centre d’intérêt dans l’arborescence ne contraindra pas les sociétés mycologiques à devoir leur adresser leur lettre de licenciement !

N’oublions pas non plus de dire un mot des Oomycota qui ont connu leurs lettres de noblesse (si l’on peut dire !) avec les ravages causés dans le passé par l’un de leurs plus éminents représentants, Plasmopara viticola, le trop célèbre mildiou de la vigne qui est resté, à cause de cela, comme l’un des plus caractéristiques « champignons » inférieurs.

42 – Leur structuration interne

421 – Le niveau du rang fondamental

Traditionnellement, les différents groupes étaient répartis en classes, ce qui justifiait le suffixe « etae » : Ascomyceteae, Basidiomyceteae .

Aujourd’hui, la constitution d’un royaume à part entière, celui des Fungi (21) a élevé les classes antérieures au rang de phylums (22) impliquant désormais le suffixe « ota » : Ascomycota, Basidiomycota

422 – Les groupes stabilisés

Si ce n’est leur rang et leur dénomination (voir point précédent), Ascomycota et Basidiomycota restent incontestés et dans un rapport de parenté entre eux suffisamment étroit pour justifier la formation d’un clade les regroupant .

423 – Les groupes en instance d’évolution

Il s’agit des deux phylums restants dont la petite taille les fait parfois qualifier, à tort, de « champignons inférieurs » : les Chytridiomycota (ou chytrides) et les Zygomycota, deux groupes qui se distinguent des phylums précédents notamment par le fait que leur thalle est asepté (il ne comporte pas de cloisons : on le dit siphonné).

Les Chytridiomycota (23) se caractérisent notamment par la présence de flagelles à la partie postérieure de leurs cellules. Cette particularité les avait exclu, pendant un temps, des champignons. Mais leurs autres caractères sont typiquement fongiques : présence d’hyphes, présence de chitine dans leur paroi cellulaire (24), présence fréquente de mycélium. Ils sont notamment connus comme parasites de plantes cultivées.

Comportant une centaine de genres, les Chytridiomycota sont particulièrement révélateurs de ce qu’ont pu être les champignons à l’origine : des êtres unicellulaires munis d’un flagelle et vivant essentiellement en milieu aquatique.

Les Zygomycota (plus de 1000 espèces connues) ont un mode de reproduction mixte (asexué et sexué) et comportent deux classes principales, les Trichomycètes et les Zygomycètes. On en connaît notamment nombre de moisissures, bénéfiques ou pathogènes.

Les découvertes moléculaires récentes indiquent que :

- d’une part, les Zygomycota seraient en fait un groupe polyphylétique
- d’autre part, la séparation entre Chytridiomycota et Zygomycota n’est pas aussi nette qu’on le pensait et certains zygomycotes non flagellés seraient en fait beaucoup plus proches des chytrides que des Zygomycota.

Comme on le pressent, ces deux groupes seront probablement revisités dans un avenir proche.

424 – Un groupe artificiel : les champignons imparfaits

Ascomycota et Basidiomycota sont traditionnellement classés en accord avec la microanatomie de leurs fructifications sexuées, ce qui a naturellement conduit les mycologues à classer dans une sorte de groupe d’attente, les Deuteromycota (ou Deutéromycètes), certaines espèces qui ne sont connues que par leur état asexué. Ce groupe qui comprend environ 25 000 espèces n’a pas de signification phylogénique et ne devrait plus apparaître dans la classification, d’autant que sa dénomination laisse, à tort, penser à une véritable subdivision. Puisqu’il nous faut malgré tout une boîte de rangement pour les garder « en instance », il convient sans doute de préférer l’expression de Fungi Imperfecti, les champignons imparfaits.

425 – Un positionnement délicat : les lichens

Rappelons tout d’abord ce que sont les lichens : une combinaison de deux organismes vivant ensemble intimement.

Situons tout d’abord les protagonistes :

- une algue (25) (généralement une algue verte (26)) ou, éventuellement, une cyanobactérie (27)
- un champignon, ascomycète ou basidiomycète

Les filaments fongiques entourent et croissent dans les cellules de l’algue et fournissent la majorité du volume physique et de la forme du lichen.

Si certains champignons intervenant dans de telles associations sont tout à fait capables de mener une vie indépendante en dehors de la symbiose avec leur partenaire, d’autres au contraire ne peuvent survivre qu’à travers elles.

Les lichens pose un problème singulier (et unique) au niveau de leur phylogénie que l’on ne peut situer en tant que telle, mais seulement à partir de celle de leurs partenaires. Dans ces conditions, où les positionner dans l’arborescence : auprès des algues, auprès des champignons ?

Le fait que le concept d’algue n’ait plus de signification aujourd’hui a conduit certains systématiciens à proposer un positionnement au sein des champignons, entre les deux groupes qui interviennent dans leur existence. Il s’agirait d’un lien très particulier sans rapport avec les liens traditionnels qui concernent tout le reste du monde vivant.

426 – La structuration interne des phylums

Les points précédents laissent entrevoir la structuration du royaume en quatre phylums : Chytridiomycota, Zygomycota, Ascomycota et Basidiomycota, même, comme nous l’avons dit, les deux premiers restent en instance de profonds remaniements.

Pour les Chytridiomycota, on relève encore aujourd’hui plusieurs ordres dont les plus connus sont : les Chytridiales, les Harpochytriales, les Blastocladiales, les Monoblepharidales et les Neocallismatigales.

Pour les Zygomycota, on notera plus particulièrement : les Mucorales, les Entomophtorales, les Zopagales, les Endogonales et les Glomales.

Les Ascomycota, pour leur part, apparaissent actuellement constitués de trois clades qui ont divergé très précocement : les Archaeascomycètes, les Hemiascomycètes et les Euascomycètes (ou Pezizomycètes) qui regroupent près de 90 % de l’ensemble des Ascomycota.

On notera avec intérêt que certaines classes pourtant bien établies antérieurement disparaissent compte tenu de leur caractère « paraphylétique » ; c’est notamment le cas des Pyrénomycètes et des Discomycètes, dont on pourra conserver la dénomination à des fins purement pratiques mais non scientifiques.

En ce qui concerne les Basidiomycota, ceux que fréquentent le plus volontiers les mycologues amateurs, leur classification va se trouver considérablement remaniée, les données de la biologie moléculaire, complétées par des données biochimiques et ultrastructurales remettant en cause des subdivisions classiques comme celles des Heterobasidiomycètes et des Homobasidiomycètes.

La tendance actuelle est de les subdiviser en trois grands groupes : les Ustilaginomycètes (les charbons, avec les Entorrhizomycétidés, les Ustilaginomycétidés et les Exobasidiomycétidés), les Urédiniomycètes (les rouilles, avec les Urédinales, les Septobasidiales, les Sporidiales et les Microbotryales) et les Hyménomycètes bien que cette dénomination soit considérée comme impropre par certains qui lui préfèrent celle d’Agaricomycètes).

