et STATION D'ETUDES MYCOLOGIQUES
Les champignons
Pilz,Hongo,Mushroom,Fungi,Olatra
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Plaidoyer pour les champignons
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INTRODUCTION 

    Les champignons sont les éternels ignorés, oubliés, délaissés, dans les démarches naturalistes. Les mycologues se sont trop souvent contentés de rechercher et décrire les espèces, depuis les deux siècles, faisant peu de place à la protection. Mais les choses changent, après quelques précurseurs, la mycologie se développe et la mycoécologie prend lentement mais sûrement sa place. Les champignons représentent l’un des plus importants groupes d’êtres vivants de notre monde après celui des insectes. On estime leur nombre à 1,5 million à la surface de la terre. Pourtant ils sont le plus souvent sous-évalués, négligés dans les démarches d’inventaires, le cas du programme européen Natura 2000 est l’un des cas les plus flagrants. Ils ont été littéralement oubliés, comme dans la plupart des plans de gestion des milieux naturels. Cependant ils occupent, de par leurs particularités biologiques et d’organisation, un rôle indispensable dans le fonctionnement des écosystèmes. Ils vivent en symbiose avec 85 % des plantes terrestres, le plus souvent des arbres, mais aussi les orchidées, en formant des mycorhizes avec ceux-ci. Et surtout ils participent activement et de façon incontournable au recyclage des nutriments issus de la dégradation des matières organiques végétales et plus marginalement animales. En effet, ce sont les plus importants agents de décomposition de la matière organique de notre planète. Ils sont à l’origine de la formation des sols, modifiant la perméabilité, l’agrégation particulaire, les échanges ioniques, la rétention d’eau. Ils sont aussi une source trophique pour un large éventail d’animaux vertébrés ou invertébrés. Ils améliorent la capacité germinative des graines, contribuant ainsi à la régénération des végétaux. En Asie notamment, ils représentent depuis longtemps un gisement pour la pharmacopée, quasi ignoré ou encore à peine exploré dans nos pays occidentaux. Le seul intérêt qu’on leur porte réellement est d’ordre culinaire. Bien que peu nutritif, mais apportant des oligo-éléments souvent essentiels, certains sont largement cultivés à travers la planète. Vénérés dans certaines régions du monde, dans de nombreuses cultures et traditions ethnologiques comme le chamanisme, ils sont méprisés dans d’autres régions en raison peut-être de la crainte qu’ils inspirent, par méconnaissance. Alors que seulement une vingtaine de champignons supérieurs sont capables de tuer et quelques centaines sont plus ou moins toxiques, la méfiance est de mise pour l’ensemble des champignons et un certain mystère les entoure encore de nos jours. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquels on en parle si peu.

Plaidoyer pour les champignons 

    C’est en lisant le remarquable supplément n° 259 du magazine Terre sauvage consacré aux Ballons des Vosges, que j’ai vu une fois de plus, que les champignons avaient été trahis. Le journaliste avait là une belle occasion de parler d’eux et de faire reconnaître la FONGE. Il est fait mention des perles du parc, ces milieux naturels remarquables qui méritent une attention particulière pour conserver leur richesse : La faune et la flore ! 

    Ce ne peut être un oubli ? On y parle de biodiversité dans le parc et notamment dans les très vieilles forêts. Alors comment ne pas mentionner le plus vaste groupe d’êtres vivants présents dans les différents habitats du parc. On ne peut ignorer les représentants du règne fongique. Des inventaires mycologiques détaillés ont été réalisés par nos soins. Ces inventaires ont été effectués dans des tourbières, sur les hautes chaumes, dans les érablaies sur éboulis, dans la hêtraie d’altitude et la hêtraie sommitale, dans la hêtraie sapinière, sur les hautes chaumes et les prairies naturelles, dans les aulnaies, etc. Le plus important d’entre eux, l’inventaire mycologique de la réserve naturelle du Frankenthal-Missheimle a été présenté publiquement à la préfecture de Colmar à l’automne 2009, lors de la révision du plan de gestion, où siégeaient des élus, l’ONF, différentes associations naturalistes et des gestionnaires du PNRBV.

    Des milliers d’espèces de champignons ont ainsi été recensées, bien plus que les animaux et les végétaux réunis. Mais pas un mot sur leur existence. Blocus complet. Haro sur les champignons. On peut se demander pourquoi ? Les mauvaises habitudes sans doute. Il n’est pas question de pointer du doigt tel ou tel organisme de gestion de cette biodiversité, mais de prendre un exemple concret afin de mettre en évidence ce qui se fait un peu partout et à tous niveaux. Car c’est également et malheureusement valable dans bien d’autres organismes environnementaux ou naturalistes, associatifs ou administratifs. Le cas du programme européen NATURA 2000 en est un « bel » exemple. Les champignons ont été oubliés. Pensez-donc, c’est le plus grand groupe d’êtres vivants terrestres, après celui des insectes ! Rayés des préoccupations des naturalistes ! C’est comme si un groupe de scientifiques se mettaient à étudier le corps humain, sans se préoccuper de la tête. Hallucinant !

    Il est vrai que certaines associations mycologiques de la région préfèrent vendre leurs tourtes aux champignons et faire rentrer dans la salle d’exposition les marchands du temple, plutôt que de se préoccuper de gestion et de protection des biotopes fragilisés et menacés. C’est plus lucratif, que d’établir la liste des champignons menacés pour leur inscription sur la liste rouge régionale. Il nous appartient d’œuvrer pour la protection de ce règne unique, exceptionnel à plus d’un titre, d’une extrême diversité et aux utilités multiples dans les différents écosystèmes de notre planète. 

