et STATION D'ETUDES MYCOLOGIQUES
Les champignons
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Syndrome phalloïdien
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    Le syndrome phalloïdien intervient de 6 à 48 heures après l’ingestion des champignons.
L' Amanite phalloïde renferme au moins trois types de toxines : la phalline ou phallolysine qui sont généralement détruites à une température de 70°C, donc pendant la cuisson et des anatoxines et les phallotoxines qui en revanche ne sont pas détruites et se fixent, très vite après la consommation, sur le foie, en provoquant une dégénérescence avec nécrose hémorragique. Ces lésions sont visibles au microscope électronique à transmission, vingt minutes après l'ingestion. En outre, ces toxines déséquilibrent la perméabilité membranaire, favorisant la fuite du potassium et provoquant une forte déshydratation qui provoque une intoxication largement décrite par le docteur Pierre Bastien et qui se déroule en quatre phases :

1. Pendant 6 à 24 heures (12 en moyenne), le patient ne ressent aucune douleur : c'est le classique et redoutable « syndrome tardif », la phase la plus tragique.

2. Surviennent ensuite une forte gastro-entérite avec des nausées, des vomissements et une intense sudation. C'est la phase de la déshydratation.

3. Quelques 36 à 72 heures après la consommation, survient l'hépatite toxique.

4. Trois à cinq jours plus tard, l'intoxication évolue très rapidement jusqu'à son terme final. 

    Dans une intoxication de type phalloïdienne, l'important réside dans la précision du diagnostic médical initial et surtout dans la rapidité du traitement appliqué. L'admission dans un centre antipoison est indispensable, quel que soit le protocole thérapeutique qui sera administré. La médecine a fait de grands progrès dans ce domaine. Les greffes de foie se pratiquent avec succès et depuis 1989 ou un seul cas de mortalité a été enregistré au Centre antipoison de l'hôpital Fernand-Widal à Paris.
Conseil en cas d’accident : 
    Lorsque des symptômes d'empoisonnement (vomissements et/ou diarrhées) apparaissent plus de 6h après l'ingestion d'un plat de champignons, il peut y avoir danger de mort. Il faut donc immédiatement appeler un médecin, qui dirigera le patient vers le centre anti-poison le plus proche. 
    En attendant, il n’est alors pas interdit de demander l'application du protocole du Dr.BASTIEN qui consiste en une injection intra-veineuse de 1g. de vitamine C, l’absorption, par voie buccale de 2 comprimés de NEOMYCINE et de 2 gélules de BACIFURANE (ERCEFURYL ou d’un médicament générique correspondant), puis il faut faire surveiller les transaminases dans le sang par un médecin.
Ces médicaments doivent être pris 3 fois par jour pendant 2 jours minimum et dans le même temps pour calmer les vomissements, il faut également injecter du PRIMPERAN en intra-veineuse. En aucun cas nous n’affirmons que ce traitement est le seul suffisant. Il faut donc s’en tenir aux avis médicaux qui seront prescrits, suivant les différents cas, les doses de poisons absorbés, le temps d’incubation, etc.

Les Champignons responsables des intoxications de type phalloïdiennes :

L’Amanite phalloïde Amanita phalloides (Fr. : Fr.) Link

Elle possède un chapeau de 6 à 15 cm de Ø, globuleux et sortant d'un voile général blanc dans la jeunesse, puis il devient convexe à maturité, en forme de parapluie, s'étalant avec l'âge, d'un beau jaune verdâtre, jaune olive, ou parfois plus foncée avec du bronze ou du gris-brun, strié de fibrilles radiales innées, grises, apprimées. Les lames libres sont assez serrées, toujours blanches. Le stipe (8 à 20 cm) est blanc, élancé, portant un anneau blanc, ample et inséré dans une volve blanche en sac à sa base. La chair blanche, épaisse, exhalant une odeur caractéristique de rose fanée, parfois imperceptible, sa saveur est douce pouvant rappeler la noisette fraîche.
Sa réputation d'ennemi public numéro un n'est en rien usurpée, car elle est responsable de la majorité des cas d'empoisonnements graves en France. Cette espèce assez commune doit donc être impérativement reconnue en raison de son extrême toxicité. Elle possède bien évidemment les caractères spécifiques des Amanites (genre Amanita), à savoir : une volve à la base du stipe et un anneau membraneux dans sa partie supérieure. Des lames blanches et libres. On la rencontre de l’été jusqu'à l’automne ou elle décline avec les premières gelées. Elle vient parfois en troupes nombreuses, surtout dans les forêts de feuillus, moins souvent sous les conifères. D’une large répartition géographique, elle vient indifféremment en plaine ou en montagne jusqu'à environ 1 200 m d'altitude. On peut aussi la rencontrer sous les pins maritimes ou dans les chênaies du littoral atlantique ou méditerranéen, sur sol argileux comme sur sol sablonneux. Des risques de confusion sont toujours possibles avec des champignons dont le chapeau arbore des couleurs variant autour du jaune verdâtre comme par exemple le Tricholome disjoint Tricholoma sejunctum non comestible ou le Tricholome équestre ou doré Tricholoma equestre et Tricholoma auratum (Le canaris des Girondins ou le Bidaou des Landais, mais qui est désormais considéré aussi comme espèce mortelle, ou encore comme la Russule hétérophylle Russula heterophylla. Mais attention, l'Amanite phalloïde existe aussi sous une forme albinique Amanita phalloides var. alba Vittadini ex Gilbert, décrite ci-dessous, qui est donc entièrement blanche et que l’on peut alors confondre avec certains Agarics (ou Psaliottes).
L’Amanite phalloïde blanche Amanita phalloides var. alba Gilbert 
    Le chapeau peut atteindre jusqu'à 15 cm de diamètre, globuleux et sortant d'un voile général blanc dans la jeunesse, puis il devient convexe à maturité. Sa couleur est entièrement blanche . Des fibrilles radiales concolores sont apprimées sur son revêtement. Les lames blanches sont libres. Le stipe est muni d'un anneau ample et inséré dans une volve blanche en sac. L'odeur est imperceptible et sa saveur est douce et agréable, la chair est blanche. 
    Cette espèce se développe de préférence en plaine où elle est parfois abondante, mais on peut la trouver également en montagne, sous les hêtres et plus rarement sous les conifères, de juillet à octobre suivant les régions.

Amanita verna (Bull. : Fr.) Lamarck - Amanite printanière
Le chapeau d'abord hémisphérique puis convexe peut devenir presque plat à maturité, il atteint alors jusqu'à 10 cm de diamètre. Il est blanc, lisse et glabre, viscidule. Les lames libres sont blanches également, assez serrées, à arête vaguement érodée voire entière. Le stipe cylindro-clavé est bulbeux à la base, concolore, lisse et soyeux, portant un anneau blanc membraneux, inséré dans une volve en sac blanche, parfois apprimée. La chair blanche est inodore de saveur douce.
Elle pousse dans les forêts et les taillis plutôt thermophiles du printemps jusqu'à l'été.

Amanita virosa (Lamarck) Bertillon - Amanite vireuse
Le chapeau qui peut atteindre 10 cm de diamètre est ovoïde, campanulé puis irrégulièrement étalé et souvent asymétrique, d'un blanc ivoire à crème pâle, viscidule ou brillant, glabre. Les lames libres sont assez serrées, à arête érodée. Le stipe concolore est nettement fibrillo-pelucheux voire laineux, il est élancé et muni d'un anneau blanc floconneux et fragile. Il est inséré dans une volve concolore en sac membraneuse. La chair blanche est inodore.
Cette espèce vient souvent dans les fonds de vallées, les endroits humides et hygrophiles, sur sol assez acide, souvent sous les conifères et plus rarement sous les feuillus comme les bouleaux.

Lepiota brunneoincarnata Chodat & Martin - Lépiote brun incarnat
Cette petite lépiote possède un chapeau ne dépassant pas les 5 cm, d'un brun vineux plus foncé au disque et maculé d'écailles brun-rosâtre à brun-violacé. Les lames libres sont pâles avec l’arête finement échancrée. Le stipe brun-rose est guirlandé d'écailles concolores à partir de la base, tandis que le haut est tout juste fibrilleux dans sa zone annulaire. La chair est blanche à rouge-rosâtre avec une faible odeur fruitée.
On trouve cette espèce en lisière de forêt, dans les parcs de ville, mais aussi dans les dunes boisées du littoral.
Elle ne dépasse guère les 5 cm de haut et peut donc difficilement être confondue avec les grandes Lépiotes comestibles.

Lepiota brunneolilacea Bon & Boiffard - Lépiote brun-lilas
Petite lépiote à chapeau ne dépassant pas 6 cm, à revêtement squamuleux brun roux à brun lilas sur fond lilas rosâtre. Les lames sont blanchâtres. Le stipe de 7 cm de haut est rougeâtre, portant un anneau laineux oblique souligné de bistre verdâtre. La chair de saveur douce est inodore.
On rencontre cette espèce essentiellement dans les dunes ou les pelouses d'arrières-dunes, souvent avec les oyats.

Lepiota josserandii Bon & Boiffard - Lépiote de Josserand
C'est une petite lépiote dont le chapeau n'excède pas 4 ou 5 cm, rose brunâtre vineux, peu charnu, avec un mamelon brun peu net et couvert de squamules beige ochracé rosâtre sur fond pâle. Les lames libres sont blanches avec parfois l’arête rose vineux. Le stipe qui peut atteindre 7 cm de haut est un peu squamuleux lui aussi, ocre rose, portant un pseudo-anneau laineux apprimé. La chair blanche exhale une odeur fruitée agréable assez forte.
Elle fréquente les parcs, les taillis, les jardins avec une tendance rudérale et thermophile.

Galerina marginata (Batsch) Kühner – Galère marginée
C’est l’un des plus petits champignons mortels avec les Lépiotes, dont le chapeau ne dépasse guère 5 cm, mais bien souvent moins, ocre brunâtre, jaune ambré à brun, brun roussâtre ou ocre plus clair par temps sec, hémisphérique dont le revêtement est généralement nu mais dont la marge peut porter des restes fibrilleux du voile. Les lames adnées à décurrentes en filet sont jaunâtres à brun roussâtre. Le stipe concolore au chapeau devient plus foncé dans l’âge, portant un anneau membraneux ocre assez fragile. La chair a une faible odeur farineuse au froissement, mais la saveur farineuse est nette à la mastication.
Cette espèce lignicole vient sur bois de résineux, d’épicéa et de pin de préférence, très rarement sur bois de feuillus, souvent en groupe. Attention, il s’agit du sosie de la Pholiote changeante Kuehneromyces mutabilis comestible.

Protocole BASTIEN
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Protocole Bastien : notre avis (par Patrick LAURENT)

Le Dr BASTIEN :    

Historique en bref :

En 1957 il innove dans le traitement des personnes intoxiquées par des Amanites phalloïdes.
En mai 1970 son traitement est publié dans les Annales Médicales de Nancy.
1971, premier empoisonnement volontaire.
1974, second empoisonnement volontaire.
En mai 1975 le traitement est diffusé en Europe dans les Documents Scientifiques Guigoz à Lausanne.
En mars 1981 le protocole est diffusé à travers le monde dans : The Lancet (Londres) « Management of amanita phalloides poisonong by Bastien’s régimen »
En septembre 1981 à Genève, il ingère son troisième repas d’Amanites phalloides.
En janvier 1983, le protocole est confirmé par une thèse médico-légale de G. Perrin à Strasbourg.
En 1985, le Dr Bastien édite son livre « j’ai dû manger des amanites mortelles » chez Flammarion, La Maison Rustique à Paris
En octobre 2000 le protocole est enfin officialisé par l’Ordre des médecins, soit 30 ans après sa première publication ! www.conseil-national.medecin.fr/ Publication n° 108. 


    Le docteur Pierre Bastien s’est installé à Remiremont dans les Vosges en 1950. Ce département bien connu pour la diversité et l’abondance des ses champignons (sauf peut-être les années de sécheresse, comme pour la session SMF de 2003). C’est donc tout naturellement que ce médecin généraliste s’est vu confronté à plusieurs types d’intoxications dus à la consommation de champignons dès son installation dans cette belle région montagneuse de l’Est de la France. C’est en 1957 (l’année ou je suis né) que le docteur Bastien expérimentait pour la première fois, sur des patients ayant consommé des Amanites phalloïdes, son traitement double. En effet, trois familles étaient hospitalisées à Remiremont où ce médecin officiait. En plus d’une réhydratation classique il appliqua un traitement jusque là réservé aux gastro-antérites septiques. Les malades ont alors été guéris et donc sauvés.  