Les Hyménomycètes étaient traditionnellement subdivisés en Aphyllophorales, Agaricales et Gastéromycètes. On pressentait depuis longtemps que ces subdivisions étaient plus ou moins artificielles, conditionnées par des phénomènes de convergence morphologique. Ainsi avait été déjà reconnu les relations qui semblait s’établir entre nombre de Gastéromycètes avec des groupes de Boletales, Russulales et Agaricales s. str.

Aujourd’hui on semble vouloir s’arrêter sur une subdivision en deux sous-classes :

- les Tremellomycetidés, avec les Tremellales et les Filobasidiales
- les Agaricomycétidés, avec les Auriculariales, les Dacrymycétales, les Russulales, les Bolétales et les Agaricales

Les Aphyllophorales, désormais très polyphylétiques, devraient se subdiviser et venir s’intercaler entre les trois derniers ordres cités.

Les Gastéromycètes sont en complet bouleversement : ainsi les Lycoperdales se révèlent très proches des Agaricales, alors que les Phallales constituent un groupe bien spécifique.

Même certaines familles pourraient se trouver remodelées. Ce sera sans doute le cas, par exemple, des Tricholomatacées, pourtant déjà bien diversifiés au cours des dernières décennies, mais qui garde un caractère polyphylétique évident qu’il faudra bien traiter.

5 - Conclusion

Comme on l’a vu les choses s’accélèrent d’une manière exponentielle. Elles ne nous permettent plus de rester figés très longtemps sur les conceptions traditionnelles. D’autres évolutions risquent aussi de se produire. Les virus, compte tenu de leurs particularités, n’ont toujours pas trouvé leur place dans l’arborescence générale. Pour les champignons eux-mêmes il est probable que les méthodes nouvelles vont continuer à affecter la structuration interne du royaume.

Aussi, si la sagesse commande sans doute de prendre suffisamment de recul pour pouvoir valablement entériner le moment venu, dans les faits, les véritables changements à apporter,. nous serons néanmoins, tôt ou tard, contraints de prendre en compte les nouvelles données et de faire évoluer les bases sur lesquelles nous construisons encore nos classifications actuelles.

D’après Jean-Paul PONSIN
Photo © LAURENT P. Cortinarius ancerinus

Les HYGROPHORES
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Tribu des HYGROPHOREAE

Présentation de nos récoltes personnelles, de préférence sur le massif vosgien, ou dans d'autres régions de France ou d'Europe.

• Trame bilatérale.
Genre HYGROPHORUS
• Trame bilatérale et basides allongées.
• Voile partiel nul ou annulaire, cortiniforme ou visqueux, si le stipe est visqueux la viscosité s’arrête un peu avant les lames.
• Lames décurrentes ou adnées.
• Couleurs ternes ou peu vives.
• Espèces sylvatiques mycorhiziques.
Sous-Genre NEOCAMAROPHYLLUS
• Stipe sec, pas d’hyphes congophobes ou dissociées par gélification, au sommet souvent ponctué rarement à anneau cotonneux.
• Chapeau non ou peu visqueux.

Sous-Genre LIMACIUM
• Stipe visqueux avec des restes du voile partiel présents sous forme d’armille ou d’une trace annulaire.
Section OLIVACEO-UMBRINI
• Couleurs olivâtres ou bronzées parfois très foncées.
• Zone annulaire nette avec une armille en “ guirlande ”.
Section TEPHROLEUCI
• Couleurs ternes (grises à bistres) et souvent sombres.
• Stipe sec, lisse, pruineux ou ponctué.
Section HYGROPHORUS
• Espèces à stipe visqueux sans anneau ni armille.
Sous-Section HYGROPHORUS
• Couleurs blanches ou pâles sauf parfois au disque qui peut un peu roussir.
• La chair peut roussir dans la vieillesse ou sous l’action des bases.
Sous-Section CHRYSODONTINI
• Chapeau sec (au moins à la fin) à marge ponctuée de granulations jaunes.
Sous-Section PALLIDINI
• Espèces blanches à crème.
• Stipe sec.
Section PUDORINI
• Chapeau coloré au moins au centre.
Sous-Section ERUBESCENTES
• Couleurs variant du brun rosé au rougeâtre.
• Espèces se tachant de rougeâtre ou de lie-de-vin en particulier au niveau des lames à la fin.
• Pigment membranaire dominant.
Sous-Section PUDORINI
• Chapeau rose, incarnat, aurore, purpurin,…
• Chair devenant plus ou moins rose, purpurine ou lie de vin à l’air.
Sous-Section AUREI
• Espèces de couleurs vives du jaune à l’orangé (ou au moins présence de ces couleurs).
• Présence d’un voile cortiniforme et glutineux formant une zone annulaire nette (mais pouvant disparaître dans la vieillesse).
• Conifères.
Section DISCOIDEI
• Chapeau blanchâtre au bord et fauve incarnat, brun fauve, brun rouillé, au centre.
• Stipe non cortiné.
Section FULVENTES
• Couleur brun orangé, roux orangé.
• Lames et chair blanchâtres.
• Pigment vacuolaire dominant.
Hygrophorus persoonii
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Hygrophorus persoonii Arnolds
Chapeau 2-7 cm, assez robuste, convexe puis plan-convexe avec un mamelon net, visqueux, brun grisâtre fuligineux, brun olive plus sombre au centre.
Lames peu serrées, un peu décurrentes, blanches, blanc grisâtre pâle.
Stipe visqueux, 8-10 x 0,5-0,8 cm, blanc en haut, chiné de brun olive en bas jusqu’à une zone annulaire nette.
Chair blanchâtre, réaction verte à l’ammoniaque (Pas toujours nette sauf au microscope).
Spores elliptiques, 10-12 x 6-7 μm. Hyphes cuticulaires avec un pigment extracellulaire incrustant vert sombre dans l’ammoniaque.
Habitat : Tendances calcicoles. Vient principalement sous les feuillus (chênes et hêtres).
Récolte du 25.10.2010 - Bordure du Lac d'Albret à Vieux Boucau (40) - Exsiccata 1235
Hygrocybe olivaceoalbus
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Hygrophorus olivaceoalbus  (Fr. : Fr.) Fr.
Chapeau 5-6 cm, peu charnu, plan-convexe mamelonné, marge mince, visqueux, bistre olivacé, brun olive, marge plus pâle.
Lames arquées, blanchâtres, souvent à reflets verdâtres, rarement à reflets jaunâtres ou rosâtres.
Stipe élancé, un peu poudré au sommet, 10-12 x 0,5-0,8 cm, chiné de brun olive depuis le bas jusqu’à une zone annulaire pelucheuse puis glutineuse, blanc au dessus.
Chair blanchâtre, jaunâtre à la base du stipe, réaction nulle ou faiblement rouge orangé sur le stipe à l’ammoniaque.
Spores elliptiques, 11-15 x 6-8,5 μm. Hyphes cuticulaires avec un pigment vacuolaire brun olivâtre, pas de pigment incrustant extracellulaire vert olive dans l’ammoniaque.
Habitat : Tendances acidophiles. Pessières à myrtilles surtout en montagne.
Récolte du 20.10.2009 - Réserve naturelle du Gazon de Faing à PLAINFAING (88) - Exsiccata 0895
Hygrophorus mesotephrus
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Hygrophorus mesotephrus Berk. & Br. ss. Candusso, M. Bon