    Il faut donc lutter pour leur reconnaissance. Il est donc navrant de constater qu’une revue sur la Nature, parlant de biodiversité et qui a pour vocation la vulgarisation, la connaissance scientifique d’un territoire, la présentation de différents milieux naturels, passe sous silence un règne complet du monde vivant. Bref, c’est un constat alarmant auquel de allons tenter de remédier par l’intermédiaire de ce site. A nous donc de faire l’éloge des champignons, de monter leur importance incontournable, de prouver leur utilité indispensable, leur rôle écologique incontournable dans la biodiversité, de sensibiliser à leur présence au milieu de la faune et de la flore. La fonge doit enfin trouver sa place légitime dans les préoccupations de tous les naturalistes qui se targuent de connaître ou de parler de biodiversité. D’autant que les champignons fragiles et méconnus sont certainement parmi les êtres les plus menacés. 

    Ce site ne peut à lui seul révéler la richesse fongique d’un territoire, d’une région, mais nous espérons qu’il soit une vitrine des espèces les plus banales aux plus remarquables de notre belle région.

Corticiacées des Vosges
Heterobasidiomycetes
Polyporaceae
Basidiomycètes
Les champignons des Hautes Vosges
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        Hissons-nous sur les hauteurs en remontant la vallée de Munster, puis celle de Stosswihr, pour atteindre un des lieux qui me soit le plus cher sur les hautes Vosges, le site du Frankenthal. Situé dans un cirque glaciaire sous le Hohneck et sous le regard de nombreux chamois, ce site perché à 1030 m d’altitude abrite l’une des plus remarquables tourbières de la région à haute valeur patrimoniale, comme le souligne D. Doll (La fonge de la tourbière du Frankenthal, in Bull. SMHV, n° 11, p. 38-46 – 2006). A la bonne période en septembre, on peut alors voir des champignons peu courant : Entoloma sphagnorum, sarcoleotia turficola, des dizaines (cette année 2006 des centaines) d’exemplaires d’Armillaria ectypa, première espèce proposée pour la liste des champignons à protéger par la convention de Berne, entre de nombreux classiques de ces milieux. Nous sommes alors dans la réserve naturelle du Frankenthal-Missheimle situé au cœur des Hautes-Vosges, sur le versant alsacien du massif du Hohneck. Longue de près de 6 km., la crête formant la limite Ouest de la réserve naturelle est encadrée par le Hohneck au Sud et par le Haut-Fourneau au Nord. Premier chaînon du massif vosgien par son importance et son altitude, la chaîne du Hohneck-Grand Ballon constitue la ligne de partage des eaux entre les vallées de la Fecht, de la Weiss et de la Lauch à l’Est, et les vallées de la Moselotte, de la trop célèbre Vologne et de la Meurthe à l’Ouest. Du côté alsacien, on peut accéder à ce site remarquable par la route départemental D 417 et du côté vosgien, par le col de la Schlucht puis par la route des crêtes qui longe sa limite Ouest sur toute sa longueur. 

    Les résultats des inventaires mycologiques sont adressés au Pole relais tourbières, ainsi qu'aux instances départementales et régionales. Ils sont téléchargeables à la page d'ACCUEIL, à la rubrique : INVENTAIRE MYCOLOGIQUE

Champignons des Hautes Vosges
Les collines thermocalcicoles
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    Commençons donc notre itinéraire à la quête de la fonge remarquable du massif vosgien en partant des collines sous-vosgiennes calcaires et thermophiles. Ces pelouses sèches calcicoles du piémont vosgien sont des milieux particulièrement riches en espèces, où l’on trouvera les plus jolis mais aussi les plus rares, en voie de raréfaction ou particulièrement menacés. Menaces qui s’accentuent encore par la pression viticole qui voudrait voir se transformer ces reliques naturelles éparses, en vignobles de grands crus. Souvent orientées en exposition sud et fréquemment situées sur des pentes, deux facteurs favorisant un ensoleillement optimal, ces collines absorbent les premiers rayons de soleil au printemps et le calcaire joue alors son rôle de radiateur. La pente et la faible épaisseur du sol empêchent l’eau de rester sur place en quantité importante. Comme la chaleur accélère par ailleurs l’évaporation, les pelouses sont donc sèches. On pourrait alors penser que ces pelouses qui affichent un déficit hydrique estival important, ainsi qu’un niveau trophique faible en raison de la roche mère calcaire affleurante ajoutés à la topographie désavantageuse, sont des biotopes défavorables à la fonge. Or il n’en est rien, mais il faut alors savoir saisir le bon moment pour prospecter en ces lieux magiques. Un recensement des espèces au Bollenberg par exemple, fait apparaître une large diversité de plus de 450 taxons, d’un intérêt patrimonial souvent important. Herboriser au Bollenberg à un moment favorable, soit environ une huitaine de jours après un bon arrosage, reste un véritable privilège. C’est le matin à la fraîche, comme on dit ici, qu’il faut se rendre sur le terrain. Avec beaucoup de chance on peut alors admirer une espèce remarquable Floccularia luteovirens, qui s’abrite et se dissimule sous un buisson d’épine vinette et de rosier sauvage, comme si elle voulait conserver son intimité. Les teintes de cette magnifique espèce veulent certainement démontrer qu’ici le soleil brille autant qu’à Marseille, tant il est vrai que les relevés pluviométriques de cette région correspondent à ceux de l’arrière-pays phocéen.