    On lui confia alors d’autres intoxications dues aux champignons. Devant sa dernière réussite, il réitéra donc ce même traitement aux futurs patients. C’est dix ans après, en 1967, qu’il prit conscience de la véritable efficacité de son traitement. Il dut soigner un jeune homme qui avait consommé un plat entier d’Amanites phalloïdes. Lui appliquant sa méthode pour le soigner, ce dernier finit par guérir assez rapidement en ayant subi le traitement médical suivant : Le malade a été immédiatement réhydraté. Puis on lui administra 1g de vitamine C matin et soir par voie intramusculaire, des levures par voie orales, de la nifuroxazide contenue dans le médicament répondant au nom d’Ercéfuryl ou le générique contenant la même molécule, le Panfurex, ainsi que de la dihydrostreptomycine contenue dans l’Abiocine. 
    D’autres furent traités en 1969, ce furent alors quatre personnes qui réchappèrent à une mort certaine après la consommation d’Amanites, grâce au traitement du Dr. Bastien, conscient que ce traitement d’urgence n’était valable que dans les premières heures qui suivent l’apparition des premiers symptômes. Ainsi de 1957 à 1969 il aurait ainsi sauvé quinze personnes. 

    Pour diverses raisons, pas toujours avouées, notre médecin vosgien ne fut pas toujours pris au sérieux, peut-être en raison justement de son exhibitionnisme devant la presse. Il est vrai que le personnage est atypique, mais je le trouve attachant. Il a certainement dérangé les savants, gêné les chercheurs, embarrassé les chefs de services des centres anti-poisons, n’a rien rapporté aux grands laboratoires pharmaceutiques, enfin je suppose. Si non pourquoi cet acharnement à ignorer un traitement, qui venait à plusieurs reprises de faire ses preuves. Mais peut-être aussi que ce n’est pas là la panacée. 

    C’est devant cet état de fait que notre médecin tente sa première expérience personnelle, en consommant lui même des Amanites phalloïdes, en 1971. Comme il le dit lui même « On ne me prenait pas sérieux, j’ai donc décidé d’apporter la preuve que mon traitement était parfaitement efficace, en mangeant ce poison. Mais j’ai négligé de prendre en même temps de la vitamine C. Je fus sauvé, mais j’ai attrapé une hépatite qu’il fallu soigner à posteriori. » 

    A partir de cette date il recense et compile les différentes intoxications en France et en Europe et fait le constat suivant : Aucun des malades intoxiqués par des Amanites phalloïdes qui sont morts après hospitalisation, n’avaient reçu son traitement publié dans les Annales Médicales de Nancy ; alors que les autres furent sauvés, avec cependant parfois des hépatites bénignes. Il voit impuissant défiler la liste des personnes décédées, à Reims, à Nancy ou à Epinal, par suite d’intoxication aux Amanites, sans qu’on leurs ai ordonné le traitement Bastien. 

    Certain de l’efficacité de son traitement qu’il avait pu tester plusieurs années durant, mais non sans une certaine appréhension comme il l’avoue bien volontiers, d’autant qu’il se savait fragilisé par sa première expérience et son hépatite. Il tenta cependant une seconde expérience sur lui même, en 1974, « pour convaincre » comme il disait. 

    Il prend contact avec un huissier et en sa présence le 22 septembre 1974 à 12 h 30, il avale 4 Amanites phalloïdes (environ 60 g) cuites, alors qu’en général 40 g de ce poison suffit pour passer de vie à trépas. Il avait cependant pris la veille et le matin même de son expérience, deux comprimés d’Abiosine et deux d’Ercéfuryl, ce dont aucun malade ne bénéficie lors d’intoxications accidentelles.
Environ 12 heures après, les premiers symptômes se manifestent. Il ressent une grande pesanteur de tout l’abdomen et l’on constate une asthénie marquée. Une heure plus tard, il est pris de diarrhées intenses qui dureront toute la nuit. Trois heures après l’apparition de cette diarrhée, il se fait lui même son injection en intraveineuse de vitamine C, poursuivant la médication d’Abiosine et d’Ercéfuryl. Le matin même, soit le 24 septembre, il se rend au centre anti-poison de Nancy au volant de sa voiture. Il exige alors qu’on lui administre exclusivement son traitement. Contre la déshydratation il recevra en outre 7 litres de divers sérums durant 24 heures un peu moins les jours suivants. Il sortait de l’hôpital quelques jours plus tard, éprouvé et amaigri, mais guéri ! 

    En mai 1975 le traitement est enfin diffusé en Europe dans les Documents Scientifiques Guigoz à Lausanne. 

    Au cours de l’International Amanita Symposium qui se tenait en Allemagne à Heidelberg en Novembre 1978, le Dr. Bastien eut l’occasion de présenter son schéma en cas d’intoxications phalloïdiennes. Mais son intervention ne fut pas couronnée de succès, puisque le Professeur qui l’avait invité, publiait un an plus tard dans Klinische Wochenschriff, une autre méthode pour guérir les intoxiqués, tout en mentionnant celle du Dr. Bastien. 

Bastien à Genève
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C’est en septembre 1981 à Genève, qu’il ingère son troisième repas d’Amanites phalloides devant la presse internationale et surtout devant les journalistes du Lancet (The leader in worldwide medical communication) le numéro un de la communication médicale internationale. Cette fois, c’est 70 g de poison qu’il avale volontairement et je dois dire courageusement, car peu avant, une fillette vient de mourir bien qu’ayant reçu son traitement. C’est l’alarme internationale comme il la nomme dans son livre page 125. Il frappe fort, télévision, radio, presse écrite. « Je voulais prouver au monde entier que mon truc marchait, jamais pour la gloire ». En France on l’appelle alors le Docteur courage.

En janvier 1983, le protocole est confirmé par une thèse médico-légale de G. Perrin à Strasbourg.

En 1985, le Dr Bastien édite son livre « j’ai dû manger des amanites mortelles » chez Flammarion, La Maison Rustique à Paris. On peut encore trouver son ouvrage chez quelques rares libraires ou sur l’Internet


En 1987 l’ordre National des Patients lui décerne le Grand Prix de la recherche indépendante. Le 9 février 1994 le président de l’Ordre des Vosges lui écrit : « Cher Maître. Je vous appelle Maître car en son temps vous avez fait mon admiration tant par votre dévouement à vos malades que par la grande spiritualité qui a animé toute votre vie… »

En octobre 2000 le protocole est mentionné sur le site officiel de l’Ordre des médecins, soit 30 ans après sa première publication ! www.conseil-national.medecin.fr/
Amanites phalloïdes
Le protocole Bastien recommandé en cas d'empoisonnement
L'un de nos correspondants, le Dr Bastien, nous a rappelé que depuis plus de vingt ans, le Pr Larcan recommande le protocole Bastien (en juin 1979 : EPU télévisé) : 3 fois par jour pendant 2 jours une injection intraveineuse de 1 gramme de vitamine C et par voie orale 2 comprimés de NEOMYCINE et 2 gélules de PANFUREX (ou d'ERCEFURYL, même molécule) en cas d'empoisonnement par Amanites phalloïdes. Pour tout renseignement complémentaire, contacter le Dr Pierre Bastien, 7 bd Thiers, 88 200 Remiremont.

En 2003 le protocole est mis à disposition du public dans le QUID à la page 231.

A l’heure actuelle, de nombreux centres anti-poisons ont abandonné de traitement du Dr. Bastien, ce qui n’empêche pas un traitement de fond et quand les intoxications sont graves, des greffes du foie. Il serait suicidaire de se contenter de prendre, après une telle intoxication, le remède du docteur Bastien sans consultation ou à défaut de tout autre traitement ordonné. Il faut quand même savoir que le Dr. Bastien commençait son traitement (Au moins pour les deux premiers tests, où il l’écrit dans son livre) avant d’absorber les Amanites phalloïdes (dose mortelle ?), ce que ne font pas les malades intoxiqués. Pour la troisième intoxication à Genève, il a en outre déclaré ne pas avoir pris les médicaments avant d’avaler les champignons, afin de prouver l’efficacité de son traitement. Cependant, il refusa une prise de sang pour le prouver que lui proposait alors un médecin du centre antipoison d’Angers, qui soutenait alors le Dr. Bastien. Devant ce refus, ce médecin fût plus prudent et abandonna par la suite le protocole, tout comme le centre antipoison de Nancy, qui l’avait pourtant testé.

De nos jours, aucune preuve formelle n’a établie que le protocole Bastien était un remède miracle, peut-être tout simplement, par ce qu’il n’y a pas de remède miracle en médecine.

Première difficulté, quand les premiers symptômes se manifestent, il est souvent bien difficile d’avaler quoi que ce soit, car les malades sont pris de vomissement aiguës, les empêchant justement d’absorber des médicaments par voie orale, y compris ceux préconisés par le Dr. Bastien.
La seconde c’est que nous sommes tous différents devant une telle intoxication et les champignons aussi. En effet, une personne en bonne santé, une force de la nature comme on dit, d’âge adulte, est beaucoup moins sensible qu’une personne âgée, un enfant, ou pire, une personne souffrant d’une autre pathologie les diabétiques, ou d’autres souffrant déjà d’hépatite, par exemples. De même que les Amanites ne contiennent pas toutes la même dose de poison, dont la teneur varie beaucoup selon les secteurs de récoltes, la nature du sol, le taux d’hygrométrie du champignon. Difficile donc de connaître avec exactitude la dose de poison qui est ingurgité, dans les cas des trois intoxications volontaires du Dr. Bastien, tout comme les intoxications accidentelles. D’autant, que peu ou pas de laboratoire n’est en mesure ou ne veut effectuer les analyses pour justement doser cette teneur en phalloïdine.

Les démonstrations du Dr. Bastien ne répondent pas aux normes actuelles. La méthodologie afin d’accepter l'efficacité d'un traitement, résulte à prendre des malades traités et des malades non traités (plusieurs dizaines) dont le traitement testé est attribué par tirage au sort (pour bien répartir les facteurs pronostiques connus et inconnus). Ces malades savent ce qu'ils prennent (traitement ou placebo) (= simple aveugle), le médecin ne sait pas non plus (= double aveugle). Là seulement on commence à vérifier qu'on ne s'est pas trompé en affirmant l'efficacité dudit traitement. Ce n’est donc pas ce qui a été fait par le Dr. Bastien dont l’hypothèse microbiologique n’a jamais été démontrée.

A l’automne dernier JM Rioult du Département de Botanique, Mycologie et Biotechnologies UFR des Sciences Pharmaceutiques de Caen proposait une thèse de pharmacie sur justement le protocole du Dr. Bastien, thèse très intéressante sur l'historique, les toxines et mécanismes d'action et les différents traitements.

Dans le même temps, en novembre mourraient deux personnes âgées dans le département des Landes, par ingestion d’Amanites phalloïdes. Ces deux frères, n’ont pas été hospitalisés dès l’apparition des premiers troubles. La mort de ces deux personnes amène à nous interroger sur la formation des médecins généralistes, sur les intoxications dues aux champignons. J’ai été moi même surpris lors de week-end organisé sur le thème de la toxicologie des champignons, de voir le nombre de médecins (et pharmaciens) présents, qui découvraient les différents syndromes. Il me semble donc qu’une meilleure information sur ces différents risques s’impose dans le milieu médical.

On discute aussi du remède Bastien, concernant notamment l’utilisation de la vitamine C dans le protocole, sur ce forum :
http://forums.futura-sciences.com/archive/index.php/t-6468-La-vitamine-C...-ses-effets....html

Toujours est-il que lors de notre entretien, à 81 ans, malgré ses trois intoxications volontaires, le Docteur Pierre BASTIEN allait bien. Il est décédé un an plus tard dans sa maison de Remiremont dans les Vosges. Après avoir défrayé la chronique dans la presse française et étrangère il y a quelques années, il vivait retiré des médias. Il se disait fatigué mais satisfait de son combat. Satisfait et convaincu d’avoir œuvré pour sauver des vies humaines et certains que des vies seront encore sauvées, si l’on applique simplement son traitement, qui serait selon lui de toutes façons inoffensif et si peu coûteux. (Propos que nous avions recueillis, un an avant sa mort) C’était un passionné qui s’intéressa aux champignons plus en tant que mycophile que comme véritable mycologue. Catholique très croyant, il a écrit un livre sur ce sujet : « Jésus l’effroyable tragédie » en octobre 2002. Si son âge avancé pouvait laisser supposer qu’il avait plutôt bien surmonté physiquement ses trois épreuves toxicologiques, cette dernière publication prouve qu’il avait en plus conservé toute sa lucidité.

Patrick LAURENT

Syndrome orellanien
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Deux champignons méconnus du grand public mais parfaits tueurs… 

    Quand l’automne arrive c'est la saison des champignons et si c’est comme ici dans l’Est de la France, elle est plutôt prometteuse. Girolles et autres cèpes sont déjà présents sur les marchés et donc en forêt. Mais parmi ces délicieux comestibles, se cachent de redoutables traites, insidieux, se présentant sous leur plus bel aspect, revêtus d’une belle couleur roux orangé aux fibrilles soyeuses et brillantes au soleil. L’ignorance ne pardonne pas quand il s’agit de consommer des champignons sylvestres. La plus grande prudence est donc de mise. Il n’est pas question de se hasarder à goûter ce dont on est pas sûr à 100%. Les dessins animés nous ont montré que les Stumpf habitaient les champignons, mais en réalité c’est bien plus souvent le diable qui s’y cache, demandez-le au Bolet Satan ! 