Chapeau 2-4 cm, hémisphérique puis convexe et enfin plan-convexe et mamelonné, marge lobée et striée blanchâtre, très visqueux, centre brun bistre à reflets olivâtres, plus gris brunâtre clair vers la marge et même jusqu’au blanchâtre (aspect général clair et discolore).
Lames subdécurrentes, assez espacées, blanches.
Stipe assez long, atténué, fistuleux, collant à la base, floconneux en haut, sans voile « guirlandé », 6-10 x 0,4-1 cm, blanc en haut, brun jaunâtre pâle à la base.
Chair blanchâtre.
Spores elliptiques, 8-10 x 4,5-6 μm. Pigment intracellulaire olivâtre, pas de pigment extra cellulaire incrustant vert dans l’ammoniaque.
Habitat : Tendances acidophiles. Feuillus mêlés (hêtres).
Récolte du 15.09.2003 - Forêt domaniale de PADOUX (88) - Exsiccata 1689
Hygrophorus marzuolus
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Hygrophorus marzuolus  (Fr. : Fr.) Bresadola

Commentaires : La chair est blanche, ferme et de saveur douce. Ce champignon est en voie de raréfaction et se développe généralement en petits groupes de quelques individus. Il est plus rare encore en plaine qu'en montagne et fait partie des premières espèces de la saison. Il est considéré comme comestible mais l'amateur éclairé sera sage de le laisser sur place en raison de sa rareté. C'est une espèce déterminante.
Chapeau 5-12 cm, charnu, convexe puis plat mais déformé et gibbeux, revêtement un peu visqueux puis sec, gris pâle marbré de blanchâtre puis gris sombre à gris fuligineux.
Lames adnées à subdécurrentes, assez espacées, blanc terne.
Stipe irrégulier, 3-5 x 1-2 cm, gris pâle.
Chair blanche, odeur fongique agréable.
Spores largement elliptiques, 6-8 x 4,5-5,5 μm.
Habitat : Montagnard. Tendance calcicole. Pins, épicéas ou bois mêlés. Printemps.
Récolte du 03.02.2007 - Forêt communale de SENONES (88) - Exsiccata 1352
Hygrophorus agathosmus
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Hygrophorus agathosmus (Fr.) Fr.

Chapeau 4-8 cm, convexe ou bassement mamelonné, revêtement granuleux au centre, lisse et un peu visqueux ailleurs, gris très pâle, grisâtre pâle.
Lames adnées à subdécurrentes, peu serrées, blanches.
Stipe granuleux de blanc au sommet, 6-8 x 1-1,5 cm, blanchâtre en haut, gris blanchâtre en bas.
Chair blanche, odeur forte d’amandes amères.
Spores elliptiques, 9-10 x 4,5-6 μm.
Habitat : Calcicole à tendance montagnarde. Conifères purs ou mêlés de hêtres.
Récolte du 05.11.2008 - Forêt domanliale de Saint-Remy (88) - Exsiccata 0735
Hygrophorus hyacinthinus
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Hygrophorus hyacinthinus Quélet

Chapeau 2-5 cm, convexe à plan-convexe, marge mince, revêtement gras par temps humide sinon sec, gris argenté pâle, plus sombre au centre.
Lames plus ou moins décurrentes, espacées, blanchâtres à reflets rosés.
Stipe sec, très finement squamuleux (loupe), 3-5 x 0,4-0,8 cm, blanc grisâtre.
Chair blanchâtre, odeur de fleur de jacinthe un peu terreuse.
Spores elliptiques, 8-10 x 4,5-6 μm.
Habitat : Montagnes. Conifères.
Récolte du 10.10.2003 - Forêt communale de WISEMBACH (88) - Exsiccata 0792
Hygrophorus pustulatus
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Hygrophorus pustulatus (Pers. : Fr.) Fr.

Chapeau 3-7 cm, convexe puis plat, marge enroulée, revêtement à peine visqueux au début, moucheté de brun grisâtre sous la viscosité, plus densément au centre, sur fond brunâtre blanchâtre.
Lames arquées, blanches à crème.
Stipe élancé, fibrilleux et non visqueux, atténué à la base, 3-8 x 0,5-0,8 cm, entièrement ponctué de brun grisâtre.
Chair blanche à grisâtre pâle, odeur nulle ou faible de jacinthe.
Spores longuement elliptiques, 8-10 x 5-6 μm.
Habitat : Tendances montagnardes et hygrophiles. Sous les épicéas de préférence.
Récolte du 13.10.2002 - en forêt communale de Gemaingoutte (88) - Exsiccata 0934
Hygrophorus cossus
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Hygrophorus cossus (Sow. : Fr.) Fr. = Hygrophorus eburneus var. cossus (Sow. ex Fr.) Quélet
 
Chapeau 3-5 cm, conico-convexe, convexe puis plan-convexe, visqueux, blanc, plus crème au centre.
Lames assez espacées, arquées, blanches.
Stipe flexueux à base atténuée, fistuleux, gras puis sec, 6-10 x 0,6-1 cm, blanc à crème.
Chair blanche, réaction nulle à la potasse, odeur forte et tenace de topinambour, de crustacés en train de cuire, de larve de Phoelena cossus. Sa chair plutôt peu consistante et son odeur désagréable le classent parmi les espèces non comestibles.
Spores elliptiques, 7-9 x 4-5 μm.
Habitat : Tendances calcicoles. Hêtres et chênes.
Récolte - 16.10.2004 - Forêt communale de CONTREXEVILLE (88) - Exsiccata 0862
Hygrophorus eburneus
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Hygrophorus eburneus (Bull. : Fr.) Fr.

Chapeau 3-4 cm, peu charnu, convexe mais vite étalé et plus ou moins mamelonné, marge mince, visqueux, blanc, blanc crème, blanc ivoire plus foncé au centre, un peu jaunissant ou roussissant en séchant.
Lames espacées, épaisses, arquées, crème.
Stipe élancé, atténué à la base, flexueux, granuleux au sommet, visqueux, 6-10 x 0,5-0,8 cm, crème.
Chair crème à odeur agréable de topinambour mêlée à celle de mandarine, réaction à la potasse faible et à peine jaunâtre sur le chapeau mais brun orangé à la base du stipe. Cf. Hygrophorus cossus à odeur différente et Hygrophorus discoxanthus plus brunissant ou roussissant.
Spores elliptiques, 7-9 x 5-6 μm.
Habitat : Feuillus, hêtres et chênes. PC.
Récolte - 22.07.2006 - Forêt communale de Vittel (88) - Exsiccata 0689
Hygrophorus discoxanthus
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Hygrophorus discoxanthus (Fr.) Rea

Chapeau 3-5 cm, hémisphérique puis convexe et un peu mamelonné, marge enroulée, visqueux, crème à centre ocracé, brunissant ou roussissant à partir de la marge.
Lames arquées, assez espacées, crème, roussissant et brunissant à partir de l’arête.
Stipe élancé, flexueux et un peu radicant, visqueux, 3-5 x 0,6-0,8 cm, blanc puis brun roussâtre à partir de la base.
Chair blanchâtre un peu brunissante ou roussissante, odeur faible de topinambours en train de cuire, réaction à la potasse roux à brun orangé.
Spores pruniformes, 6,5-8 x 4-5 μm.
Habitat : Neutrophile. Feuillus (hêtres).
Récolte - 21.09.2006 - Forêt domaniale de RAMBERVILLERS (88) - Exsiccata 1356
Hygrophorus gliocyclus
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Hygrophorus gliocyclus Fr. (= Hygrophorus ligatus (Fr.) Fr.)