Les chaumes
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    Poursuivons donc notre virée en remontant par le col du Falimont, une grimpette escarpée d’un dénivelé de plus de 250 mètres, où une coulée d’avalanche a encore modifié le paysage cet hiver, vers les hautes chaumes primaires et secondaires situées plus au Nord, entre le col de la Schlucht et le col du Calvaire. Nous entrons dans la réserve naturelle du Tanet-Gazon du Faing. Ce site, comme le précédant, fait l’objet d’un inventaire et d’une étude mycologique particulière depuis 2003 par la SMHV. Une visite au cours de l’après-midi du 23 août 2006, nous révélait la présence de 61 espèces, dont la remarquable Amanita ochraceomaculata f. minor dans les fourrés à Betula pusbescens ssp. carpatica.

Sur les hauteurs des Vosges
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    J’aime alors à flâner sur les hauteurs des Vosges où je retrouve les paysages de Laponie qui m’ont fasciné par leur splendeur et leur naturalité. Milieux façonnés par des vents dominants d’Ouest, de fortes neiges et des gelées souvent tardives, qui rendent le développement de la forêt au dessus des 1200 à 1300 mètres impossible. S’étalent alors des pelouses de l’étage montagnard, des landes à myrtilles et à Callunes, parsemées d’anémones des Alpes, qui couvrent les sommets et s’étirent sur une quinzaine de kilomètres vers le Nord. Cette formation végétale se présente comme une pelouse dense, marquée par de petits bombements réguliers, dominée par les Poacées et les Ericacées avec les Myrtilles (Vaccinium myrtillis), les Airelles (V. vitis-idae), et surtout la Callune fausse bruyère (Calluna vulgaris) omniprésentes ou encore Trichophorum caespitosum le tout ponctué par la Grande gentiane Gentiana lutea. Ces buttes gazonnées sont le résultat d'un phénomène de cryoturbation généralement connu sous des latitudes plus septentrionales et notamment dans les toundras nordiques. La fonge n’y est pas particulièrement riche, mais on dénombre néanmoins quelques espèces remarquables : Clavaria argilacea, Omphalina chlorocyanea, Hygrocybe spadicea. Difficile alors de résister à l’appel de ce que je nomme le plus beau cirque glaciaire des hautes-Vosges, le cirque du Forlet situé sous cette réserve côté alsacien. On entend alors de coassement du Grand corbeau, rescapé mais vulnérable. Une forêt miniature de Trichoglossum hirsutum se dresse dans les sphaignes rouges, au milieu des canneberges et des andromèdes parasités eux-mêmes par des Exobasidium.

La zone des 1000 mètres
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    Mais la zone des milles mètres d’altitude est occupée par la hêtraie sommitale. On pourrait croire que cette forêt originale est habitée par des fantômes, les hêtres nains y sont si tourmentés. Mais le naturaliste sait bien que c’est en raison du climat particulièrement rude et difficile, que ces arbres ont du mal à s’épanouir comme dans les grandes futaies de la plaine ou des versants bien exposés. Le vent d’Ouest dominant, le froid, les fortes gelées, la hauteur de neige qui a vu son record battu cet hiver à la fin février, avec plus de trois mètres, sont des conditions bien trop difficiles pour le développement de la forêt. On remarque d’ailleurs ici, que les résineux sont absents. Ce sont donc bien les hêtres qui dominent la forêt vosgienne, avant de céder la place aux chaumes primaires. C’est au milieu de ces hêtres tortueux, noueux, courbés et hissés en drapeaux, que l’on peut trouver quelques merveilles comme Tectella patellaris, Tubaria confragosa ou Lactarius decipiens.

Côté lorrain
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    Côté vosgien (lorrain), la source de la Moselotte s’écoule dans un petit lac, le lac de Retournemer, logé en fond de vallée sur la commune de Xonrupt-Longemer, qui était voici 10 000 ans un énorme glacier. Ce dernier donna naissance à deux autres lacs situés plus à l’Ouest, ceux de Longemer et de Gérardmer plus célèbre et qui abrite tous deux de jolies aulnaies fort intéressantes d’un point de vue mycologique. Le site de Retournemer abrite de nombreux biotopes bien différenciés. Le lac est cerné par la hêtraie sapinière, qui s’accroche sur les roches granitiques. Une petite tourbière flottante tente par l’Est de combler ce lac en s’accrochant à une cariçaie qui fait suite à une prairie humide régulièrement fauchée. C’est dans cette limite entre cariçaie et prairie de fauche que fût découverte la rarissime Hohenbuehelia longipes. Une jolie saulaie, bientôt mêlée aux aulnes, puis une aulnaie pure agrémentent cet endroit paisible, classé en ZNIEFFF (le troisième F étant celui pour la fonge). Chaque biotope amène son cortège d’espèces spécifiques s’associant ainsi aux nombreuses autres espèces plus ou moins banales et familières de ces zones humides. Bien évidemment l’aulnaie de Retournemer fait l’objet d’un suivi particulier et s’inscrit dans le programme Aulnaie initié par Pierre Arthur Moreau. On a pu y relever des espèces peu banales comme : Entoloma cacabus, Nidularia deformis, Flammulaster limulatoides, ainsi que de nombreuses Alnicola sans oublier les Lactaires du groupe obscuratus.