    Deux Cortinaires sont particulièrement dangereux, mais aussi les moins connus du grand public.
Ce sont deux champignons dont la couleur dominante est le roux, qui peuvent être relativement abondants dans leurs stations, souvent d’assez belle taille et même plutôt engageant par leur forme et leur saveur. Mais attention, il s’agit de redoutables tueurs. Si le public connaît assez bien l’Amanite phalloïde, il n’en est pas de même pour ces deux espèces pourtant assez courantes.
On déconseille en général de consommer les espèces du genre Cortinarius et ce pour plusieurs raisons. Leur identification est souvent un casse-tête, les spécialistes ne sont pas d’accord entre eux sur le nombre des espèces décrites qui varie parfois du simple au double, mais une estimation raisonnable porte leur nombre actuel à environ 2000 espèces connues en Europe et on ignore réllement la toxicité d’un grand nombre d’entre eux. Nombreuses sont les espèces qui sont véritablement toxiques et d’autres qui contiennent des toxines plus ou moins connues et en quantité variable. Néanmoins quelques espèces sont consommées, voire même vendues, comme le Cortinaire remarquable Cortinarius praestans et le Cortinaire purpurescent Cortinarius purpurascens trop souvent confondus, malgré l’absence de réel danger, avec les Pieds bleus qui sont eux des Lepistes Lespista nuda. Parmi ces nombreuses espèces toxiques on trouve donc ces deux espèces mortelles. 

    Comment reconnaître un Cortinaire ? 
    Ce sont des champignons qui possèdent des spores rouilles, avec une cortine qui protège les lames et lamelles. Cette cortine plus ou moins abondante, fine ou épaisse, souvent fugace se présent sous la forme de toile d’araignée. Elle se situe donc autour du pied sous les lames. Les lames sont en générale échancrées. La couleur et les formes des Cortinaires sont très variées et on compte d’ailleurs une multitude de genres dans cette famille. Dans la section Leprocybe, dont font partie nos deux Cortinaires mortels, on trouve deux autres espèces au tons similaires qui sont : le Cortinaire à odeur de pressing Cortinarius callisteus (Fr. : Fr.) Fr. et le Cortinaire couleur citron Cortinarius limonius (Fr. : Fr.) Fr. qui tire lui aussi sur le roussâtre et qui sont eux, à priori, inoffensifs.

Cortinarius orellanus Fr. Le Cortinaire des montagnes (qui porte d’ailleurs très mal son nom) est encore nommé Cortinaire couleur de rocou (tout aussi injustifié).
Pourquoi est il mal nommé ? Il fut nommé Cortinaire des montagnes en raison d’une mauvaise interprétation du nom orellanus : en grec oros = Montagne, orein = montagnard. La traduction en français donna donc Cortinaire des montagnes. Or ce Cortinaire a une répartition très large, il pousse aussi bien en plaine, qu’en bordure de mer ou sur le massif des hautes-Vosges. En fait son nom vient d’une plante brésilienne, le rocou (Bixia orellana), il faillait donc traduire ; Cortinaire couleur de rocou, à mon sens également mal nommé puisque le rocou donne un pigment rouge à rouge pourpre plutôt que roux (Voir notre photo). On trouve d’ailleurs indifféremment les deux explications dans les différents glossaires. Orellanus : relatif aux montagnes ou Orellanus : mot tiré d’une plante. 

    Son chapeau, campanulé à convexe et enfin étalé jusqu'à 8 cm de diamètre est roux orangé à fauve assez lumineux, revêtu de fibrilles feutrées à squamuleuses très denses, parfois plus foncées que le fond. Il possède une marge mince, incurvée et souvent sinueuse avec l’âge. Les lames inégales et assez espacées sont concolores ou plus orangées, larges avec l’arête souvent plus claire. Le stipe cylindrique et assez élancé, plein et ferme, est concolore, fauvâtre ou plus clair, couvert de fibrilles rousses, souvent rouille à cause des spores qui s'y retrouvent piégées. A l’origine la cortine est d’un jaunâtre pâle, mais très fugace. La chair roussâtre exhale une nette odeur de radis ou de rave dite raphanoïde, elle est d’un beau jaune doré assez clair tirant plus sur le roussâtre avec la vétusté.
Cette espèce fréquente souvent la plaine et même le littoral atlantique sous les pins. Il s'agit d'une espèce qui préfère les chênes y compris les chênes verts des milieux chauds, assez secs et acidocline. Mais on la trouve aussi en montagne, en hêtraie mixte ou pure jusqu’à 1500 m 

    Quant au second il porte ce nom latin Cortinarius rubellus Cooke dont l’épithète vient du latin ruber, qui veut dire rouge, il est synonyme de Cortinarius speciosissimus Küh. Et Romagn., en latin de très bel aspect. Ce champignon ressemble au Cortinaire couleur de rocou, mais son chapeau fauve orangé ou roux vif est muni généralement d'un mamelon évident plus ou moins pointu. Le revêtement est couvert de fibrilles subsquamuleuses. Les lames concolores ou plus orangées sont larges et espacées. Le stipe concolore, fauvâtre est guirlandé de bracelets obliques ocre jaunâtre sur fond brun rougeâtre, il est généralement plus élancé que celui de son cousin mortel, car il doit porter le chapeau hors des sphaignes qui l’entourent généralement. La chair jaunâtre à fauve possède une odeur raphanoïde franche, sa saveur douce peut être trompeuse.
Il fréquente les endroits tourbeux, souvent dans les sphaignes des tourbières de pentes ou aux abords des tourbières en général, mais aussi dans les zones humides sous les résineux, surtout les épicéas. 

    L’un est l’autre provoquent les effets suivant : Ils provoquent des troubles gastro-intestinaux, des vomissements, des constipations, une soif intense, des lombalgies, des insuffisances rénales aiguës, des cytolyses hépatiques modérées, ensuite, après une courte période de rémission s’en suit une insuffisance rénale chronique qui peut avoir une issue fatale. Ce syndrome orellanien n’est pas facilement diagnosticable, car les premiers symptômes sévères ne peuvent intervenir que 3 à 14 jours après l’ingestion des champignons mortels. C’est entre 1952 et 1957 que de nombreuses intoxications mortelles (au moins 19) ont été signalées en Pologne, pour le Cortinaire couleur de rocou, considéré alors comme une espèce non toxique. On ne dénombre pas de cas d’intoxication mortelle par ingestion de ces champignons ces dernières années. Cependant en cas d’erreur d’identification et donc d’ingestion de ces derniers, il faut s’attendre à être dialysé à vie, voire une greffe de rein, quand ce n’est pas une issue fatale qui termine la mésaventure. 

    En revanche, dans de nombreux ouvrages de vulgarisation, on prête une certaine toxicité aux Cortinaires du groupe « cinnamomeus » dont :

Cort. sanguineus
Cort. phoeniceus
Cort. cinnamomeus
Cort. croceus
Cort. cinnamomeoluteus
Cort. Semisanguineus

Et les autres Petits Cortinaires du groupe.

Or celle-ci n’est pas établie, car en dehors des Cortinaires du groupe orellanus qui contiennent le redoutable poison l’orellanine, il n’y en a aucun autre qui contienne ce poison, au moins à la lumière des découvertes de 1998. Les Dermocybes rouges, comme D. semisanguineus, cités, n’ont jamais causé le moindre accident chez des humains. Cependant des expériences animales menées à Lyon avec des Cortinaires des sections Sanguinei et Cinnarnornei (Cortinarius phoeniceus, sanguineus, cinnamomeus ...) ont tué les animaux. Mais aucun de ces champignons ne contient de l’orellanine le principe actif des deux Cortinaires ci-dessus. Il faut savoir que les rongeurs qui subissent ces expériences ont un comportement très différent de celui des hommes. Par exemple du suc de Cèpe de Bordeaux Boletus edulis inoffensif pour l’être humain, tue inexorablement un lapin quand cette substance lui est injectée sous-cutanée !

Les Agarics jaunissants
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    Voici l’été et le mycélium des champignons des pâturages et des prairies attendent les orages afin de produire leurs sporophores. C’est le temps des rosés des prés Agaricus campestris, ils persisteront jusqu’en septembre, il seront d’autant plus nombreux si l’été est sec et qu’enfin des pluies abondantes arrivent tardivement. Si notre Rosé des prés est excellent et vaut même largement le champignon de Paris Agaricus bisporus son proche cousin domestiqué, il n’est pas sans danger de cueillir des Rosés, car sous des allures de faux frères, les Agarics jaunissants de la Section Xanthodermatei attendent le quidam afin de lui flanquer une bonne gastroentérite, histoire de lui rappeler que tous les Agarics ne sont pas comestibles. 

    Rappelons que les Agarics, encore appelés Psaliottes, sont des champignons qui en général concentrent facilement les métaux lourds nocifs pour notre santé. En conséquence, on ira pas les cueillir au bords des routes ou des chemins, encore moins dans les cultures qui font l’objets de traitements chimiques. Il faut en outre ne pas oublier les simples intolérances alimentaires qui peuvent être dues à une déficience individuelle, à une surconsommation de champignons à fibres indigestes ou à l’ingestion de champignons comestibles mais qui ont été cueillis ou conservés dans un mauvais état de fraîcheur. Les symptômes se traduisent généralement par des lourdeurs et des ballonnements et les problèmes digestifs qui en découlent sont de deux ordres, soit des effets laxatifs donnant diarrhées et coliques, soit des troubles gastriques avec nausées et vomissements, qui sont normalement sans gravité, tout comme dans les cas d’ingestion d’Agarics jaunissants. A ce jour aucun mycotoxicologue n'a proposé un syndrome xanthodermien, le classement de ce type d'intoxication étant difficile. Parfois classé parmi le syndrome résinoïdien, ce classement n’a rien de scientifique et n’a aucune signification d’un point de vue médical. Les Agarics jaunissants provoquent des syndromes purement gastro-intestinaux dont la toxicité s’exprime avec une fréquence variable et où le facteur individuel est important. Ce qui fait que chaque individu n’est pas réceptif de la même manière en cas d’ingestion de ces champignons, mais la prudence reste de mise. 

    Ce qu’il faut savoir aussi sur les Agarics : Une étude toxicologique alimentaire a montré que dans les champignons du genre Agaricus, appelés communément rosés des prés ou des bois et parmi lesquels ont compte le champignon de couche ou champignon de Paris Agaricus bisporus, contiennent des teneurs en agaritine. L'agaritine en elle-même n'est pas dangereuse mais elle produit en se détériorant dans l’estomac sous l’action des sucs digestifs, des dérivés qui sont cancérigènes. Lors de l’étude toxicologique alimentaire, les expériences ont été effectuées sur des souris et les chercheurs ont mis en évidence la présence d’agaritines cancérigènes. Les résultats ont alors révélé que les cancers du poumon étaient deux fois plus nombreux chez les souris qui avait reçu des doses d’agaritine, que chez celles qui n’en avaient pas reçu. Quant aux cancers du sang, ils étaient quatre fois plus nombreux. Ceci dit, aucune expérience n’a été effectuée sur l’homme.

Alors comment distinguer les bon des mauvais.

Fiche descriptive :
L'Agaric jaunissant, rarement solitaire, ce champignon se rencontre dans les prés, les prés-bois, dans les terrains vagues et les milieux rudéraux en général, le long des haies, voire aux bords des routes et chemins, il vient aussi dans les jachères ou les pâturages, les jardins ou les parcs et même en lisières de forêts, dés la fin du printemps. Un petit truc facile pour le reconnaître : On coupe avec le couteau la base bulbeuse du pied, si c’est lui, on voit immédiatement apparaître une tache centrale d’un jaune soufre assez vif. D’autre part, si malencontreusement vous ne l’aviez pas reconnu et que vous le cuisiniez, il dégage alors une forte odeur de phénol très désagréable et persistante. Si c’est le cas jetez les, les agarics comestibles dégagent quant à eux une bonne odeur dite fongique, caractéristique, comme celle des champignons de Paris.

Agaric jaunissant Agaricus xanthoderma Génevier

Le chapeau de 6 à12cm (Attention les dimensions des chapeaux sont données à titre indicatif, la nature peut en donner des plus grêles ou plus gros), subglobuleux, puis tronconique et devient enfin convexe dans l’âge, plus ou moins étalé. Le revêtement est blanc de neige puis tâché de jaunâtre ou d'ochracé surtout au disque (Plus gris dans cette variété griseus). Il se tache également de jaune soufré au toucher surtout à la marge, mais pas de manière systématique. Cette marge est mince, incurvée, excédante et concolore au chapeau. Les lames libres sont serrées, inégales, minces, gris pâle au début puis rose foncé et enfin brun sombre à la fin. L’arête est aiguë, entière et concolore.
Le pied est cylindrique plus ou moins courbé, élancé, renflé par un bulbe basal un peu marginé, ferme, fistuleux, blanc à aspect brillant, se tachant de jaune avec un anneau assez ample, membraneux, persistant, présentant une "roue dentée" sur la face inférieure. La chair est moyennement épaisse, tendre, blanche mais jaunissant fortement au toucher, surtout dans le bulbe du stipe, à odeur presque nulle ou iodée, d'encre ou encore de phénol, avec cependant une saveur douce.