Chapeau 4-6 cm, convexe, revêtement visqueux puis rugueux, jaune ocracé pâle, marge plus claire.
Lames arquées à décurrentes, anastomosées, crème ocracé pâle.
Stipe trapu, fusiforme ou atténué à la base, anneau formant un bourrelet visqueux, 4-10 x 0,8-1,5 cm, blanc crème ocracé.
Chair blanche.
Spores largement elliptiques, 8-10 x 5-7 μm.
Habitat : Espèce montagnarde, calcicole, vient sous conifères (Souvent les pins) purs ou mêlés.
Récolte - 25.10.2007 - Col de la Culotte à Saint Dié des Vosges (88) - Exsiccata 1123
Hygrophorus chrysodon
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Hygrophorus chrysodon (Batsch : Fr.) Fr.

Chapeau 3-6 cm, charnu, convexe puis plan-convexe et umbonné, marge un peu repliée ponctuée de flocons jaune vif, blanc à crème ocracé.
Lames plus ou moins décurrentes, blanchâtres à reflets jaunâtres, arêtes ponctuées de jaune dans la jeunesse.
Stipe régulier, 4-8 x 0,5-1 cm, blanchâtre avec des flocons jaunes vers le sommet (avec une limite nette près des lames).
Chair blanche, odeur très légère de topinambours.
Spores elliptiques à amygdaliformes, 7,5-9 x 4-5 μm.
Habitat : Calcicole et thermophile. Feuillus.
Récolte - 16.11.2006 - Colline sous vosgienne du Bollenberg à WESTHALTEN (68) - Exsiccata 1632
Hygrophorus penarius
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Hygrophorus penarius  Fr.

Chapeau 8-12 cm, charnu, convexe puis plan-convexe plus ou moins étalé, marge enroulée au début, irrégulière, revêtement sec, mat à subvelouté au centre, blanc à crème pâle, plus ou moins jaunâtre au centre.
Lames arquées, espacées, blanches à crème.
Stipe assez trapu, fibrilleux, atténué à la base, 3-8 x 1,5-2 cm, blanc crème sali de jaunâtre à la base.
Chair assez ferme, blanche, odeur un peu fruitée.
Spores elliptiques, 6-8 x 4-5 μm.
Habitat : Calcicole. Feuillus.
Récolte - 25.10.2008 - Forêt communale de RAUMONT (88) - Exsiccata 01356
Hygrophorus fagi
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Hygrophorus fagi Becker & M. Bon

Chapeau 6-10 cm, charnu, convexe et bassement mamelonné, marge enroulée au début, revêtement presque sec, crème ocracé rosâtre pâle.
Lames espacées, arquées à décurrentes, crème rosâtre.
Stipe élancé, atténué et squamuleux à la base, 8-12 x 1-1,5 cm, blanchâtre.
Chair blanche. Spores elliptiques, 7-10 x 4,5-5,5 μm.
Habitat : Calcicole. Hêtres.
Récolte - 10.10.2010 - Grand Canon, forêt communale de ZILLISHEIM (68) - Exsiccata 1389
Hygrophorus piceae
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Hygrophorus piceae Kühner

Chapeau 3-5 cm, moyennement charnu, convexe puis plus ou moins plan, marge irrégulière, revêtement à peine humide ou sec, blanc à crème.
Lames adnées, crème puis rosâtre pâle.
Stipe pruineux en haut, lisse par ailleurs et un peu gras, 6-8 x 0,5-0,8 cm, blanc.
Chair blanche, inodore.
Spores ovoïdes, 7-8 x 4,5-6 μm.
Habitat : Acidocline. Tendances montagnardes. Conifères.
Récolte - 26.10.2007 - Col du Bonhomme, forêt domaniale du Bonhomme (68) - Exsiccata 1435
Hygrophorus russula
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Hygrophorus russula (Sch. : Fr.) Quélet Hygrophore russule 

Chapeau 10-15 cm, charnu, convexe puis étalé et plus ou moins creusé mais gardant un umbo, revêtement gras, rosâtre pâle puis maculé et taché de rose vineux, brun pourpre (jamais de jaune).
Lames adnées, serrées, blanchâtres puis tachées de rose vineux.
Stipe trapu, un peu aminci à la base, 6-12 x 2-3 cm, rosâtre pâle en haut, plus rose vineux à la base.
Chair blanchâtre, tachée de rose, saveur douce à amarescente. Ce champignon peu commun est considéré comme comestible à l'état juvénile mais il a tendance à devenir rapidement amer.
Spores ovoïdes à largement elliptiques, 7-9 x 5,5-6,5 μm.
Habitat : Tendances thermophiles et calcicoles. Chênes.
Récolte - 12.09.2001 - Forêt communale de SCHIRMECK (67) - Exsciccata 1376
Hygrophorus capreolarius
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Hygrophorus capreolarius (Kalch.) Saccardo (= Hygrophorus erubescens var. capreolarius Kalch.) Hygrophore des chevreuils

Chapeau 5-8 cm, convexe, marge enroulée, fibrilleux à finement squamuleux de rouge vineux sur fond rose vineux.
Lames adnées, espacées, rose vineux.
Stipe atténué, 5-8 x 1-2 cm, fibrilleux de vineux sur fond rose vineux.
Chair rose vineux, saveur douce.
Spores elliptiques à subcylindriques, 6-7,5 x 4-4,5 μm.
Habitat : Montagnarde. Epicéas.
Récolte - 16.09.2003 - Forêt domaniale de Gemaingoutte (88) - Exsiccata 1023
Hygrophorus erubescens
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Hygrophorus erubescens (Fr. : Fr.) Fr.

Chapeau 5-8 cm, convexe puis plus ou moins étalé avec un umbo obtus, marge enroulée, revêtement fibrilleux, pustuleux au centre, pourpre vineux sur fond crème rosé plus ou moins taché de jaune.
Lames arquées à décurrentes, serrées, minces, anastomosées vers le stipe, blanchâtres à reflets rosés vers la marge.
Stipe atténué en bas, 8-10 x 1-2 cm, rosâtre pâle avec des fibrilles brun vineux, un peu jaunissant.
Chair crème rosé, jaunissante, saveur amarescente à amère.
Spores largement elliptiques à pruniformes, 8-10 x 5-6,5 μm.
Habitat : Tendances calcicoles et montagnardes. Surtout sous conifères.
Récolte - 16.09.2000 - Les Rousses dans le Jura - Exsiccata 1200
Hygrophorus pudorinus
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Hygrophorus pudorinus  (Fr. : Fr.) Fr.