Le site du Lispach à La Bresse
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    On a alors vite fait d’aller faire un tour au dessus de La Bresse, dans la haute vallée du Chajoux et ainsi découvrir un autre beau et grand milieu tourbeux des Vosges, le site du Lispach, un des plus étendus avec ses 14, 44 ha. qui nous dévoile différents types de tourbières. Au centre du lac se meut au grés des vents un radeau flottant d’une superficie assez conséquente. Dans le fond Nord se maintient une belle tourbière flottante qui se transforme peu à peu en tourbière bombée dans sa partie plus ancienne au Nord-Est. Celle-ci est progressivement envahie par les arbres pionniers, bouleaux pubescents, pins sylvestres et épicéas. On a plaisir à découvrir de nombreux Lactarius vietus, Cortinarius triumphans au milieu de nombreuse Amanita muscaria. C’est la tourbière boisée la plus riche en champignons avec les hôtes incontournables des bouleaux comme les Leccinum. La ripisylve à aulnes et à saules bordant ce lac n’est pas inintéressante, tout comme la hêtraie sapinière alentour qui mérite que l’on y fasse un détour à chaque herborisation afin d’y rencontrer Porphyrellus porphyrosporus, Strobilomyces strobilaceus ou encore Phylloporus pelletierii, pour ne citer que quelques bolétacées.

Le site du Machais
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    On ne peut pas quitter le monde fascinant et mythique des tourbières, sans passer par la réserve intégrale du Machais, qui abrite une tourbière remarquable et bien protégée sur le plan juridique. Une autorisation préfectorale nous a été nécessaire, pour nous rendre sur la tourbière elle-même et effectuer les clichés du site, mais surtout afin d’y effectuer l’inventaire de la fonge. Le site fût visité sous la neige, lors du congrès SMF 2003 par quelques spécialistes qui en conservent me semble-t-il, un excellent souvenir. Comme à la tourbière de Retournemer, du Frankenthal et du Lispach, Armillaria ectypa y est présent, parfois en grand nombre, mais toujours en bordure de tourbière, notamment sur le branlant qui s’avance sur le lac ou en bordure du radeau comme au Lispach. A noter que Sarcoleotia turficola y a été découvert récemment.

Rouge gazon
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    Enfin un dernier clin d’œil sur l’univers mystique des tourbières vosgiennes, avec un détour au Sud des Vosges du Sud, à la tête des Neufs Bois où se tient une splendide petite tourbière qui donne sur le Grand Ballon, point culminant des Vosges avec ses 1424 m. Ce site est un régal pour le simple randonneur, une joli point de chute pour le naturaliste et un endroit fort intéressant pour le mycologue habitué de ces milieux. A l’automne, les couleurs d’automne rajoute encore à la beauté du petit cirque glaciaire, quand les touradons de Molinies bleues se parent d’or qui scintille sous les rayons horizontaux du soleil, tranchant alors avec le vert foncé des Carex. En fouillant justement ces derniers, on récolte Mycena bulbosa, Psilachnum acutum, ou encore Cistella albidolutea.

Le Rossberg
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Il est un massif qui frappe par sa forme singulière, c’est le Rossberg, massif volcanique qui présente à ses deux extrémités des blocs rocheux d’un beau rouge avec au milieu l’ancien cratère occupée par une chaume et des prairies naturelles en cuvette. A partir du col du Hundsrück, on monte vers le Rossberg par le GR 5 balisé par un rectangle rouge. On est d’emblé assez surpris par la couleur des chemins, rouge brique. Le site est d’ailleurs reconnu d’intérêt international du fait de ses origines géologiques liées au volcanisme de l’ère primaire (Viséen supérieur), qui s’est formé en même temps que les grauwacks et granits des Ballons. Il s’agit de ryolites, roches volcaniques acides dont les débris maculent le sol et dont deux rochers se dressent de part et d’autre de cette montagne assez originale pour être ici soulignée.

Les Vosges du Nord
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    Quittons cette fois les Vosges du Sud, pour visiter les Vosges du Nord, gréseuses et en particulier le Pays de Bitche qui présente une réelle particularité avec un écotype du pin sylvestre, le pin de Hanau, race locale qui a su s’adapter à des sols ingrats pauvres en nutriments, sur sols secs, sur dalles rocheuses ou au contraire sur des sols gorgés d’eau, comme la pinède sur tourbe où elle envahit les tourbières arrivées à leur stade terminale. C’est le seul site en France où s’est maintenue une telle forêt. Les pins se rencontrent effectivement en formations pures, mais ils se mêlent volontiers aux autres essences, comme les chênes sur sol pauvres, aux hêtres qu’ils tentent de concurrencer aux abords des tourbières avec sapins et épicéas ou encore les bouleaux. Dans cette région les aulnaies pures se transforment en aulnaie-frênaie dont on compte de nombreuses formations dans les Vosges du Nord, ou certaines sont entretenues par des vaches highlands, bovins rustiques, dans la vallée du Schwartzbach à Dambach, puis en frênaie-ormaie, avant d’évoluer à terme en chênaie sessile ou d’autres types de forêts mêlées plus ou moins humides. Je suis toujours émerveillé par ces cathédrales de roche qui se dressent naturellement devant nous sur les sommets des Vosges du Nord, traversant les siècles, résistant aux tremblements de terre, aux tempêtes et modelées lentement par l’érosion qui les façonnent. 

    Voici donc livré quelques unes des facettes merveilleuses de la montagne vosgienne. Il ne s’agit bien évidemment que d’un aperçu des richesses tant paysagères que naturalistes d’une montagne attachante, malgré la rudesse de son climat hivernal.