Celui-ci est plus sylvestre, il aime les clairières, les haies, les forêts nitrophiles et humides, les stations rudéralisées. On le trouve généralement sous les feuillus, parfois en abondance dans les forêts alluviales. Les indications pour le reconnaître, citées plus haut, sont aussi valables pour cette espèce.


Agaric pintade Agaricus praeclaresquamosus Freeman = A. meleagris

Cette espèce dont le chapeau peut atteindre 15 cm et plus, a un revêtement finement squamuleux de gris à gris beige terne, souvent même noirâtre surtout au disque, sur fond blanchâtre et qui jaunit fortement au froissement. Les lames sont blanchâtre pâle puis deviennent d'un rose assez vif et enfin brun noirâtre à maturité des spores. Le pied bulbeux est blanc, maculé de gris beige sale, portant un anneau ample subfloconneux en dessous. La chair est particulièrement jaunissante avec une odeur d'encre ou iodée.


Il existe plusieurs Agarics jaunissants, avec des variétés et des formes variées qui les rendent plus difficilement identifiables et dont voici une liste non exhaustive :

L'Agaric jaunissant Agaricus xanthoderma Genevier
Variété grise de l’ Agaric jaunissant : var. griseus (Pearson) M. Bon & Cappelli
Agaric à écailles sombres Agaricus phaeolepidotus (Moeller) Moeller
Agaric pintade Agaricus praeclaresquamosus Freeman
= Psalliota meleagris = Agaricus placomyces ss.auct.
Et sa variété qui ressemble à une Lépiote : var. lepiotoides R. Maire
ainsi qu’une autre variété : var. meleagroides (Pearson) M. Bon & Cappelli
Et sa variété couleur de terre var. terricolor (Moeller) M. Bon & Cappelli
Agaric des Sables Agaricus menieri M. Bon 

    Enfin, il existe d’autres Agarics plus ou moins jaunissants, mais avec un jaunissement plus terne, jaune de chrome, qui sont de bon comestibles. Ils ont alors une agréable odeur soit d’anis, c’est le cas des Rosés des Bois Agaricus silvicola et A. essetei à pied bulbeux, soit d’amande amère comme Agaricus macrocarpus. Dans ces cas, la chair n’est jamais jaune à la base des pieds.

Syndrome panthérinien
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    Le syndrome pantherinien intervient de 20 minutes à plus d’une heure après l’ingestion des champignons suivants :
Amanita muscaria, ses variétés et formes, Amanita pantherina et sa forme abietinum et gemmata et/ou junquillea qui provoquent peu après leur ingestion : des vomissements et diarrhées, des troubles digestifs, des délires, hallucinations, voire des convulsions, spasmes, des troubles nerveux avec parfois une agressivité importante. L’intoxication peut être très grave et des cas motels avec l’Amanite panthère sont connus. La plus grande prudence est donc recommandée.

Description des espèces :

Amanita muscaria (L. : Fr.) Hooker - Amanite tue-mouches 

    C'est l'un des champignons les plus communs et surtout des plus représentés. Il possède un chapeau rouge vif, couvert de flocons blancs provenant des restes du voile général, dont la marge est striée avec l'âge, parfois même déchirée avec le temps. Les lames libres sont d’un blanc pur et le stipe bulbeux à la base porte des traces du voile général par la présence de plaques concentrique blanches qui correspondent à la volve ; l’anneau est lisse, assez labile. La chair blanche et douce a une faible odeur.
Elle pousse dans les bois de feuillus ou de résineux mais affectionne particulièrement les bouleaux et les épicéas, sur sols acides. Elle est très commune et annonce souvent la présence des cèpes de Bordeaux à proximité.
Attention, il n’y a pas une Amanite tue mouches, mais 17 « Amanites tue mouches », avec les variétés et les formes, à savoir :

Amanita muscaria var. alba (Peck) Peck
Amanita muscaria var. aureola (Kalchbr.) Quél.
Amanita muscaria var. formosa Pers.
Amanita muscaria var. fuligineoverrucosa Neuville, Poumarat et B. Clément
Amanita muscaria var. inzengae Neuville et Poumarat
Amanita muscaria f. europaea Neuville et Poumarat
Amanita muscaria f. gussowii (Vesely) Neville et Poumarat
Amanita muscaria f. flavivolvata (Singer) Neuville et Poumarat
Amanita muscaria f. puella (Batsch) E. J. Gilbert
Amanita muscaria f. vaginata (Velen.) Neuville et Poumarat
Amanita emilii Riel = Amanita pseudoregalis Pluvinage = Amanita amici Gillet
Amanita gioiosa S. Curreli
Amanita heterochroma S. Curreli
Amanita pseudoregalis Pluvinage
Amanita regalis (Fr. : Fr.) Michael
Amanita regalis f. umbrina (Fr.) Neuville et Poumarat 

    Retenons simplement qu’elles ont toutes un chapeau rouge vif à plus ou moins foncé virant vers les bruns ou au contraire décoloré vers les jaunes, des écailles plus ou moins nombreuses et visibles selon les espèces et aussi ne l’oublions pas selon le temps (à savoir qu’une pluie abondante peut à la fois décolorer une espèce et éliminer du même coup les écailles blanches issue du voile général originel. La silhouette rappelle évidemment celle de l’Amanite tue mouches type, avec son stipe blanc immaculé ou plus ou moins taché de jaune ou de fuligineux, avec la présence d’un anneau qui peut être plus ou moins membraneux ou fragile.
Notons également que les très jeunes exemplaires ne montrent aucune trace de rouge, puisqu’il sont entièrement protégés par le voile général plus ou moins verruqueux. Et que dire des spécimens récoltés sous la neige ! 

    Elle contient de la muscarine, du muscimol, du muscazon qui affectent le système nerveux, provoquant paralysie, troubles de la conscience, délires, difficultés respiratoires. La période de latence après l’ingestion est de 30 mn à 2 h, à forte dose l’issue peut-être fatale. Réputée hallucinogène, elle est donc d’autant plus dangereuse. 

    Amanita pantherina (De Cand. : Fr.) Krombholz - Amanite panthère
Le chapeau de 4 à 10 cm, brun clair ou foncé est garni de petits flocons blanc pur assez réguliers, avec la marge nettement striée à cannelée dans l’âge. Les lames libres sont blanches et le stipe blanc possède des bourrelets blanc floconneux et hélicoïdaux sur le pourtour du bulbe basal qui est souvent très enfoncé dans le sol. L’anneau, blanc également, est membraneux. La chair blanche exhale une fine odeur de rave et la saveur rappelle l’odeur. 
    Cette espèce peu commune pousse dans les forêts de toute la France, notamment sur sol sablonneux siliceux et acidocline.
Très toxique, elle contient les mêmes toxines que l'amanite tue-mouches, mais en concentration plus importante et les empoisonnements mortels sont plus fréquents. C’est de loin la plus toxique des trois principale décrites ici.


Amanita pantherina f. abietinum Gilbert, cette forme est assez courante en montagne sous les résineux, généralement plus sombre et plus robuste à flocons sales (pas blanc pur) et la marge souvent moins striée.
Amanita pantherina f. robusta (DC.:Fr.)Secr. Il s’agit d’une simple forme plus robuste du type.
Amanita pantherina f. mediterranea (DC.:Fr.)Secr. Cette forme méditerranéenne se confond justement davantage avec l’Amanite jonquille. 

    Le type ainsi que ces formes peuvent éventuellement être confondues avec Amanita regalis ou les formes sombres de l’Amanite tue mouches.

Amanita gemmata (Fr.) Bertillon - Amanite des pierreries
Et/ou Amanita junquillea Quélet - Amanite jonquille 

    Le chapeau de 3 à 10 cm est jaune cire à jaune vif, parfois ochracé à ochracé-brunâtre ou alors crème avec des plaques blanches provenant du voile général, à marge légèrement striée. Les lames libres sont blanches. Le stipe blanc et bulbeux, portant un anneau très fragile, est inséré dans une volve blanche, fragile et friable submembraneuse, formant des bourrelets parfois hélicoïdaux.
C'est une espèce qui pousse du printemps (et parfois précoce) jusqu'à l'automne, même en hiver à la faveur d'un climat doux, de la plaine y compris le littoral, jusqu'à la montagne. 
    Elle peut provoquer des intoxications graves, souvent inconstantes, elle est considérée comme suspecte.
Selon les auteurs l’espèce est synonymisée ou non. Les auteurs américains envisagent même une hybridation entre Amanita gemmata et Amanita pantherina. Il faut dire que l’espèce (ou les deux espèces) est extrêmement variable, pouvant même fortement ressembler à l’Amanite panthère, comme nous avons pu le constater sur une récolte printanière landaise, ce qui complique encore sa détermination. Suivant les auteurs et les ouvrages, elle est tantôt considérée comme comestible, même moyen et tantôt toxique. Ce que l’on peut dire c’est que la toxicité est très variable par rapport aux individus eux mêmes, ou par rapport à l’état des consommateurs. On sait que les personnes d’âge adulte en très bonne santé, sont moins vulnérables aux intoxications par des champignons, que des personnes malades, souffrant de pathologies telles que le diabète par exemple, les jeunes enfants ou au contraire les personnes âgés. Nous connaissons des vosgiens qui la consomme depuis des années, malgré les recommandations et les rappels à la prudence. Nous pensons qu’il est sage de considérer cette espèce comme toxique, puisque l’une ou l’autre de ses formes ont provoqué des intoxications par le passé, dont des cas graves.

Clitocybe nébuleux
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Classification :
Division : Basidiomycota
Classe : Basidiomycetes
Ordre : Agaricales
Famille : Tricholomataceae
Section : Disciformes

Lepista nebularis (Batsch : Fr.) Harmaja

Synonymes :
Clitocybe nebularis (Batsch : Fr.) Kummer
Clitocybe pileolaria (Bulliard) Murrill (Non Sowerby)
Clitocybe stenophylla Karsten

Nom français : CLITOCYBE NÉBULEUX
Noms vernaculaires :
Couramment appelé Petit Gris dans le Jura, mais attention ce nom est donné à d’autres champignons et notamment au Tricholome terreux Tricholoma terreum
Dans les Vosges il est appelé le Saint Martin, en raison de sa phénologie.
Ailleurs, c’est aussi la Grisette et encore le Meunier (ce nom étant plutôt attribué au Clitopile petite prune Clitopilus prunulus), ou tout simplement le Nébuleux, ceci en raison d’une sorte de poudre blanche visible sur le chapeau, évoquant une nébulosité. 

    Ce champignon a depuis longtemps été consommé d’autant plus volontiers qu’on le trouve en troupes de nombreux individus, souvent en grands cercles dénommés : ronds de sorcière, qu’il se maintient tard en saison même après de fortes gelées et que les spécimens peuvent atteindre des tailles très respectables. De nombreux amateurs le trouvent bon comestible. Il est d’ailleurs vendu sur certains marchés et commercialisé par des grossistes, notamment dans l’Est de la France. 

    Or, il s’agit d’un champignon dont la comestibilité est inconstante. Il provoque chez certaines personnes des allergies. Il arrive même que des personnes l’ayant consommé auparavant sans problème, soient elles aussi dérangées et intoxiquées.
Il est donc fortement conseillé de ne pas le consommer. La responsabilité des mycologues nous oblige à le classer comme espèce toxique. 
    Il est parfois responsable du syndrome résinoïdien, dont la période d’incubation est de 30' à 3 h. qui provoque de sérieux troubles gastro-intestinaux, des nausées, des vomissements, des douleurs et surtout des diarrhées. On connaît de nombreux cas d’hospitalisation. 
    En cas de troubles après la consommation de cette espèce, il est fortement conseillé d’appeler votre médecin et/ou le centre anti-poison de votre région. 

    Si des irréductibles veulent ou continuent à le consommer, nous ne saurions que leur conseiller ces quelques précautions :
1. Ne consommer que des exemplaires jeunes et parfaitement sains.
2. Faire blanchir les champignons et rejeter l’eau de cuisson.
3. Ne les consommer qu’en petite quantité.
4. Espacer d’au moins une semaine les repas à base de ce champignon. 

    Il existe un autre danger, c’est la confusion avec l’ l’Entolome livide Entoloma lividum (Bull.) Quélet qui est une grosse espèce trapue dont le chapeau atteint lui aussi 20 cm et plus, lisse à ridulé, d'aspect sec, soyeux et brillant, blanchâtre, crème ochracé avec des nuances grisâtres ou beige jaunâtre. Les lames peu serrées sont d'abord jaunâtres puis saumonées à maturité des spores, sinuées et échancrées. Le stipe trapu est blanc à ocre jaunâtre souvent tordu ou coudé. La chair possède une odeur et une saveur caractéristiques de blé écrasé, dite farineuse puis subnauséeuse et désagréable.
Il pousse dans les forêts de feuillus, de préférence sur des sols argileux ou argilo-calcaires en automne, plus rarement en hiver et en montagne.