Chapeau 5-12 cm, hémisphérique puis convexe et enfin plan-convexe et umbonné, marge enroulée, revêtement un peu visqueux, très finement fibrilleux (loupe) au sec de rosâtre sur fond rose aurore, rose incarnat.
Lames adnées à subdécurrentes, plus ou moins anastomosées, épaisses, crème rosé pâle.
Stipe épais, aminci en bas, fibrilleux, 5-10 x 1,5-3 cm, blanchâtre.
Chair tenace, blanc rosé saumoné vers la surface, odeur de résine un peu vireuse (Amanita phalloides), saveur acide résineuse.
Spores largement elliptiques, 8-10 x 5-6 μm.
Habitat : Tendances calcicoles et montagnardes. Pins, sapins.
Récolte - 16.10.2003 - Raid de Robache à Saint Dié des Vosges (88) - Exsiccata 0893
Hygrophorus poetarum
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Hygrophorus poetarum Heim Hygrophore des poètes

Chapeau 5-12 cm, charnu, convexe puis plan-convexe et umbonné, marge enroulée au début, revêtement mat à feutré, ocre rose saumoné plus sombre au centre et plus crème carné vers la marge.
Lames espacées, plus ou moins décurrentes, arêtes flexueuses, blanches à reflets rosés.
Stipe ventru à subfusiforme, fibrilleux, 6-10 x 1-1,25 cm, blanc rosâtre, crème ocracé.
Chair blanche à reflets rosâtres, odeur agréable de benjoin, de baume du Pérou.
Spores elliptiques, 7-9 x 5-6 μm.
Habitat : Montagnes et Europe de l'Est. Calcicole. Feuillus (hêtres).
N.B. Souvent confondu avec Hygrophorus pudorinus à odeur résineuse peu agréable. D'ailleurs les deux espèces sont parfois synonymisées.
Récolte - 17.09.2001 - Forêt communale de ROMONT (88) - Exsiccata 0946
Hygrophorus discoideus
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Hygrophorus discoideus (Pers. : Fr.) Fr.

Chapeau 2-6 cm, convexe puis plan-convexe et enfin plan-concave, marge involuée au début, revêtement glutineux, centre brun roux, brun châtain, contrastant avec la marge ocre brunâtre beaucoup plus pâle ou café au lait (aspect d'hébélome !).
Lames faiblement décurrentes, peu serrées, crème ocracé, crème aurore.
Stipe creux et farci avec un bourrelet glutineux très haut situé, 4-7 x 0,6-1 cm, finement fibrillé de brunâtre sur fond crème, beaucoup plus clair à l’extrême sommet juste sous les lames.
Chair blanc crème, ocracé carné.
Spores elliptiques à subcylindriques, 6-8 x 4-5 μm.
Habitat : Tendance calcicole et montagnarde. Conifères (épicéas) ou conifères mêlés.
Récolte - 02.10.2001 - La chaux du Dombief (Jura) - Exsiccata 1379
Hygrophorus lindtnerii
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Hygrophorus lindtneri Moser
= Hygrophorus carpini Gröger ; Hygrophorus unicolor Gröger ; Hygrophorus leucophaeus (Scop.) Fr. nomen confusum, Hygrophore de Lindtner.

Chapeau 3-5 cm, peu charnu, convexe puis plan-convexe avec un petit mamelon, marge mince, revêtement visqueux, fauve rosâtre, orangé pâle au centre, marge plus claire tirant sur le crème.
Lames arquées à subdécurrentes, blanc aurore, blanc crème, blanc orangé pâle.
Stipe élancé, subradicant, un peu visqueux, sommet un peu poudré, 6-10 x 0,4-0,8 cm, ocre rose pâle, plus sombre en bas.
Chair blanchâtre à concolore en surface, faible odeur de mandarine.
Spores elliptiques, 7-9 x 5-6 μm.
Habitat : Feuillus avec noisetiers sur sol argilo-calcaire. N.B. Hygrophorus unicolor viendrait sous hêtres mais cette espèce est souvent synonymisée.
Récolte - 13.10.2001 - Forêt domaniale du Ban d'Etival (88) - Exsciccata 0349
Hygrophorus arbustivus
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Hygrophorus arbustivus  (Fr.) Fr.

Chapeau 5-7 cm, convexe à faible mamelon, mince, fibrilleux à vergeté radialement de fibrilles rousses, fauve orangé pâlissant vers la marge qui est blanchâtre.
Lames arquées à un peu décurrentes, blanches à crème.
Stipe atténué à la base, furfuracé au sommet, 4-6 x 0,8 cm, blanc à crème.
Chair blanche jaunissant faiblement à la base du stipe. Spores elliptiques, 7-9 x 5-5,5 μm.
Habitat : Calcicole. Hêtres.
Récolte - 03.09.1999 - Col de la Culotte à SAINT DIE des VOSGES (88) - Exsiccata 0236
Hygrophorus nemoreus
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Hygrophorus nemoreus (Pers. : Fr.) Fr.

Chapeau 8-10 cm, charnu, hémisphérique puis convexe et un peu mamelonné, marge enroulée, cuticule un peu lubrifiée, fibrilleux et vergeté radialement au centre par des fibrilles fauve incarnat sur fond roux orangé pâle ou ocre jaune plus pâle vers la marge.
Lames assez espacées, un peu décurrentes, blanchâtres à reflets ocre rosé.
Stipe à base un peu tordue et amincie, ponctué à poudré au sommet, 3-5 x 1-2 cm, ocre rosé pâle, blanchâtre au sommet.
Chair tendre blanchâtre à reflets orangés, saveur agréable, odeur un peu farineuse.
Spores elliptiques, 6-8 x 3,5-4,5 μm.
Habitat : Tendances calcicoles. Feuillus (chênes).
N.B. Ressemble un peu par son aspect à un gros Hygrocybe pratensis (qui est dépourvu de fibrilles innées).
Récolte - 07.09.2000 - Forêt domaniale de RAMBERVILLERS (88) - Exsiccata 0935
Hygrophorus hypothejus
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Hygrophorus hypothejus (Fr. : Fr.) Fr. Hygrophore À lames jaune soufre = Hygrocybe spadicea.

Chapeau 3-6 cm, convexe puis plat et déprimé mais gardant plus ou moins un mamelon, revêtement visqueux avec des fibrilles innées plus sombres, bistre olivâtre à bronze, marge avec des tons orangés.
Lames peu serrées, un peu décurrentes, jaunes puis ocre-orangé.
Stipe visqueux, fibrillé de bistre, 6-8 x 0,5-0,8 cm, blanchâtre et devenant jaunâtre avec un anneau fugace roussâtre en bourrelet au sommet.
Chair jaune pâle un peu orangée sous la cuticule. Spores cylindro-elliptiques, 8-9,5 x 4-5 μm.
Habitat : Tendances silicoles. Conifères (Pins à deux aiguilles). Tardif
Récolte -13.10.2000 - Col de Sainte Marie aux Mines, forêt communale de Wisembach (88) - Exsiccata 1023
Hygrophorus lucorum
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Hygrophorus lucorum Kalch.