Les champignons des Collines sous-vosgiennes
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    Les pelouses relictuelles sèches calcicoles du piémont vosgien sont des milieux particulièrement riches en espèces, où l’on trouvera les plus jolis mais aussi les plus rares, en voie de raréfaction ou particulièrement menacés. Menaces qui sont encore accentuées par la pression viticole qui voudrait voir se transformer ces reliques éparses en vignobles à grand crus. Elles sont souvent orientées en exposition sud et fréquemment situées sur des pentes, deux facteurs favorisant un ensoleillement optimal. Dès les premiers rayons du soleil au printemps, il fait donc chaud sur les pelouses. De plus, la pente et la faible épaisseur du sol empêchent l’eau de rester sur place en quantité importante. Comme la chaleur accélère par ailleurs l’évaporation, les pelouses sont donc qualifiées de sèches. On pourrait alors penser que ces pelouses qui affichent un déficit hydrique estival important ainsi qu’un niveau trophique faible en raison de la roche mère calcaire affleurante, ajouté à la topographie, sont des biotopes défavorables à la fonge. Il n’en est rien et ceci malgré la faible épaisseur du sol et sa nature oligotrophe qui le rendent sensible aux variations thermiques et pluviométriques. Il faut alors saisir le bon moment pour prospecter en ces lieux magiques. Un recensement des espèces au Bollenberg par exemple, fait apparaître une large diversité de plus de 500 taxons, d’un intérêt patrimonial important.

Page d'ACCUEIL : Voir Bulletin SMHV n° 11 _ Page 34.

Les champignons de la hêtraie sommitale
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    C’est au dessus de 1000 - 1100 mètres d’altitude que s’installe ce type de forêt, là ou le climat se durcit, ou les vents se renforcent et les brouillards givrants sont fréquents dès l’automne. La hêtraie sapinière cède alors la place à un boisement unique de feuillus, composé principalement par des hêtres. Les conditions particulièrement froides à cette latitude, gêne le sapin qui garde ses aiguilles dans son évapotranspiration. Le hêtre dépourvu de ses feuilles l’hiver, plus souple, résiste mieux à la surcharge due justement au givre et à la neige. Ici, les précipitations sont élevées, supérieures à 1750 mm par an et la neige est donc abondante, présente en moyenne 130 jours par an. Quant aux gelées, elles sont signalées au moins 160 jours dans l’année. Ces massifs sont donc soumis à des conditions climatiques particulièrement rigoureuses qui forment de remarquables paysages forestiers. Avec les vents d’Ouest dominants, la courte durée de la végétation, on constate de fréquentes anémomorphoses en situation de crête. 

    La nature façonne les arbres en drapeaux, comme si celle-ci voulait dresser pavillons afin de symboliser ces endroits si singuliers. Les troncs courts, deviennent noueux, tortueux et trapus avec l’âge, à superbes couronnes, ramifiés presque jusqu’à fleur de terre, au port bien différent de ceux des futaies des versants inférieurs, ceux-ci atteignant de 3 à 4 mètres seulement. Ils offrent alors des paysages d’un autre âge où l’on peut soupçonner que le Seigneur des Anneaux y a séjourné en des temps reculés. Chaque arbre se fait tantôt animal, tantôt humanoïde, chaque forme pouvant en effet évoquer une multitude de facettes qui inspirent le peintre et fascinent le naturaliste. Ce type de hêtraie est généralement commune dans tous les massifs montagneux d’altitude moyenne au climat atlantique, mais c’est dans les Vosges qu’elle est la plus étendue et surtout la plus homogène. De régénération lente en raison des conditions climatiques difficiles, elle est très peu productive et donc sensible à cet égard. Ces hêtraies des hauteurs offrent un spectacle rarement égalé et abritent une fonge montagnarde à subalpine pauvre mais particulière. Le caractère subalpin de cette hêtraie est attesté par la présence de l’oseille à feuilles d’Arum des Vosges (Rumex arifolius) et le sceau de Salomon verticillé (Polygonatum verticillatum) aux stations les plus typiques, mais d’autres plantes sont observées en raison des variations dues à l’altitude, du niveau trophique des sols et de leur bilan hydrique. 

    La strate arborescente dominée par le Hêtre peut s’accompagné de l’Erable sycomore et du Sorbier des oiseleurs, sur les sols moins acides, aux ourlets ou en bordure des failles escarpées du côté alsacien. Même si en raison de l’altitude les champignons n’y sont pas légion et la poussée relativement courte, le cadre idyllique, le caractère particulier de cette forêt atypique, incite néanmoins à y faire quelques herborisations automnales où l’on pourra tour à tour récolter de belles espèces si l’on sait observer avec attention le sol couvert de l’humus des feuilles et du bois mort. Cette forêt joue d’ailleurs un rôle prépondérant dans la protection de l’érosion constatée sur les sommets vosgiens, en raison des précipitations, du vent et du froid, mais aussi des activités humaines trop denses.

Les champignons des pessières naturelles
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    C’est le nom donné aux formations d’épicéas, connu sous le nom de pesse dans le Jura par exemple. C’est généralement une plantation d'épicéas rangés en rangs réguliers et serrés, cette forêt est très sombre et semble sans vie, pourtant certains champignons dont le cèpe de Bordeaux arrivent à pousser dans ces lieux, parfois même en abondance. 