(Il provoque une intoxication gastro-intestinale, se manifestant par des vomissements et diarrhées, survenant peu après le repas. Une réhydratation du malade en milieu hospitalier permet souvent de le guérir. Des cas mortels ont cependant été signalés.) 

    Afin d’éviter une confusion, il y a lieu de vérifier pour le CLITOCYBE NEBULEUX, qu’il présente bien des lames qui redescendent sur le pied (lames dites décurrentes), même si cette décurrence est faible, que le chapeau soit brun gris, immuable, non hygrophane, convexe, ne présentant pas la forme en entonnoir de la plupart des Clitocybes et sa taille peut atteindre 20 cm, les lames soient serrées et de couleur crème pâle et enfin, que le pied soit concolore au chapeau et qu’il s’élargisse vers la base.

Ecologie : Il vient indifféremment sous les feuillus et sous les conifères, préférant néanmoins les sols neutrophiles à acidophiles, de la plaine à la montagne. Il s’agit d’un champignon très commun et souvent abondant.

Phénologie : Il vient en automne, généralement assez tardif, ainsi qu’au début de l’hiver.

DESCRIPTION : 

    Le chapeau est d'abord conico-convexe puis étalé, plus ou moins déprimé, glabre, parfois luisant par temps humide, gris cendré à beige grisâtre ou brun jaunâtre. Souvent avec de petites taches blanc poudré, à marge mince, d'abord enroulée puis droite, un peu plus pâle que le reste du chapeau. Le revêtement est séparable, sec et mince. 
    La chair épaisse et blanche dégage une forte odeur, souvent indéfinissable, parfois fongique ou un peu cyanique (chou-navet ?), désagréable en vieillissant. La saveur est douce, très prononcée mais agréable. 
    Les lames sont serrées, plutôt larges, arquées, molles, subadnées, crème blanchâtre à crème, grisâtre, légèrement jaunissantes avec l’âge. Elles sont séparables du chapeau. 
    Le pied est cylindrique, plus ou moins clavé, robuste, plein, presque lisse, voire légèrement fibrilleux, gris pâle à blanchâtre, avec souvent un tomentum blanc à la base.

Notons qu’il existe une forme blanche Clitocybe nebularis f. alba

Il arrive que les vieux exemplaires de cette espèce soient parasités par un curieux et rare champignon, une petite volvaire Volvariella surrecta [voir photo]

Microscopie :
Spores : (5,5) 6-7 (8,5) x 3-4 (4,5) µm, elliptiques, lisses, hyalines, cyanophiles.
Boucles : présentes.
L'Inocybe de Patouillard
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    C’est généralement au printemps, dès les premières poussées de champignons, que l’on risque, si on a beaucoup de chance, de rencontrer ce très beau champignon en forme de gros chapeau chinois. La chance peut néanmoins se transformer en malchance, si l’idée vous en vient à vouloir le déguster, car vous risquez de le regretter très sérieusement au bout de quelques heures après votre repas. Ce champignons c’est l’Inocybe de Patouillard.

Inocybe patouillardii Bresadola – Inocybe de Patouillard

Synonymes :
? Inocybe erubescens Blytt
Inocybe lateritia Ricken
Inocybe bongardii ss. Quélet
Inocybe trinii var. rubescens ss. Patouillard 

    Ce champignon offre un chapeau généralement charnu, de 4-7 (10) cm, conique puis convexe ou campanulé, souvent à large mamelon, sec, fibrilleux à soyeux, d’abord blanc puis taché de rougeâtre au toucher, séchant en rose incarnat et devenant briqueté dans l’âge. Les lames larges, serrées et ventrues, émarginées à adnexées sont d’abord d’un blanchâtre olivacé puis gris brunâtre. Elles rougissent enfin comme le chapeau. Le stipe plein, à peu près cylindrique montre parfois une base un peu renflée ou bulbilleuse. Presque glabre dans la jeunesse, il est ensuite fibrilleux, à sommet blanc pruineux et concolore au chapeau. La chair blanchâtre, souvent immuable, rougit parois faiblement à la coupe sur les exemplaires âgés. Inodore à la coupe, elle dégage ensuite une odeur légèrement fruitée puis terreuse à la fin, alors que la saveur est subtilement poivrée. 

    Ses spores sont lisses, subréniformes, les cystides étant absentes. 

    On le rencontre de préférence sur les coteaux calcaires, dans l’herbe, parfois en lisière ou aux bords des chemins, dans les bois mixtes clairs, au printemps. Dans la région méditerranéenne on note des récoltes tardives de cette espèce, faites au mois de novembre. Cette espèce est largement répandue dans le centre et l’ouest de l’Europe, mais de manière éparse sur de très vastes territoires. En France c’est un taxon rare, qui mérite d’être inscrit sur la liste rouge nationale. 

    Ce champignon est réputé très toxique en raison de sa haute teneur en muscarine. Il provoque le syndrome muscarien également dénommé syndrome sudorien qui intervient environ 15 minutes à 3 heures après l’ingestion des champignons. Cette intoxication due essentiellement à la muscarine provoque de forts troubles gastro-intestinaux avec des douleurs abdominales intenses, des nausées, des vomissements, des diarrhées, des hypersécrétions comme une transpiration abondante ou sueurs froides avec ou sans frissons, des larmoiements ou des hypersalivations, des vertiges, de l’anxiété, des tremblements, mais il peut aussi provoquer une bronchoconstriction ou une hypersécrétion des mucus des poumons, parfois même des bradycardies ou des hypotensions susceptibles d’entraîner un coma. La régression est généralement spontanée, mais on a signalé des cas mortels par collapsus cardio-circulatoire. 

    D’autres Inocybes sont responsable du même syndrome, comme : Inocybe fastigiata, geophylla et sa variété lilacina, Inocybe piriodora, pisciodora, obscura, godeyi, eutheles, fraudans, corydalina et les Inocybes en général, soit 350 espèces environ, tous considérés comme toxiques, sauf l’Inocybe du Jura Inocybe jurana qui est consommé ça et là, avec une certaine prudence en raison des confusions possibles.

Note : Suite à une expérimentation scientifique, nous savons que Inocybe haernacta est un champignon psychotrope grâce à MM. Tjakko Stijve et B.Glutzenbaum. Cet inocybe rare est un champignon psilocybien. Un article publié en italien et en anglais dans Eleusis (2: 59-68, 1999) et en français dans le Bulletin du Locle (Georges Scheibler) décrit en détail les conditions de l’expérimentation. 

    Quoi que bien différent de l’Avrillot (qui pousse en avril) ou Tricholome de la St-Georges Calocybe gambosa dont la phénologie est identique, on rapporte quelques confusions avec ce dernier, qui peut pousser effectivement dans les mêmes stations.

Glossaire :

Adnexé : Se dit des lames étroitement ou à peine adnées ; qui s'atténuent progressivement vers le stipe arrivent à être seulement adnexées.
Bulbilleux : Qui est muni d'un petit bulbe.
Cystides : Cellules stériles qui se trouvent souvent sur la face des lamelles ou sur leur arête et qui sont souvent couronnées de cristaux d'oxalate de calcium. L'examen au microscope aide à la détermination.
Pruineux : Qui est pourvu d'une pruine, fine poussière recouvrant parfois la surface des champignons. Couvert d'une fine poussière blanche à la manière des prunes.
Subréniformes : Qui est presque en forme de rein.

Le Paxille enroulé
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    Et si l’on parlait du Paxille enroulé ! 

    Le Paxille enroulé Paxillus involutus est l’un des champignons les plus communs qu’il soit donné de rencontrer. Ubiquiste par excellence, on le trouve d’abord chez soi, dans sa pelouse, principalement sous les bouleaux. Il n’est pas rare et parfois abondant en ville, dans les parcs et les jardins, il suit ensuite le bord des routes, dans la berme. Il fréquente aussi nos forêts sans préférence particulière pour les bois de feuillus ou de résineux. On le voit encore dans nos prairies de la plaine à la montagne, souvent en cercle bien fournis. Il est présent des bords de la méditerranée jusqu’au cercle polaire arctique, où j’ai pu le rencontrer sous les nombreux bouleaux et épicéas de la région scandinave. 
    Il a longtemps été considéré comme comestible. Nous connaissons d’ailleurs des vosgiens, qui le consomment toujours sous prétexte que le grand père les a toujours consommés sans problèmes particuliers, puis le père à son tour, alors pourquoi le fils n’en ferait-il pas autant ? 
    Pour autant, ce n’est pas une preuve de sa comestibilité et il nous paraît indispensable de bien connaître ce champignon que l’on considérait jadis comme étant comestible. D’ailleurs la littérature ancienne, voire récente, ne nous affirme-t-elle pas que le Paxille enroulé est comestible. Certains livres donnent d’ailleurs des recettes culinaires.
Bref, il s’agit d’un redoutable champignon toxique qui a causé des cas mortel. Nous le considérerons donc ici, comme un champignon mortel. 
    Sa comestibilité s’est vue contestée très tôt pourtant. C’est en Allemagne dès 1948 que l’on a signalé des cas graves d’intoxications dont l’une fut mortelle. Plusieurs amateurs qui voulurent le tester ont eu des désagréments, surtout quand il était consommé mal cuit. (Ce qui ne veut absolument pas dire qu’il ne soit plus toxique quand il est cuit) Il devient particulièrement indigeste, surtout si, en plus, les exemplaires sont âgés. Les choses se compliquent encore si on le consomme en grosse quantité et de façon répétée, ce qui est relativement facile vu les quantités que l’on peut récolter sur une station et la taille respectable des sporophores. Il est reconnu comme étant particulièrement mortel, s’il devait être consommé cru. Il s’avèrerait que sa toxicité n’est pas régulière, ni d’ailleurs systématique. Mais encore faudrait-il bien connaître les quantités consommées, leurs répétitions et les rapprochements de celles-ci, la taille et l’âge des sporophores, l’âge des consommateurs ou encore leur état de santé ou leur pathologies chroniques, sans compter les endroits où ils sont récoltés et qui peuvent être plus ou moins pollués.
Aussi est-il prudent de l’éliminer définitivement de ses recettes familiales et du registre publique des champignons comestibles, d’autant que sa chair n’est pas particulièrement savoureuse d’après les « gousteurs » imprudents et malgré sa physionomie pour le moins peu engageante. Sa chair contient en outre de la muscarine. 

    En tout état de cause, en cas d’intoxication, il provoque le syndrome paxillien, qui intervient de 1 à 3 heures après l’ingestion des espèces suivantes : 

    Les responsables sont le Paxille enroulé et ses proches cousins. Paxillus involutus, filamentosus = rubicundulus. Ils provoquent des troubles digestifs, des nausées, des vomissements, des douleurs gastriques et intestinales, des diarrhées sanguinolentes, des collapsus cardiovasculaires, chez certaines personnes c’est une réaction allergique extrêmement grave, caractérisée par une hémolyse (destruction des globules rouges) et/ou une atteinte rénale, ou encore des cytolyses hépatiques avec parfois une évolution vers le coma. Une issue fatale n’est pas impossible. Le mécanisme de cette intoxication rare reste mal compris. En effet, de nombreuses personnes consomment le Paxille enroulé sans problème. Certaines le tolère apparemment bien et peuvent faire une réaction allergique grave lors du repas suivant. Chez d’autres, la consommation du Paxille va entraîner une ou deux heures après le repas, des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales), suivi d’un état de choc, avec des troubles de la coagulation, puis des complication avec une destruction des globules rouges (anémie hémolytique) et des signes d'atteinte du rein. 

    Dans tous les cas d’intoxication, une hospitalisation s’impose avec un traitement symptomatique, souvent une hémodialyse et des transfusions peuvent même être nécessaires. 

    Description des espèces :

Les Paxilles, malgré leurs lames et à cause de la morphologie et de la couleur de leurs spores, sont parfois considérés comme des Bolets à lamelles.

Paxillus involutus (Batsch : Fr.) Fr.
Synonyme : Paxillus lateralis (Schaeffer) Saccardo 

    Il offre un chapeau de 4 à 15 cm de diamètre, parfois davantage est brun-ocre à brun cannelle, mamelonné dans l'extrême jeunesse, finement velouté mais visqueux sous la pluie ; il s'étale ensuite jusqu'à devenir déprimé, la marge cannelée et feutrée restant longtemps enroulée vers les lames, d'où son épithète. Il a tendance à foncer au toucher, presque à noircir si l’exemplaire est âgé. Les lames décurrentes, serrées et parfois fourchues sont plus ou moins concolore ou ocre et se tachent elles aussi de brun au toucher, fragiles. Le stipe est généralement plus clair que le chapeau, nu. La chair jaunâtre a une odeur et une saveur un peu aigre-douce. 

    Lié principalement aux Bouleaux, dans les bois sec ou frais, il se retrouve en montagne sous les conifères. Il peut ressembler à un Lactaire qui garderait longtemps une marge enroulée et cannelée dans l’âge. Il apparaît dès le début de l’été et perdure tard en automne, développant souvent des troupes très abondantes, remontant même sur de vieilles souches.