Chapeau 2-4 cm, convexe, marge ponctuée de jaune pâle, rêvêtement collant puis sec, jaune pâle à centre jaune ocracé pâle.
Lames un peu décurrentes, blanc jaunâtre pâle.
Stipe onduleux, vite sec et floconneux, 3-5 x 0,5-0,7 cm, blanc jaunâtre chiné de jaunâtre pâle.
Chair molle blanchâtre, citrine en surface.
Spores elliptiques, 8-9 x 5-6 μm.
Habitat : Montagnes. Mélèzes.
Récolte - 26.10.2001 - Lac de Sewen (68) - Exsciccata 1236
Les HYGROCYBES
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Genre HYGROCYBE

Présentation de nos récoltes personnelles, de préférence sur le massif vosgien, ou dans d'autres régions de France ou d'Europe.

Basidiomycota / Homobasidiomycetes / Tricholomatales / Hygrophoraceae

• Trame hyméniale enchevêtrée, basides élancées ou étroites.
• Stipe banal plus ou moins visqueux.
• Revêtements secs ou peu visqueux pour les espèces à couleurs peu vives, plus visqueux pour les autres.
• Lames arquées à décurrentes.
• Chair immuable.
• Espèces graminicoles et héliophiles.

Sous Genre CUPHOPHYLLUS (Genre CUPHOPHYLLUS) (Genre CAMAROPHYLLUS)
• Trame hyméniale irrégulière ou emmêlée, lames décurrentes, couleurs pâles ou peu vives sauf dans les jaunes.

Section CUPHOPHYLLUS
• Espèces praticoles.
• Marge non ou peu striée.
• Cuticule sèche, mate à subveloutée.
• Stipe sec.
Hygrocybe pratensis
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Hygrocybe pratensis  (Pers. : Fr.) Murill

Chapeau 3 à 5 cm, charnu, plus ou moins largement mamelonné, marge flexueuse, revêtement parfois craquelé dans la vieillesse, abricot, orangé peu vif à ocre orangé pâle.
Lames peu serrées, épaisses, décurrentes, interveinées, ocre jaune.
Stipe, 4-6 x 1-1,5 cm, orangé mais plus pâle que le chapeau.
Chair chamois orangé pâle, inodore et sans saveur (ou agréable).
Spores ovoïdes largement elliptiques, 5,5-7 x 4-5 μm.
Habitat : Prairies, pelouses, mais aussi dans les clairières herbeuses en plein bois, cf. récolte dans la forêt domaniale de la Harth à Habsheim (68) en chênaie charmaie dégagée.
Récolte - 28.10.2004 - Prairie de fauche, Aubrigoutte, commune de BAN DE LAVELINE (88) - Exsciccata 1603
Hygrocybe nivea
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Hygrocybe nivea (Fr.) Murill (= Cuphophyllus niveus (Scop. : Fr.) M. Bon) hygrophore blanc de neige 

Chapeau 1-3 cm, mince, obtus puis plat et enfin un peu creusé, hygrophane et très strié par transparence, lisse et un peu lubrifié par temps humide, blanc.
Lames décurrentes, espacées, blanches.
Stipe grêle, aminci à la base, 2-4 x 0,3-0,4 cm, blanc à base parfois teintée de rose.
Chair blanche. Bien que de faible consistance, l'hygrophore blanc de neige est un bon comestible qui pourra intéresser le mycophage peu gourmand.
Spores hyalines, elliptiques, 7-9 x 4-5,5 μm (si issues de basides tétrasporiques) ou 10-12 x 5-6 μm (si issues de basides bisporiques).
N.B. Espèce synonymisé par beaucoup d’auteurs à Hygrocybe virginea dont elle ne serait qu’une forme grêle et de petite taille.
Habitat : Espèce praticole que l'on aperçoit généralement en petites troupes se détachant sur le sol grâce, le plus souvent, à sa blancheur immaculée.
Récolte - 28.10.2004 - Prairie de BAN DE LAVELINE (88) - Exsiccata 1606
Hygrocybe cereopallidus
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Hygrocybe cereopallidus Clemençon

Chapeau 2-3 cm, convexe puis plan, hygrophane mais peu ou non strié, plus ou moins lubrifié, crème à ivoirin.
Lames décurrentes, crème.
Stipe un peu atténué à la base, 2-4 x 0,5 cm, crème.
Spores elliptiques, 7-8 x 4-5 μm. Basides, 25-35 (40) x 6-8 μm.
Habitat : Pelouses.
Récolte - 04.11.2010 - Pelouse de la réserve nationale d'ARJUZANX (40) - Exsiccata 1374
N.B. Différences pas très claires avec Hygrocybe virginea var. ochraceopallida, la lubrification du chapeau étant difficile à apprécier mais au microscope la longueur moyenne des basides chez Hygrocybe cereopallidus serait plus courte que celle d’Hygrocybe virginea : 25-35 μm contre 35-60 μm.
Hygrocybe russocoriacea
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Hygrocybe russocoriacea (Berkeley & Miller) P. D. Orton & Watling (= Cuphophyllus russocoriaceus (Berk. & Miller) M.Bon) = Hygrophore à odeur de cuir de Russie

Chapeau 1-2 cm, obtus, lisse, marge non ou peu striée, crème ivoire à jaunâtre pâle un peu plus sombre au centre.
Lames assez espacées, décurrentes, crème.
Stipe à base atténuée, 1,5-3 x 0,5 cm, crème à base parfois teintée de rosé.
Chair blanc jaunâtre sale pâle, odeur aromatique forte et persistante (Cuir de Russie, huile de cèdre...).
Spores elliptiques à ovoïdes, 8-9 x 5,5-6,5 μm.
Habitat : Pelouses surtout en bordure de mer.
N.B. Espèce impossible à confondre en raison de son odeur typique et persistante (Cette espèce peut servir à parfumer les armoires à linge comme la lavande !).
Récolte - 04.11.2010 - Pelouse de la réserve naturelle nationale d'ARJUZANX (40) - Exsiccata 1375
Agaricus albertii
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L'anneau couvre encore les lames dans la jeunesse

Crucibulum laeve
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Comme les oeufs dans le nid, les ostioles sont déposés dans un réceptcacle. Chacun portant les spores.

Coprinus lagopus
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Certains champignons, comme ce Coprin, sont trés éphémères, d'où une certaine difficulté à les étudier.

Amanita asteropus
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    Une Amanite qui a eu bien du mal à se faire reconnaître. Elle pouse en été dans les forêts mixtes (Chênes et pins maritimes) dans le Sud-Ouest. Elle ressemble à l'Amanite citrine et possède des taches caractéristiques brun rouille sur le chapeau et une volve en étoile.

Micromphale
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Micromphale omphaliformis
Certains champignons sont si rares, qu'il arrive aux mycologues de ne les rencontrer qu'une seule fois dans leur vie de passion.

Conocybe subovispora
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Espèce peu courante des forêts claires. Pour le genre Conocybe, comme pour tant d'autres, la microscopie est indispensable.

Xerocomus rubellus
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Les champignons eux mêmes, sont parfois parasités par d'autres champignons.