    Les terrains acides limitent la diversité fongique. Les sols du massif vosgien sont déjà particulièrement acides. Cette acidité est considérablement accentuée par la chute des aiguilles des résineux, l’activité biologique y est donc très réduite. S’agissant de forêts artificielles, crées pour la plupart de la main de l’homme, ces pessières ont été plantées de façons très serrées. Dès la fin de la seconde guerre mondiale, pour des besoins stricts de rendement, le massif vosgien s’est vu doté d’une surface considérable de ce type de plantations. Les forestiers et les privés ont planté l’épicéa jusque dans les marais et dans les vallées, souvent étroites, édifiant ainsi le long des routes de véritables couloirs sombres, lugubres et monotones. De récentes études montrent que la structure spatiale des peuplements forestiers de montagne joue un rôle déterminant dans leur dynamique. La pessière est donc le modèle à ne pas suivre, la répartition de la ressource lumineuse étant un facteur essentiel à la vie, l’ombre occasionnée par la couverture végétale très serrée de ce type de plantation empêche toute biodiversité. Mais la prise de conscience récente et croissante de la valeur patrimoniale des milieux, ainsi que l'exigence de sécurité à l'égard des biens et des personnes en matière de risques naturels, stimulée par la tempête de 1999, ont conduit les gestionnaires à poursuivre des recherches sur la biodiversité et les changements environnementaux, sur la réhabilitation d'espaces dégradés, sur la dynamique forestière, les risques naturels et sur l'ingénierie de projets collectifs de paysage. Ainsi voit-on de nos jours, à notre grande satisfaction, de nombreuses pessières disparaître de ces vallées, par des coupes significatives et de grandes envergures. Ces sites retrouvent ainsi progressivement leur visage d’autrefois, surtout dans les endroits où la colonisation se fait naturellement par les saules, aulnes et autres bouleaux. D’ailleurs ces milieux ouverts depuis déjà une dizaine d’années, montrent une diversité fongique des plus optimistes fort réjouissante. 

    En revanche, en arrivant vers les 1000 mètres, la pessière gagne parfois, mais heureusement concurrencée par la lande à myrtilles. Cette mosaïque forestière est donc représentée d’une part par des arbres groupés en collectifs et dont la régénération devient plus ou moins naturelle en périphérie, d’autre part par la myrtillaie, et çà et là, à l’occasion d’une ouverture d’origine naturelle (tempête) ou humaine (coupe), par la présence temporaire d’herbacées. Dans la zone forestière à humus moder, les champignons mycorhizogènes sont plus strictement inféodés à l’épicéa et on note une présence significative d’espèces à la fois saprotrophes et mycorhizogènes, caractéristiques des litières épaisses et peu décomposées, comme les Lycoperdons et les Clitocybes entre autres. 

    Mais ces populations restent très pauvres en champignons, seuls quelques espèces subsistent malgré tout dans ces milieux hostiles et austers. On trouve quelques rares aires naturelles de peuplement de l’épicéa Picea abies, au dessus de 900 m, dans les stations froides, dans les anciens cirques glacières et sur certaines parois rocheuses, formant ainsi des îlots dispersés très souvent mêlés à d’autres essences, tels que le pins sylvestre, le sapin ou des feuillus tels que les hêtres, bouleaux, sorbiers et saules. Les champignons y sont plus nombreux et surtout plus diversifiés. On trouvera aussi quelques exceptionnelles stations d’épicéas sur sol calcaires dans le Sundgau alsacien, au sud du massif vosgien qui donnent lieu à des récoltes surprenantes d’espèces peu courantes sur le massif en général.

Les champignons de la hêtraie sapinière
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    L'altitude et l'exposition induisent des conditions de température et de pluviométrie qui sélectionnent les espèces végétales, dont les arbres, en localisant les plus résistantes dans les milieux les plus rudes. Bien que la théorie veuille que le sapin se rencontre à une altitude supérieure à celle du hêtre, c’est l’inverse qui se produit sur le massif vosgien, mais sapins et hêtres sont bien souvent mélangés à basse altitude constituant une association végétale communément appelée hêtraie sapinière. 
    
    C’est la formation forestière la plus répandue sur le massif, au moins dans les Vosges du Sud. On distingue la hêtraie sapinière qui s'accompagne d'un tapis herbacé de Canche flexueuse, de Luzule blanchâtre ou encore de Luzule des bois où les mousses sont nombreuses. Leur présence et l'acidité du sol favorisent la germination du sapin. Sur un sol moins acide et donc plus fertile, la hêtraie sapinière se caractérise par un sous-bois à Fétuque des bois. Le Hêtre est ici favorisé par l'acidité moindre et l'exubérance de la Fétuque néfaste au sapin. Parmi les espèces herbacées, l'Aspérule des bois est également bien représentée. Sur ce sol davantage fertile la forêt sera donc plus riche en champignons que la précédente. Les milieux sont assez variables dans ces forêts en fonction de l’altitude, de la couche d’humus, de l’hygrométrie, des versants et donc de l’ensoleillement et des lessivages, ainsi que de l’acidité des sols. Elle couvre des surfaces importantes à des altitudes comprises entre 400 et 1000 m. Le hêtre Fagus sylvatica et le sapin Abies alba ont besoin d'une forte humidité atmosphérique car ce sont des plantes plutôt hygrophiles. Ils supportent peu les amplitudes thermiques excessives mais sont assez indifférents à la nature des sols. Le sapin résiste au froid, mais ses bourgeons sont très sensibles aux gelées tardives, surtout à basse altitude. Il supporte bien l’ombre émise par les grands hêtres les dix premières années, ensuite il doit trouver suffisamment de lumière pour continuer à se développer. Nous l’avons vu lors de la tempête de décembre 1999, il résiste assez bien au vent en raison de son enracinement profond qui s’infiltre même dans les roches fissurées. Quant au hêtre, c’est l'arbre forestier le plus répandu en France après le chêne. Cet arbre montagnard peut atteindre 40 mètres de hauteur. Il a besoin de précipitations annuelles supérieures à 750 mm favorisées par une humidité atmosphérique élevée, supportant dans le même temps un ombrage important. Le sous bois de la hêtraie est relativement pauvre car le feuillage du hêtre capte 98% de l'énergie lumineuse reçue et maintient une forte humidité au sol. On y trouve donc de nombreuses fougères comme la fougère mâle Dryopteris filix-mas, la fougère aigle Pteridium aquilinum plus répandue ou encore cette belle fougère pectinée Blechnum spicant en bordure de ruisseaux, mais aussi des prêles, comme la prêle des bois Equisetum sylvaticum, ainsi que de nombreux lichens et mousses. A des altitudes plus élevées, les hêtres sont plus bas et laissent pénétrer plus de lumière au sol. On trouve alors des sous bois composés d'espèces sociales comme les myrtilles Vaccinium myrtillus dont les fruits sont si convoités à partir de la mi juillet. Le sous bois des hêtraies sur sol calcaire du piémont ou de la partie sud alsacienne ou franc-comtoise du massif est plus riche. Mais cette formation n’est pas figée, l’épicéa Picea abies tente quelques percées et s’installe çà et là favorisés par les forestiers ont l’ont ajouté en raison de sa croissance rapide et de ces capacités d’adaptation, tout le comme le Houx qui supporte des pH très variables préférant cependant les sols acides, assez secs et frais, s’installant dans les limons, les sables des grès ou les argiles de décarbonatation. C’est bien évidemment dans cette formation écologique que l’on va trouver le plus grand nombre de champignons. On y trouvera aussi bien des espèces liées au hêtre et aux feuillus en général, que des espèces liées au sapin ou aux résineux en général. Les conditions climatiques offrent une forte humidité favorable au développement des champignons et la surface occupée est la plus importante. La hêtraie sapinière a donc établi ici son royaume, sur ces pentes de moyenne altitude. Nous l’avons vu, ces essences dispensatrices d'ombre, engendrent par là même un sous-bois peu touffu et souvent peu diversifié, qui facilite et favorise la pénétration de l’homme.     