Paxillus filamentosus (Scopoli) Fr.
Synonyme : Paxillus involutus var. leptopus (Fr.) Quélet
Paxillus rubicundulus (Scop.) Fr. s. Kotl. Et Pouz. 

    Celui-ci présente un chapeau se creusant progressivement en entonnoir puis qui étend horizontalement sa marge d’abord enroulée, comme chez les Paxilles en général. Le revêtement finit par se rompre en donnant des mèches plus ou moins concentriques, restant étalées à filamenteuses, d’où son épithète, d’une teinte brun olivacé qui se détache assez bien de la chair jaune du chapeau. Les lames sont plus jaunes que le précédent et présentent plus volontiers des anastomoses, ainsi que des fourches dichotomiques. A la base de la décurrence des lames, à l’insertion sur le stipe, on n’observe pas les entrecroisements poroïdes décrits chez son cousin le Paxille enroulé. Le souvent ténu est le plus souvent assez trapu (3-5 X0, 8-1cm), tordu, concolore à plus foncé et brunissant. 

    Le Paxille décrit ici est moins connu, parce que moins répandu. Il est exclusivement lié à l’aulne et aux stations riveraines humides. Ce caractère écologique non négligeable permet souvent de le séparer d’emblée sur le terrain du Paxille enroulé. 

    On peut se méfier également de ce dernier Paxille de forme pleurotoïde : 

Paxillus atrotomentosus (Batsch : Fr.) Fr. 

    Il a une taille est imposante, jusqu’à 25 cm. Le chapeau pleurotoïde surtout dans la jeunesse est dissymétrique, en forme de demi-entonnoir et à marge enroulée. Le revêtement est duveteux, pelucheux, brun olivâtre à brun foncé. Les lames étroites, décurrentes et serrées sont anastomosées et parfois en réseau sur le pied court, remarquablement trapu (3 à 6 cm x 3 à 5 cm). Le chapeau et pied sont tapissés d’un épais tomentum pelucheux, élégant, d’un brun foncé, presque noirâtre sur le pied et qui évoque le velours des bois des cervidés. 

    Ce champignon n’est pas très commun d’autant plus qu’il apparaît généralement dès la fin du printemps, à une époque où les chercheurs de champignons sont peut-être moins assidus. Il est fréquent à cette époque en région parisienne, en liaison quelquefois avec des feuillus, mais en montagne il est le plus souvent lié avec des conifères ou il pousse au pied des souches (de pins en particulier) ou sur leurs racines. 

    Si le Paxille est toxique pour l’homme, il n’en est pas moins très utile dans la nature, où il tient une place importante dans la biodiversité. Il s’agit d’un champignon mycorhizien qui occupe une place particulière dans l’immense diversité des microorganismes qui vivent dans le sol. De nombreuses plantes, pour ne pas dire la grande majorité, vivent en symbiose avec des champignons. C’est le cas du Paxille enroulé qui pourvoit entre autres à l’approvisionnement en eau et surtout en éléments nutritifs de la plante hôte. C’est la biocénose, qui se fait grâce au mycélium qui pénètre le sol, souvent beaucoup plus intensément que les racines des arbres. Depuis longtemps il est prouvé que le système racinaire, des plantes en général et des arbres en particulier, mycorhizées, est plus performant que celui des plantes sans mycorhizes. Ceci induit une influence directe sur le développement et la stabilité de ces associations fonge-flore. On utilise donc le Paxille enroulé dans certaines régions, afin d’accélérer la croissance des bouleaux dans le but de stabiliser des terrains en montagne ou de faciliter leur implantation dans des terrains défavorables et des renforcer contre divers agents pathogènes. 
    
    A l'heure actuelle, ce sont les techniques de culture de tissus in vitro, appliquées à la multiplication végétative, qui prennent une place de plus en plus importante. Les plants de bouleaux dont donc mycorhizés en labo, avant d’être implanté dans la nature.
Ce qui revient à dire que même si un champignon est toxique ou même mortel, il n’est pas utile de « chouter » dedans, car il a son utilité, parfois insoupçonnée dans les différents écosystèmes.

Le Gyromitre "comestible" mortel
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Gare aux Morilles et surtout au Gyromitre dit « comestible » qui peut tuer. 

    Le syndrome helvellien à incubation courte, intervient environ 30 à 60 minutes après l’absorption de champignons des genres suivants : Helvelles, Pezizes et notamment :
Helvella crispa, H. lacunosa, Disciotis venosa ou Aleuria aurantia, ces discomycètes mal cuits, y compris les Morilles, provoquent nausées, vomissements douloureux, transpirations profuses, vertiges et plus rarement des syncopes. 

    En effet, les morilles, morillons et autres verpes et plus généralement tous les ascomycètes réputés comestibles ne sont pas sans risques. La majorité d’entre eux contiennent entre autres des hémolysines thermolabiles, qui sont donc généralement détruites à la cuisson. Elles peuvent être associées à d’autres toxines encore mal connues de nos jours.
Il est donc fortement recommandé de consommer ces espèces avec prudence et modération. Michel PESTEL président de la SO.MY.LA. (Société mycologique landaise) rapporte qu’une personne ayant consommé en grande quantité des morilles au printemps dernier, a été malade, pris de vomissements et de sudations intenses. 

    Le syndrome gyromitrien a incubation longue, donc le plus dangereux, est provoqué entre autres par les espèces suivantes : 

    Gyromitra esculenta, Gyromitra gigas et peut-être Gyromitra infula, mais également Sarcosphaera coronaria

    Les Gyromitres renferment des dérivés hydraziniques qui peuvent être mortels. Ces champignons renferment à l'état frais de la gyromitrine (= N-Méthyl1-N-formyl-acétal-dehydrazone) et des dérivés. Cette gyromitrine est un produit labile et volatil qui donne par hydrolyse de la méthylhydrazine, véritable poison et qui est responsable des intoxications aiguës. Cette hydrazine a également des propriétés cancerigènes mais il faut y avoir été exposé durant de nombreuses années pour que l'on puisse voir apparaître un cancer et encore pas chez toutes les personnes exposées car il y a des sensibilités individuelles. Etant donné la fragilité de la gyromitrine les Gyromitres secs ne renferment que des traces de gyromitine et ils n'auraient jamais provoqué d'intoxications. La dose d’hydrazine est inégalement répartie chez les Gyromitres. Elle est conséquente dans Gyromitra esculenta et G. gigas, très faible dans Gyromitra infula. Mais les teneurs en MMH (monométhylhydrazine) ne sont pas négligeables même après dessiccation et il n’est en aucun cas démontré que la cuisson ou la dessiccation sont suffisantes pour supprimer totalement tous les risques. 

    La consommation des ces espèces provoque chez certaines personnes des accidents neurologiques, des paralysies temporaires. Il semblerait également que les reins peuvent être atteints avec présence de sang dans les urines. Des cas de crampes, troubles hépatiques ou sanguins, des accès de fièvre sont également des symptômes connus, quand ce n’est pas un coma généralement suivi de mort ! Ils sont en tout cas interdit à la vente sous toutes leurs formes, qu’ils soient frais, séchés ou en conserve.

Description des espèces potentiellement mortelles :

Gyromitra esculenta (Pers. : Fr.) Fr. - Gyromitre "comestible"
Ce drôle de champignon ressemble à une cervelle posée sur un pied.
Le chapeau (5-10 cm) creux est en effet cérébriforme plus ou moins arrondi, brun rouge, brun sombre et parfois plus clair ou brun jaune. Il est soudé au stipe creux lui aussi, court, sillonné irrégulièrement, lacuneux et blanc.
On le rencontre souvent en montagne, sur les sols acides mais parfois sur sol calcaire acidifié par les aiguilles des résineux. Il préfère les pins sylvestres où il vient notamment sous les vieilles branches tombées au sol ou parmi les écorces.
La traduction littérale du latin esculenta : comestible . Cependant et bien qu’il soit toujours consommé de nos jours, ce champignon est responsable de plusieurs cas d’intoxications graves dont certaines mortelles quand les champignons ont été consommés crus ou mal cuits, en quantité importante et au cours de repas répétés.

Gyromitra gigas (Krombholz) Cooke- Gyromitre géant
C'est le sosie du Gyromitre "comestible" mais en plus gros et de couleur moins sombre.
Le chapeau (10 – 15 cm) creux et irrégulièrement cérébriforme est plus ou moins arrondi, ocre-brun à brun-foncé mais généralement sans teinte roussâtre. Le stipe est blanchâtre, court et partiellement creux.
Il vient surtout dans les bois clairs de feuillus, plus rarement sous les résineux, souvent en montagne, sur le sol meuble, dans les débris lignicoles ou dans l'humus. Rare. il vient généralement plus tardivement que son cousin G. esculenta.



Sarcosphaera coronaria (Jacquin) Schröter – Pezize en couronne (Tulipe)
Synonyme : Sarcosphaera crassa.

L’ascome de 6-15 (30) cm et haut de 5-10 (15) cm, sessile, est d'abord semi-hypogé et sort parfois à peine du sol, tuberculiforme, creux et avec un léger orifice ovale sur la partie supérieure, puis il devient cupuliforme et s’ouvre en étoile (ou en forme de tulipe), par déchirement de la chair épaisse, jusqu'à 6 mm, blanche, parfois teintée de jaunâtre avec l’âge et sans odeur ni saveur particulière. La face interne est lilacin brunâtre tandis que la face externe reste blanchâtre.
C’est une Pezize qui vient sur sol calcaire, de préférence sous les épicéas et les pins sylvestres ou noirs d’Autriche, souvent isolée mais parfois en grandes troupes au printemps. Parfois consommée, quoique piètre comestible, elle a causé plusieurs cas d’intoxications mortelles. Les toxines seraient concentrées davantage dans le revêtement (la peau), il est indispensable de l’éplucher si l’on veut à tout prix tenter le diable !
Le Coprin noir d'encre
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BOIRE ou MANGER, il faut choisir !

COPRINUS ATRAMENTARIUS (Bulliard : Fr.) Fr.
COPRINUS ACUMINATUS (Romagnesi) Orton
COPRINUS ROMAGNESIANUS Singer

Un syndrome à incubation courte : 

    Le syndrome coprinien intervient de10 à 20 minutes après l’ingestion de Coprins de la section Atramentarii. Ils provoquent une vasodilatation de la face, de l’hypotension, de la tachycardie, des céphalées qui peuvent être violentes, des nausées parfois accompagnées de vomissements, des bourdonnements d’oreilles et chez certains individus un état d’anxiété et d’agitation très accommodante. C’est l’effet antabuse qui est provoqué par de la coprinine N5 (hydroxycyclopropyl L (cyclopropanol) + glutamine) uniquement soluble dans l’alcool et proche du disulfirame, un médicament utilisé dans les cures de désintoxication des alcooliques, dont le principe chimique provoque dans le sang l’accumulation d’acétaldéhyde responsable de ces troubles, ce, à l’image de l’Antabuse utilisé pour décourager l’absorption d’alcool dans des traitements médicaux.


Coprinus atramentarius (Bulliard : Fr.) Fr. – Coprin noir d’encre 

    Le chapeau 4-8 x 3-6 cm, subglobuleux puis campanulé à plus ou moins conique est gris ou gris brun, souvent comme argenté, au revêtement squamuleux surtout au disque et sublisse ailleurs. Les lames sont assez serrées, larges, d'abord blanchâtres puis brun noirâtre. Le stipe est cylindrique, subégal ou élargi à la base, creux, finement fibrilleux, blanc, présentant une zone annulaire assez fugace. Le chair est mince, blanchâtre au début avec une odeur agréable et une saveur douce.
Cette espèce assez courante fréquente les forêts, clairières, mais aussi les pelouses des parcs des villes, sur des débris ligneux enfouis. Elle pousse souvent en touffes du printemps à l'automne.

Coprinus acuminatus (Romagnesi) Orton – Coprin pointu
Syn. = Coprinus atramentarius, variété acuminatus Romagnesi 

    Son chapeau est glandiforme, pointu dans la jeunesse, il conserve longtemps son mamelon proéminent, même quand il s’étale. Les écailles sur le chapeau sont moins nombreuses et surtout plus fugace que sur C. atramentarius, ce qui lui confère un aspect plus lisse ou soyeux, sous de belles couleurs grisâtres.

Coprinus romagnesianus Singer – Coprin de Romagnesi
Syn. = Coprinus atramentarius var. squamosus Bresadola, ss Bresadola 

    Il possède un chapeau plus clair remarquablement moucheté de méchules et de fibrilles brun rouille, brun orange ou brun rouge. Même le stipe est maculé d’ochracé rouille dans sa moitié inférieure. 

    Aussi exubérant que le Coprin chevelu, plus encore même, à la vue des touffes énormes qu’il est capable de développer dans les mêmes conditions sur tous les débris enfouis de matière organique. Son aspect est très différent; les chapeaux ne se présentent pas en cloche mais sont coniques, effilés au sommet. Blanchâtres à leur sortie du sol, ils s’assombrissent rapidement pour devenir gris souris; leur contour est lisse mais caréné; en regardant de très près, en plus de l’aspect fibrilleux, on peut observer, vers le sommet, de fines écailles apprimées. Le champignon est compact; il étale peu à peu son chapeau (5 à 6 cm), tandis que le pied s’allonge jusqu’à près de 20 cm. A ce stade, on découvre, au tiers inférieur, une trace sous forme d’une constriction. 