Albatrellus subrubescens
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Espèce en voie de raréfaction - A protèger

Drapé
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Le Sparassis crépu ondule les jets de sa sporée comme s'il dressait la nappe sur la table.

Orientation volontaire
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C'est le champignon qui décide où orienter le jet de la sporée. Il oriente celle-ci en général dans une direction opposée à la position des spécimens de la même espèce, comme pour combler le vide et augmenter les chances de reproduction et en disséminant plus largement.

Arabesque
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On voit nettement les deux jets de sporée de part et d'autre de la base de ce champignon en forme de massue Clavariadelphus pistillaris.

A chacun son dessin
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Le Paxille enroulé a sa façon de dessiner. A savoir comment il s'y prend, c'est une autre affaire !

Genres mycorhizogènes
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Tous les champignons du Genre Russula sont des espèces mycorhizogènes, soit environ 500 espèces. Mais il y a aussi, les 2000 Cortinaires, les 150 Lactaires, les Amanites et bien d'autres.
Genres saprotrophes
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    Comme pour les champignons mycorhizogènes, il existe des genres entiers qui sont saprotrophes. On voit ici un belle example avec Sparassis crispa, appelé communément chou-fleur dans la région, saprotrophe des pins ou plus rarement des sapins.

Des réactifs chimiques
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    On se sert de réactifs chimiques afin de colorer les parois et mettre en évidence certains éléments microscopiques indispensables à la détermination des espèces. A cette fin, voir la liste des réactifs chimiques, sur le remarquable site de notre ami Marcel LECOMTE

Spore de Lactaire
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Certaines spores de champignons, comme pour les Lactaires, sont spécifiquement ornementées.

Les spores
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Les spores microscopiques ne peuvent être observées qu'à l'aide d'un microscope. Elles fournissent des indices précieux pour la détermination des espèces.

Les Champignons
Le monde des champignons vu par le mycologue Patrick LAURENT
Les MYXOMYCETES
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    Les Myxomycètes ne sont pas de vrais champignons.

Ci-dessous, les icônes de Margaine en donnent une fidèle illustration.

Voir les Vidéos : Les Myxomycètes et : Myxo
Les MYXOMYCETES
D'où viennent-ils ?
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D’où viennent-ils ?

Ils ont joué un rôle essentiel dés le début de la vie terrestre. En sortant des mers, la vie a du trouver un terrain favorable et nourricier dans le sol. Les champignons, dès le début ont contribué à transformer les sols afin qu’ils deviennent fertiles. Les premiers sortis des mers, sont les algues du règne des végétaux, les bactéries du règne des Procaryotes et nos champignons du règne des Fungi (ou Mycota).

Tout commence véritablement voici 450 millions d’années. Les roches fraîchement émergées grâce à l’activité volcanique sont colonisées à partir des rivages. Ces organismes tout juste sortis des océans, entrent immédiatement en compétition. Mais dans cette lutte acharnée pour la vie, deux groupes d’organismes vont s’unir afin de mieux résister, ce sont les algues et les champignons. C’est donc vraisemblablement à partir de cette époque lointaine que datent les premières symbioses. C’est donc à cette époque qu’apparaissent les Lichens, placé de nos jours dans le règne des Fungi.

L’algue dotée de chlorophylle est capable d’élaborer du carbone à partir de la lumière du soleil, par photosynthèse, ce dont les champignons sont dépourvus. En revanche, ces derniers sont dotés d’enzymes capables de décomposer les roches afin d’en tirer les sels minéraux tout en retenant l’eau, éléments indispensables au développement de leurs organismes. C’est alors la seule forme de vie végétale qui se développe sur terre. Les lichens fragmentent les roches les plus dures en s’infiltrant dans leurs anfractuosités, alors que les champignons les dissolvent pour en tirer les minéraux. En évoluant certains Lichens parviennent à synthétiser l’azote. En fin de vie, leur décomposition laisse les premières matières organiques qui vont être utilisées par les végétaux naissants. C’est le début de la vie terrestre. De nos jours, on peut avoir une vision de cette évolution, en observant minutieusement la progression de la vie sur des sols volcaniques fraîchement sortis des entrailles de la terre, où sur des terrils qu’ils soient charbonniers, potassiques, ferreux ou autres.

Dans le même temps, les limons qui se forment sous l’action de l’érosion des roches, s’accumulent dans de grands deltas, vallées et plaines. Ces nouveaux sols fertiles sont des terrains favorables à l’implantation de nouveaux végétaux. C’est alors qu’apparaît, au dévonien (415-360 millions d’années) un nouveau type de symbiose : Les mycorhizes.
Des champignons, pour l’instant microscopiques, tentent donc une nouvelle aventure, mais cette fois non plus avec des algues, mais directement avec les végétaux. Le mycélium extrêmement fin de ces champignons, s’intègrent jusque dans les cellules des racines des plantes vasculaires, en formant plus précisément des endomycorhizes. Microscopiques certes, mais la structure de leurs spores est toute contenue dans une paroi épaisse, capable de conserver eau et sels minéraux qu’ils distribuent aux plantes, qui trouvent ainsi nourriture et résistance à la sécheresse. En échange les champignons absorbent les éléments carbonés élaborés par ces mêmes plantes. Un échange à bénéfices réciproques. C’est l’explosion de la vie sur terre, des milliers de végétaux en profitent pour coloniser de nouveau territoires, pour se diversifier et se multiplier. Et le modèle perdure encore de nos jours pour environ 70 % des plantes vasculaires. Si l’on y rajoute les mousses et les hépatiques, c’est en fait 80 % de la flore terrestre actuelle qui vit de cette manière en symbiose avec des champignons, pour la grande majorité microscopiques. Un bel exemple peut être observé avec les Orchidées.
Des études récentes permettent de regrouper toutes les espèces endomycorhizogènes dans le nouvel embranchement des Glomeromycota, regroupant environ 200 espèces de champignons associé à environ 225 000 espèces végétales terrestres.


Place des champignons dans le monde vivant
Des documents archéologiques attestent que les Anciens s'intéressaient déjà aux champignons pour leurs effets thérapeutiques mais l'étude des champignons remonte vraisemblablement au XVIe siècle et l'étude scientifique débute en 1753 quand le Suédois Carl Von Linné publie son ouvrage Species Plantarum. Les champignons n’étaient pas vraiment séparés des plantes. Le premier ouvrage traitant exclusivement des champignons a été publié en 1801 par le Sud-africain Christiaan Hendrik Persoon. Enfin, c'est à un autre Suédois, Elias Magnus Fries, que l'on doit le premier classement des champignons entre 1821 et 1832. De cette œuvre est née la mycologie moderne. La mycologie, science qui étudie les champignons, est donc relativement jeune, vaste et très complexe.
Mes premiers pas
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   Mes premiers pas en mycologie datent des années 80.
Je remplissais alors des fiches de récoltes, où je collais les photos argentiques dans la partie centrale. J'avais alors rassemblé quelques 500 fiches de récoltes, avant de passer à l'informatique et à la photo diapositive, puis à la photo numérique.
Voici livrées ici, quelques fiches (avec leurs lacunes et leurs erreurs) de mes récoltes à partir des années 1980, par ordre alphabétique de A à Z.