    C’est donc la forêt idéale pour les cueillettes familiales ou ludiques. On sera en plus charmé par le riche cortège d’oiseaux que l’on pourra rencontrer ou du moins écouter. Les mammifères, pour leur part, bien représentés apporteront leur lot d’excréments, fertilisant ainsi le sol. Les Cervidés comme le cerf élaphe, le chevreuil et le chamois y sont bien représentés. Martre, chat sauvage, écureuil roux, renard roux et malheureusement sanglier fréquentent également le massif. Depuis quelques années, des indices de présence, empreintes et fèces du Lynx se font, en hiver, de plus en plus régulières. Disparu au début du XIXe siècle, cet élégant et discret félidé a été réintroduit dans le sud du massif vosgien de 1983 à 1993, à partir d'une vingtaine d'individus. Seul grand prédateur de la faune originelle des forêts vosgiennes, il chasse principalement à l'affût. Avec beaucoup de témérité, un bon sens de l’observation, de la patience et surtout de la discrétion, vous pourrez avoir la chance de l’apercevoir. A savoir que dans les Vosges du Nord, la hêtraie sapinière laisse place à la hêtraie pure ou mêlée de chênes et pins sylvestres. On trouvera donc toute une cohorte de champignons liés soit aux sapins soit aux hêtres, mais les variabilités des populations jouent avec l’altitude, l’hygrométrie, la nature des sols et l’exposition des versants, pour donner dans son ensemble une diversité de la fonge impressionnante.

Phellinus pouzarii
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Phellinus pouzarii Kotl. 

    Basidiome résupiné à semi piléé de 50-200 mm de long et marge de 0.5-2 mm, à pores minuscules (0.3- 1 mm) et orbiculaires, brun ocre à brun rouille, avec un chatoiement argenté. La trame dégage une forte odeur de savonnette. 

    Espèce très rare, venant le plus souvent dans les entailles, les blessures des troncs de sapins (Abies alba) abattus ; bio-indicateur du caractère naturel de la hêtraie-sapinière. Récolte en forêt de la Réserve Naturelle de Ventron, octobre 2009.

Les champignons des chênaies
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    Dans les Vosges du sud, à l’étage forestier inférieur on trouve la chênaie charmaie surtout sur les hauteurs des collines sous vosgiennes jusqu’à 600 m d’altitude ou sur les bas versants fertiles et bien exposés du massif. La chênaie acidiphile se développe sur des sols plus acides et occupe des stations situées entre 200 et 1000 m d’altitude sur de petits valons abrités et orientés au sud et particulièrement sur gneiss, grauwackes et granits. Ces forêts souvent banalisées sont parfois d’un grand intérêt mycologique, sauf quand elles se trouvent sur des sols rocheux et donc pauvres en humus, comme c’est le cas dans le Val de Villé ou dans le Val d’argent. 

    La chênaie-hêtraie occupe la partie inférieure de l’étage montagnard, sur les pentes prévosgiennes et les flancs particulièrement abruptes, les sommets des collines et donc souvent la périphérie du massif, elle occupe également une grande partie des Vosges saônoises, jusqu’au plateau des Mille Etangs. Ce type de forêt a été généralement surexploitée, notamment à cause du bois de chauffage pour les habitants des villages alentours et suite à une exploitation forestière désastreuse, irraisonnée, des derniers siècles. Les chênaies pures ou mêlées ont vu leur surface se réduire considérablement au bénéfice des résineux, notamment de l’épicéas à croissance plus rapide. Les stations de chênes sessiles Quercus petraea mesoxérophiles à mésophiles occupent des milieux généralement assez pauvres, calcicoles ou acidiclines collinéens, acidiphiles voire xérothermophiles, le chêne pédonculé Quercus robur mésohygrophile est quant à lui plus exigeant, préférant des sols riches en humus et plus aérés, les forêts ripicoles ou collinéennes fraîches. 