    On peut consommer ces espèces à la condition de ne pas absorber de boissons alcoolisées en même temps, faute de quoi on risque les troubles impressionnants décrits ci-dessus. Il a été rapporté, que la consommation d’alcool le lendemain de l’ingestion de ces Coprins, ont provoqué les mêmes effets, voire même après plusieurs jours. 

    Ils sont familiers des endroits aérés comme les jardins, les pelouses de parcs urbains, les champs, dans la berme des chemins, également dans les bois clairs et leurs lisières et poussent généralement sur des débris de bois en décomposition enfouis ou sur des sols naturellement riches en éléments nutritifs, mais aussi dans les composts et plus généralement très souvent dans les milieux rudéraux et anthropiques. On peut les rencontrer du printemps jusqu’au premières gelées en fin d’automne où chacun apparaît généralement en touffes denses
Conseils pour éviter l'imprudence
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En 1011 on a dénombré plus de 1600 intoxications avec 45 graves dont 32 syndromes phalloïdiens  (dont 2 ayant conduit au décès)
 
    Le 13 et 14/10/2012, à l’exposition du Club mycologique et botanique de Meyzieu, plusieurs visiteurs ont indiqué « tester » des champignons de manière régulière sans s’inquiéter de savoir si ces espèces présentent un risque. C’est ce comportement qui amène à consommer des espèces mortelles ou toxiques.

    Le 14/10 : une personne est venue avec un spécimen de champignons qu’elle a récolté en abondance et « en boutons ». Alors qu’elle en consommait chaque jour depuis 3 jours, elle s’apprêtait à en faire consommer à ses petits enfants. Il se trouve que par le plus grand des hasards il s’agissait seulement d’Agaricus xanthoderma (à odeur très forte d’encre) dont les conséquences gastriques sont loin d’être aussi graves que celles dues à l’Amanita phalloides ou à certaines lépiotes. Sans trouver d’avis formel auprès de différents pharmaciens, elle a pris conseil auprès d’un de ses voisins qui lui a indiqué une méthode de contrôle pour le moins originale digne du Moyen-Àge: « ajouter de l’ail à sa préparation et, si le champignon ne verdit point, c’est que le champignon est comestible ».

    Notre sympathique personne a donc testé la comestibilité de sa récolte en ajoutant de l’ail à sa préparation et ne voyant pas de vert …Qu’en aurait-il été s’il avait été question de très jeunes Amanites phalloïdes « en bouton » ou de sa forme blanche ? et si ses petits enfants en avaient consommé ?
 
Règles de consommation
•       Exemplaires 
        –      ramassés jeunes 
        –      ramassés en bon état 
        –      correctement déterminés
        –      Bien conservés (au frais)
        –      bien cuits
        –      consommés en quantité modérée et jamais à plusieurs repas consécutifs
•       Prudence en particulier pour les enfants, femme enceintes, personne âgées, etc.
 
    Dans tous les cas, la consommation de champignons requiert la plus grande prudence, le risque toxique étant parfois mortel par atteinte des reins, du foie et d’autres organes.

    Indépendamment de leur toxicité naturelle, un nombre de champignons dits comestibles peuvent accumuler des métaux lourds (pollution industrielle), des pesticides ou des engrais (pollution agricole) ou encore des radioéléments (pollution radioactive).
 
    Enfin, une morale écologique et civique de la cueillette est indispensable : les champignons poussent dans des bois privés ou publics et l’on doit respecter la cueillette et les lois sur la propriété d’autrui notamment, sans parler du code pénal et du code forestier.

TOXICOLOGIE
Les champignons toxiques, mortels et leurs syndromes
Champignons TOXIQUES
Les champignons toxiques et mortels et leurs syndromes. Conseils sur les champignons comestibles
Les champignons tuent
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Point épidémiologique

Intoxications liées à la consommation de champignons au cours de la saison 2012. Point de situation au 08/11/2012 - Données consolidées au 04/11/2012.

1. Organisation de la surveillance des intoxications par des champignons
L’InVS réalise une surveillance annuelle des intoxications par des champignons depuis 2010, à partir des cas enregistrés par les Centres antipoison et de toxicovigilance (CAPTV) et du réseau OSCOUR® (réseau de surveillance coordonnées des passages aux urgences, couvrant environ 60 % des services d’urgences hospitalières).
Les poussées de champignons sont liées aux conditions météorologiques (précipitations, humidité relative, température). La surveillance sanitaire est saisonnière et s’étend de juillet à décembre de chaque année.
 
2. Nombre de cas d'intoxications et de décès depuis le début de la surveillance
Cette année, en 2012, 1093 cas d’intoxications par des champignons ont été enregistrés par les CAPTV entre le 2 juillet et le 04 novembre (de la semaine 27 à la semaine 44, données consolidées) (figure 1). Le réseau OSCOUR® a enregistré 369 passages aux urgences pour intoxications par des champignons pendant la même période.
Un pic d’intoxications a été constaté les semaines 41 à 43 (du 08 au 28/10), pendant lesquelles un total de 663 cas a été enregistré (60,7 % du total des cas de la saison 2012) par le réseau des CAPTV, et 218 cas par le réseau OSCOUR® (59,1 % du total).
Une décroissance des cas d’intoxication est constatée en semaine 44 (du 29/10 au 04/11), où respectivement 150 et 44 cas ont été enregistrés par les CAPTV et le réseau Oscour®.Ces chiffres sont concordants avec les conditions météorologiques pluvieuses et relativement douces lors de la première quinzaine d’octobre, puis pluvieuses mais plus froides ensuite.

Le ‘nombre’ correspond au nombre de cas d’intoxications (cas d’exposition avec un ou plusieurs symptômes) par des champignons enregistrés par le réseau des CAPTV, ou au nombre de passages aux urgences enregistrés par le réseau OSCOUR®.
La ‘date’ correspond à la date d’appel du CAPTV (ou  la date de premier appel quand il y a eu plusieurs appels concernant une personne intoxiquée), ou la date d’entrée aux urgences.
Au total en 2012, entre le 02/07 et le 04/11, 5 décès attribués à la consommation de champignons (lien de causalité entre la consommation de champignons et la survenue du décès confirmé par une expertise toxicologique du CAPTV ayant pris en charge le cas) ont été enregistrés par les CAPTV :

2 décès en Rhône-Alpes les 01/10 et 02/10 (homme de 38 ans et femme de 85 ans) ;
1 décès en Pays-de la Loire le 14/10 (homme de 87 ans) ;
1 décès en Aquitaine le 17/10 (homme de 84 ans) ;
1 décès en Poitou-Charentes le 22/10 (femme de 88 ans).
 
3. Répartition régionale des cas d'intoxications par des champignons
Parmi les 1093 cas enregistrés par les CAPTV depuis le 2 juillet 2012, 164 (15,0 %) sont survenus en région Rhône-Alpes, 102 (9,3 %) en Pays-de-la-Loire, 83 (7,6 %) en Midi-Pyrénées, 82 (7,5 %) en Provence-Alpes-Côte d’Azur et 70 (6,4 %) en Languedoc-Roussillon.
Cette distribution géographique est conforme à celle usuellement observée (recul de 10 ans pour les cas enregistrés par les CAPTV) et correspond aux régions où poussent habituellement les champignons.
 
En conclusion
En 2012, la saison des intoxications par des champignons a débuté fin septembre-début octobre. Rappelons qu’en 2011, un début précoce et inusuel des intoxications avait été constaté fin juillet (semaines 31 à 33, 1er pic de la saison 2011). Une décroissance des cas d’intoxications par des champignons est actuellement observée. Un nouveau pic d’intoxications par des champignons pourrait être observé ultérieurement, en fonction des conditions météorologiques (en 2011, un 2e pic d’intoxications avait par exemple été constaté au cours de la deuxième quinzaine de novembre, semaines 46-47). Enfin, les tendances observées pour les deux sources de données (données des CAPTV et données Oscour®) sont concordantes, ce qui renforce la robustesse du système de surveillance mis en place. L’InVS poursuit la surveillance nationale hebdomadaire des intoxications par champignons jusqu’à fin 2012.

Les 4 communiqués précédents de presse du site de l’Institut national de veille sanitaire (2012)
-          Cas graves d’intoxications liées à la consommation de champignons, notamment d’amanites phalloïdes. Rappel des recommandationsDepuis la mi-septembre 2010, 14 cas d’intoxications liées à la consommation d’amanites phalloïdes ont été recensés par les centres antipoison, auxquels s’ajoutent 10 cas graves d’intoxication à d’autres champignons.
-          Risques d'intoxication liés à la consommation de champignons - Recommandations de cueillette et de consommation
Chaque année, on déplore en France un millier d’intoxications dues aux champignons. Les conséquences sur la santé peuvent être graves : troubles digestifs sévères, complications rénales, atteintes du foie pouvant nécessiter une greffe...
-          Cas d’intoxication liés à la consommation de champignons. Rappel des recommandations.
Face à une augmentation du nombre de cas d’intoxications par des champignons ces dernières semaines, la Direction générale de la santé (DGS) et l’Institut de veille sanitaire (InVS) souhaitent mettre en garde les amateurs de cueillette des champignons...
-          664 cas d’intoxications dont 3 décès liés à la consommation de champignons. Ne consommez jamais un champignon dont l’identification n’est pas certaine ! L’Institut de veille sanitaire (InVS) a répertorié 664 cas d’intoxications dont 3 décès liés à la consommation de champignons au cours des trois dernières semaines, principalement en Rhône-Alpes, Pays de Loire et Aquitaine.

Protocole Bastien
Notre avis sur le protocole Bastien concernant les intoxications à l'Amanite phalloïde par Patrick LAURENT
La lutte du Dr. BASTIEN
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Le Dr. BASTIEN à REMIREMONT tout au début de son combat, contre la mortelle Amanite phalloïde

Docteur BASTIEN
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Le Dr. BASTIEN sur son lit d'hôpital à Genève, deux jours après l'ingestion de ses Amanites phalloïdes mortelles.
LE LIVRE du Dr. BASTIEN
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Le livre du Dr. BASTIEN sur son combat, contre l'Amanite mortelle
LA PRESSE et BASTIEN
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La presse internationnale relate l'ingestion volontaire d'Amanites phalloïdes par le Dr. BASTIEN à GENEVE.

Syndrome phalloïdien
Syndrome phalloïdien
L'intoxication phalloïdienne, un empoisonnement gravissime !
Syndrome orellanien
Syndrome panthérinien
Agarics jaunissants
Clitocybe nébuleux
L'Inocybe de Patouillard
Le Paxille enroulé
Le Gyromitre
Coprin noir d'encre
Hapalopilus rutilans
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    On notera un accident récent consécutif à la consommation de ce “Polypore”. On peut même se demander ce qui a pu pousser un couple d’allemands avec leurs deux enfants, à consommer une telle espèce, forcément déjà indigeste par sa texture ! Toujours est-il que cette famille a été intoxiquée par ce champignon en raison de l’acide polyporique qu’il contient. Les patients se sont plaints de troubles digestifs et ils ont vu leurs urines violettes. Ils ont été victime d’une atteinte hépatho-rénale biologique sans symptômes, d’une atteinte neurologique centrale avec vertiges, somnolence et troubles de la vision. L’électroencéphalogramme effectué révélait une altération voisine de celui d'un œdème. La rémission est intervenue après 12 heures.

Syndrome narcotinien
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    Espèces responsables : Psilocybes dont et surtout le Psilocybe semilanceata, les Panaeolus et Stropharia, ainsi que de nombreuses espèces tropicales.
Incubation : 30 mn à 4 h - Durée : 1 à 3 jours selon les espèces. 

    Ces champignons contiennent des substances indoliques apparentées au LSD. La psilocybine, psilocine et baeocystine, sont des molécules proches de la sérotonine, un médiateur de la transmission nerveuse. Les effets sont identiques aux drogues dures (type LSD), ils provoquent des hallucinations avec modifications sensorielles, des délires, des réactions paranoïaques, dépressives ou schizophrènes aiguës avec risque d’un passage à l'acte, ainsi que des réactions psychotiques parfois durables et des diurèses. Un jeune homme de 18 ans a été la victime d'un infarctus du myocarde, suite à une « overdose ». Des cas mortels ont eu lieu encore en 2002. A savoir que la détention, le transport, la cession à titre gratuit ou onéreux de ces champignons sont interdits par la Loi (La liste est fixée par le Tableau B, annexe 4 des Stupéfiants.)