A - Agaricus
A - Alnicola Amanita
A - B Boletus
B - C Clavariadelphus
C Cystolepiota
D - E Exidia
G Gyroporus
H Hypochnicium
I Inocybe
L Leccinum
L Lepiota - Lopharia
L Lycoperdon
MYXOMYCETES
M Merulius
O OMPHALOTUS
R RAMARIA
S SARCODON
T THELEPHORA
U V X XEROCOMUS
Quels mots... ?
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Quels mots pour dire quoi ?

    « Des goûts et des couleurs on ne dispute point » dit le proverbe. Mais la sagesse populaire est souvent oubliée.
Même si on n’est pas daltonien, quand on arrive aux nuances turquoise, vous affirmez dur comme fer que c’est bleu alors que votre voisin vous regarde avec pitié parce que vous ne voyez pas que c’est vert. Il en va de même pour les goûts (entendons par là les saveurs). Bardés de certitudes, nous affirmons. Prenons un exemple. Quelqu’un (supposons un enfant, ça fait moins prétentieux pour le donneur de leçons ) mord dans une moitié de citron, fait une grimace très expressive et s’écrie : « c’est amer ! »  
    
    Bon. C’est une erreur facile à corriger, et on lui explique qu’il ne faut pas confondre amer et acide. Ces deux sensations n’ont pas la même localisation sur la langue : l’acidité est captée par les papilles gustatives dites « filiformes » situées vers le milieu de la langue, de part et d’autre de la zône insensible, alors que l’amertume est captée par les papilles « caliciformes » situées à l’arrière de la langue. L’endive est amère (de moins en moins), certaines oranges le sont (elles entrent dans la composition de la confiture d’oranges chère aux Anglais), certaines amandes sont amères, la bile l’est énormément (quand mon grand père tuait un lapin il prenait grand soin de ne pas percer la vésicule biliaire qui aurait rendu le foie immangeable ; le fiel de boeuf serait utilisé par certaines brasseries pour obtenir l’amertume de la bière) ainsi que de nombreuses plantes sauvages (la gentiane, par exemple, qui est à la base de la fabrication de la Suze, car l’amertume est apéritive), la feuille de pervenche, etc... 

    Les amateurs de poêlées fongiques ont intérêt à bien connaître les champignons amers, car un seul exemplaire peut rendre tout un plat infect; c’est le cas de certains bolets : le chicotin, ou Bolet de fiel, Tylopilus felleus et de Boletus calopus, le Bolet « à beau pied ».
L’enfant nous suit. Alors on lui explique que le jus de citron est acide, aigre comme l’oseille, les cerises aigres, les fruits verts ou comme le vinaigre (vin aigre) qui n’est autre que l’acide acétique. Quelques bolets présentent une chair, sinon acide, du moins acidulée ; ce sont par exemple Boletus permagnificus, Boletus lupinus, Boletus luteocupreus, Boletus queletii ; et aussi certaines Russules comme Russula paludosa, la belle Russule palustre. 

    C’est le mot latin « acer » qui a donné en Français les mots « aigre », « acéré », « âcre ». On voit bien la parenté entre acéré (piquant) et aigre. Un vin qui « pique » est en train de tourner au vinaigre. C’est moins évident pour le mot « âcre » . Le dictionnaire le définit comme « très irritant au goût ou à l’odorat, au point de brûler, de prendre à la gorge ». L’âcreté est ce qui caractérise un grand nombre de russules. Parmi les plus typiques on trouve notamment Russula emetica ( = qui fait vomir), Russula urens ( = brûlante), Russula drimeia ( = âcre, en grec), aussi appelée Russule sardoine, et Russula badia dont le nom n’est pas révélateur mais qui est néanmoins extrêmement âcre. Acres également sont la plupart des Lactaires blancs dont le type est le Lactaire poivré, Lactarius piperatus. 

  Comme on l’a vu, dans la définition de l’âcreté il n’est question ni d’amer, ni d’acide, mais ces trois mots « aigre », « amer », « âcre » ont un antonyme commun : « doux », et c’est sans doute ce point commun qui provoque les confusions fréquentes entre ces trois notions : dans les trois cas on fait la grimace. Un simple exemple montre combien la confusion est courante. Les savants ouvrages de référence indiquent que Russula fellea, la Russule de fiel, a une saveur âcre. C’est donc sûrement vrai. Mais dans ce cas le nom, même latin, de l’espèce est pour le moins approximatif puisque le fiel est précisément symbole d’amertume. Tout comme «Aspérité» qui évoque une sensation de rugosité, de rudesse, « cuisante » même selon le dictionnaire, et là encore désagréable et s’opposant à « doux ». Et pourquoi pas aussi le mot « rêche », plus rare, « âpre au goût » nous dit le dictionnaire : une poire rêche. Là, nous approchons d’une sensation bien connue des oenologues et des mycologues avec Panellus stypticus : l’astringence, qui nous renvoie aux fruits mal mûrs déjà évoqués, au jus de citron et à la grimace du début. On voit comme ces sensations sont proches, mal délimitées au point d’empiéter les unes sur les autres, de se recouvrir partiellement et même totalement lorsqu’il y a confusion. 

    Le côté désagréable, point commun de ces mots, fait qu’ils ont tous un sens figuré évoquant un état déplaisant ou une attitude hostile, agressive : un commentaire acide, la discussion tourne à l’aigre, une amère déception, une ironie pleine d’âcreté, d’âpres reproches .Arrêtons là, pour ne point provoquer l’acrimonie d’un lecteur à l’esprit revêche qui pourrait faire remarquer en des termes caustiques, voire acerbes, que ce bavardage insipide ne fera pas avancer la science mycologique. A moins qu’il n’édulcore son propos pour le rendre moins amer, amarescent comme dit le mycologue, doux-amer, ou aigre-doux ... et l’on retombe dans la confusion ! 

    Ces quelques remarques qui ne méritent pas le nom de réflexions pourraient tout au plus rappeler que les perceptions sont plus ou moins subjectives et attirer l’attention sur le fait que, de surcroît, il est parfois difficile de s’entendre sur les mots.

Christian BELEY

MARGAINE
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    François Margaine (1900-1970) 

    Déterminateur rigoureux et prudent, François Margaine ne laisse pas de place au hasard, mais c’est surtout dans ses icônes mycologiques qu’il montre une verve extraordinaire. Sa technique originale et encore non imitée témoigne d’une faculté d’observation prononcée associée à une sorte d’appariement avec les champignons. Il utilise tous les procédés possibles en même temps. Le fond est aquarellé, souvent rehaussé de gouache, de crayon de couleur, de traits à la plume. Ainsi sont suggérés les matières, les consistances, le toucher et le tout concourt à rendre l’image du champignon tel qu’il est. L’homme d’Hérimoncourt (25) laisse environ quelques 2500 icônes mycologiques qui constituent une référence exceptionnelle pour tous les mycologues. 

    Pour en savoir plus sur les auteurs anciens de la région : FME

Quleques Ascomycètes
Des Aphyllophorales
Des Basidiomycètes
LAURENT P © 2010
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