Shiitake dermatitis
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    Outre les bienfaits connus du Shiitaké consommé cuit,
il est désormais connu qu'il peut causer une toxicodermie (ou toxidermie) qui se manifeste par de graves éruptions cutanées, liées à un mécanisme immunologique (Hypersensibilité relayée par l'immunoglobuline E (IgE), classe d'anticorps (isotype) présente uniquement chez les mammifères, réaction de toxicité à médiation cellulaire, réactions à complexes immuns).
Cette toxicodermie n’intervient que lorsque le champignon est consommé cru.
Comme pour tous les autres champignons, nous conseillons fortement, de ne pas lers consommer cru, de ne pas suivre la mode des carpaccios, dont certains magazines ventent à tort les vertus. Ce ne sont pas les auteurs de ces articles qui s'exposent aux conséquences dangereuses, suite à de telles pratiques culinaires.

Syndrome de Szechwan
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    Ce syndrome du à la consommation répétée de l'Oreille de judas Auricularia auricula-judae (ou champignon noir chinois) fut découvert vers 1981. Il s’agit de champignons utilisés dans la médecine chinoise contre les thromboses comme les phlébites, les hémorroïdes et en abondance dans l’art culinaire asiatique. Il fut néanmoins découvert par des chercheurs américains, qu’une toxine, un adénoside provoquerait la constitution d’éventuel caillot ou thrombose par agrégation des thrombocytes, autrement dit des plaquettes. Les troubles se manifestent de prime abord par des saignements des gencives et des purpuras, écoulement anormaux de sang au niveau de la peau ou des muqueuses : celles-ci sont parsemées de petites taches rouge vif ou bleuâtres, qui en vieillissant deviennent brunâtres ou jaunâtres. Si ces saignements ne sont que d’ordre externe il se soignent relativement bien avec absorption de vitamine K et l’arrêt immédiat de la consommation de ces champignons. En revanche des saignements internes, comme une hémorragie cérébrale, pourrait avoir des conséquences nettement plus graves. 
    Attention donc pour les accros des restaurants asiatiques, espacez la consommation de champignons noirs (qui ne présentent d'ailleurs que peu d'attraits gustatifs).

Syndrome proximien
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    L’ingestion d’Amanita proxima (Amanite voisine), le plus souvent par confusion avec la très proche Amanita ovoidea, est à l’origine de ce syndrome. Cette intoxication, dont les signes cliniques se manifestent entre 2 et 48 heures après consommation, se caractérise par une insuffisance rénale aiguë plus ou moins fugace et parfois d’une cytolyse hépatique. Ces deux atteintes sont toujours précédées de troubles gastro-intestinaux de type vomissements, diarrhées et douleurs abdominales. La toxine responsable de cette intoxication est encore inconnue. L’évolution du syndrome proximien est généralement favorable et le traitement essentiellement symptomatique : antispasmodiques, anti-émétiques, réhydratation, etc. En cas de tubulopathie sévère, une suppléance rénale sera nécessaire : hémodialyse ou dialyse péritonéale.

Syndromes digestifs
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    Les syndromes digestifs sont provoqués par de nombreuses espèces parmi lesquelles on peut citer l'amanite rougissante Amanita rubescens, les Armillaires dont l’Armillaire couleur de miel Armillaria mellea venant sur les feuillus, ou Armillaria ostoyae qui vient plus volontiers sur les résineux, ainsi qu’Armillaria borealis, cepistipes, gallica et tabescens, les grandes lépiotes comestibles Macrolepiota procera et ses variété Bohemica ou Venenata et les espèces proches souvent très fibreuses, sont mal digérées par certaines personnes, les Bolets visqueux du genre Suillus nettement laxatifs lorsque l'on ne prend pas la peine d'ôter cette pellicule visqueuse sur le chapeau, certaines clavaires du groupe de Ramaria formosa et en général toutes les Clavaires jaunes ou jaune orange, ainsi que la russule olivacée Russula olivacea, sans oublier les Agarics jaunissants du groupe Xanthoderma, Agaricus praeclaresquamosus, Scleroderma citrinum, ainsi que Boletus satanas, radicans et galopus.
    Attention à ne pas consommer d'espèces récoltées dans des champs cultivés non "bio". Ils peuvent contenir, fongicides, pesticides et autres engrais chimiques indésirable pour le corps humain : comme cette Volvaire gluante Volvariella gloiocephala poussant dans un champ de maïs.

Syndromes digestifs +
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    Les syndromes digestifs sont des syndromes dits à incubation courte, c'est-à-dire inférieure à six heures. Ils sont provoqués par diverses substances difficilement digérées comme la chitine, le tréhalose, le mannitol et bien d’autres molécules complexes. L’Amanite rougissante apparaît comme l’espèce la plus propice à ce genre de désordres.

Substances en cause

La Chitine

Les macromycètes sont riches en chitine, un polysaccharide azoté, composé de groupes d’acétylglucosamine (N-acétyl-D-glucose-2-aminé) reliés entre eux par une liaison du type β-1,4. La chitine est un constituant essentiel de la paroi latérale qui entoure et protège les cellules fongiques vis à vis de l'environnement. Elle participerait également à la rigidité cellulaire fongique. Elle entre également dans la composition de l’exosquelette des insectes et de certains arthropodes.

Le Tréhalose

Le tréhalose est présent en grande abondance chez les champignons. C’est un disaccharide naturel composé de deux molécules de glucoses reliées entre elles par une liaison α,α-1,1 particulièrement stable. Il ne peut être dégradé que par la tréhalase, enzyme de la muqueuse intestinale manquant par carence génétique chez certains individus. Dans ce cas, l’accumulation de tréhalose conduit à une fermentation responsable de diarrhées importantes.

Le Mannitol

Le mannitol ou 1,2,3,4,5,6-hexanehexol est un polyol également retrouvé en abondance chez les champignons supérieurs. Largement utilisé comme édulcorant naturel ou comme excipient, il induit une pression osmotique élevée responsable de débâcles intestinales parfois violentes.

Molécules diverses allergisantes

Le métabolisme très actif des champignons est également responsable de la synthèse de certaines molécules complexes (antibiotiques, etc.) auxquelles certains organismes sont allergiques ou intolérants. Ainsi, la consommation excessive de champignons parfaitement consommables peut induire, particulièrement chez certaines personnes, des réactions d’intolérance parfois très violentes et spectaculaires.

Evolution et mises en garde

Les troubles digestifs occasionnés par les molécules citées ci-dessus, bien que désagréables, sont souvent mineurs et sans conséquence. Ils apparaissent au bout de quelques minutes ou quelques heures et cessent après un traitement symptomatique.

Dans le cas de faiblesse, cardiaque par exemple, des conséquences sérieuses sont à craindre. Il conviendra donc de ne jamais abuser des champignons au cours d’un même repas.

Occlusion intestinale
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Attention aux occlusions intestinales, parfois gravissimes, qui peuvent se produire suit à la consommation de Trompettes de la mort Craterellus cornucopioides, voire avec des Girolles Cantharellus cibarius ou autres espèces du genre.
Il est donc fortement conseillé de bien émincer ces espèces avant de les consommer. Car les fibres contenues dans ces champignons sont tenaces et sont difficilement digérées par notre estomac. Les fibres s'enroulent alors dans l'intestin, formant ainsi un bouchon de fibres, on parle de "mycobézoar", et cela peut aller jusqu'à l'occlusion intestinale, qui, si elle n'est pas soignée à temps peut avoir des conséquences dramatiques.

SCHIZOPHYLLUM COMMUNE
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A propos de Schizophyllum connune

Un champignon lignicole - pas si inoffensif !

Dans tous les livres, le Schizophylle est déclaré lignicole et tous les amateurs le connaissent comme tel. Cooke (1961) énumère plus de 350 espèces ligneuses sur lesquelles il a été trouvé. Bien quel le bois soit son substrat normal, il vient aussi sur fruits et sur d'autres produits agricoles, par exemple sur canne à sucre, où il peut causer des dommages considérables; il peut aussi pousser sur des tissus animaux et humains et même parfois y produire des basidiomes, mais de tels cas ne sont en général rapportés que dans des revues médicales, de sorte qu'ils échappent à beaucoup de mycologues. Cooke (1961) rapporte des cas de Schizophylles venus sur os de baleine, sur ongles des pieds ("où il causa un inconfort certain") et dans un crachat ("la chose n'est pas étrange, le patient ayant l'habitude de mâcher ledit champignon"). Restrepo & al. ("1970", publié en 1973) ont analysé un abcès venu dans la bouche d'un enfant, ils en isolèrent un champignon, qui se révéla être un schizophylle, cet isolat fut ensuite mis en culture par Watling et Sweeney ("1971", publié en 1974) et identifié comme Schizophyllum commune. On reste rêveur, à la lecture d'un article de Rihs, Padhye et Good (1996), en apprenant que notre Schizophylle peut se nicher sur les ongles, dans le nez, dans les poumons ou le cerveau, pouvant conduire des hommes à la mort. Hosoe & al. (1999) ont isolé Schizophyllum commune dans une mycose pulmonaire humaine et Kawayama & al. (2003) rapportent sur une pneumonie induite par ce champignon. Les infections semblent devenir plus fréquentes ces derniers temps. En effet le Schizophylle semble profiter de déficiences immunitaires et s'attaque surtout aux patients porteurs d'HIV ou aux personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies par un traitement  médicamenteux. Il est donc moins dangereux pour les personnes en bonne santé, mais il serait souhaitable de s'abstenir dorénavant de porter du Schizophylle en bouche voire même d'en humer.

L'intérêt médical ne se limite pas au développement du Schizophylle dans des organes humains. Foudin & Calvert (1982) signalent des stérilités et des fausses couches chez des cochons nourris avec une bouillie de sorgho malheureusement infectée par des champignons, qui se révélèrent être des Schizophylles, les auteurs supposèrent qu'ils avaient produit des substances toxiques dans la bouillie. En tout cas, lorsque le mil infecté fut remplacé par du sorgho sain, les symptômes disparurent et les laies mirent à nouveau bas des cochonnets en parfaite santé. Hosoe & al. (1999) ont démontré que le schizophylle peut effectivement produire des substances toxiques. Dans le cas de la mycose pulmonaire, évoquée plus haut, ils ont isolé du schizophylle une violente cytotoxine, qu'ils nommèrent schizocommunine. On ne sait pas si les Schizophyllum sauvages produisent aussi cette toxine; mais elle n'est probablement pas un violent poison puisque selon Cooke (1961), le champignon passe pour comestible au Congo, au Pérou, à Assam et en Thaïlande ! On se doit d'ajouter que l'honneur est sauf pour le champignon, car il pourrait aussi avoir des vertus curatives. Ying, Mao, Ma, Zong et Wen (1987) déclarent qu'il peut enrayer la croissance de certaines tumeurs malignes de 70% à 100%. La substance active est un polysaccharide nommé schizophyllane et il peut effectivement avoir une action antitumorale ou immunofavorable (Brochers & al. 1999; Sadler 2003). Au Japon, on produit industriellement, à base de schizophyllane, un médicament contre les tumeurs cérébrales (Zhuang 1998). On ignore s'il est vraiment médicalement efficace, il l'est certainement sur un plan commercial.

Centre anti-poison
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Nancy
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Chez le pharmacien !
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Une note d'humour...
Des Morts Inutiles
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Le réseau MYCOTOX a été mis en place grâce au Dr Philippe Saviuc, médecin référent de la Fédération mycologique et botanique Dauphiné-Savoie et de la Société Mycologique de France (associations reconnues d’utilisé publique).
Ce réseau reposant entièrement sur le bénévolat est composé de son référent, Philippe Saviuc, par ailleurs responsable de la toxicovigilance au CHU de Grenoble (poste supprimé pour des raisons budgétaires en septembre 2012 !!!), et des 48 associations fédérées, en étroites relations avec le Dr Corine Pulce, Centre régional antipoison et de toxicovigilance de Lyon. Le Dr Corine Pulce constate en ce moment en moyenne 5 appels par jour pour des intoxications par ingestion de champignons. Tel : 04.72.11.69.11
  
En 2012, on continue à mourir par imprudence, par ignorance ou par excès de confiance en « testant » des champignons !
 
Depuis début octobre 2012 seulement, il est à déplorer en Rhône-Alpes TROIS intoxications par ingestion de champignons sauvages et malgré tous les soins prodigués par des équipes médicales très compétentes, deux personnes sont perdu la vie et la troisième risque des séquelles jusqu’à la fin de ses jours.

►    2 personnes (femme de 75 ans et homme de 38 ans), sans lien entre eux, ont « testé » des champignons sauvages.
L’hospitalisation pour syndrome phalloïdien (atteinte hépatique et rénale) a abouti à leur décès.
 
►    1 autre personne de 75 ans a présenté les signes de ce même syndrome phalloïdien avec troubles digestifs majeurs dont une insuffisance rénale majeure.
L’importance et la gravité des séquelles est difficile à estimer à ce jour.
 
►    A noter qu’en novembre 2011, une poussée tardive d’amanites phalloïdes avait attiré l’attention d’un consommateur adulte (dans un cimetière, cela ne s’invente pas !). Il n’avait pas hésité à « tester » leur comestibilité. Il a été sorti d’affaire grâce à une équipe médicale compétente.

LAURENT P © 2010
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