    Sur les pentes et en haut des collines calcaires thermophiles bien orientées au sud et à l’abri des vents, on a encore plaisir à découvrir quelques restes de chênaies pubescentes à Quercus pubescens supra-méditerranéenne dont la plus remarquable des stations se trouve sur le Mont de Sigolsheim, quand celles-ci n’ont pas été arrachées pour y voir replanter de la vigne. Ca et là quelques tentatives de plantations éparses de chênes rouges d’Amérique Quercus rubra ont vu le jour, c’est le cas en mélange avec le châtaignier aux environs du haut-Koenigsbourg et dans le massif du Kemberg à Saint-Dié-des-Vosges par exemple. 

    Dans les Vosges du nord, sur grès, en raison de l’acidité extrême du sol et de l’ombrage occasionné par la canopée des hêtres, sur les hauteurs et sur les versants sud, la hêtraie chênaie dominent de vaste territoires en mosaïque où elle remplace la hêtraie sapinière. La chênaie en pays de Bitche est vraisemblablement issue d’une pinède à pins sylvestres plus ancienne et dont elle conserve quelques caractères. En effet, dans ces conditions climatiques franchement continentales, le hêtre se fait rare, laissant la place aux chênes sessiles et pédonculés, c’est la chênaie à Luzule, dont la végétation et la fonge pauvre en diversité se contentent de sol secs et acides.

Les champignons des prairies naturelles
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    En parcourant les Vosges entre les nombreuses forêts, on aura aussi plaisir à déambuler dans des milieux ouverts comme les prairies. Il faut alors distinguer deux types de prairies présentes sur le massif, les prairies de fauche et les pâturages ou les prairies amendées. Les premières fréquentes en hautes montagnes, se déroulent comme des tapis vert après la fauche vers le mois de juin. Les Hygrocybes s’y plaisent généralement. L’herbe étant relativement rase à l’automne, en raison d’une seconde coupe, les champignons s’y dévoilent plus facilement. On trouve de nombreuses prairies de fauches au plateau des milles étangs dans les Vosges saônoises, souvent sur des sols moins acides que sur les Vosges cristallines. Les nombreuses fermes ou fermes auberges qui ponctuent les paysages bucoliques vosgiens, offrent à leurs alentours de nombreux pâturages ou foisonnent généralement les espèces saprotrophes, comme celles du genre Panaeolus, Stropharia ou Agaricus. Contrairement aux prairies de fauche, les pâturages sont clôturés. Si on veut y herboriser, il faut savoir qu’il s’agit de propriétés privées et que les clôtures doivent être respectées. En cas d’autorisation, on prendra soin de ne pas les laisser ouvertes après notre passage. Les prairies amendées naturellement, soit avec du lisier, soit avec du fumier, sont généralement assez pauvres en diversité fongique et quasiment transformées en désert vert quand les doses de nitrates sont exagérées, tout comme celles qui font l’objet de traitement en engrais chimiques. On a compris qu’il y a prairie et prairie. Les quelques enclos à équidés renferment des espèces assez spécifiques au crottin de cheval, en revanche ceux occupés par des moutons sont extrêmement pauvres en champignons. 

    On peut considérer également comme de bons biotopes, les vergers hauts de tiges, qui dès le printemps peuvent donner, entre autres, des Entolomes intéressants. Il en existe de très beaux dans le Val de Villé et dans la région de Saverne. Les limites entre forêt et prairie ne pas toujours nettement tranchées. Il est souvent judicieux et très intéressant de parcourir les haies, même si elles sont devenues rares et surtout les lisières, où on peut récolter de nombreuses espèces sylvestres et mycorhiziennes qui abondent souvent à la faveur d’une plus grande lumière. Il y a donc lieu de rechercher de bonnes prairies naturelles, en tenant compte de la nature des sols, car comme en forêt, ils sont déterminants dans la sélection des espèces.

Les champignons des pinèdes
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    Les populations de pins sylvestres se situent généralement sur des sols pauvres à roche souvent affleurante, des versants ensoleillés. Les aires naturelles du pin sylvestre dans les Vosges se situent dans le Val d’Orbey et le Val de Villé et surtout dans les Vosges du Nord, dans les régions de Wangenbourg et de Niederbronn. Il a des facultés d’adaptation surprenantes, quand il trône sur des blocs de grés de plus de 50 mètres où l’humus est quasi inexistant, il impose le respect. Il a été largement planté dès le 18e siècle ailleurs sur le massif où on le retrouve du nord au sud. Le pin sylvestre Pinus sylvestris est l’un des arbres qui mycorhize le plus grand nombre de champignons, on lui en connaît plus de 120. Malgré la pauvreté du sol, ses sous-bois sont riches en champignons, dont beaucoup sont comestibles. 

    Une particularité des Vosges du Sud, sont les rares populations de pins à crochets Pinus mugo subsp uncinata qui sont des arbres particulièrement résistant aux intempéries de haute montagne. Ils succèdent à la hêtraie-sapinière aux étages où la nébulosité n'est plus assez importante pour permettre la croissance des hêtres et des sapins. C'est une zone de transition entre la forêt et les prairies d'altitude ou se succèdent de nombreuses éricacées. Seules trois stations sont connus dans les Vosges, celle du Beillard près de Gérardmer et celles des Hautes Pinasses et Grandes Ronces près de Grange sur Vologne. Le pin à crochets est ainsi nommé en raison de la forme particulière de ces fruits (Cônes). Autre particularité, mais cette fois des Vosges du Nord, c’est l’écotype du pin sylvestre, le pin de Hanau, race locale qui a su s’adapter à des sols ingrats pauvres en nutriments, sur sols secs, sur dalles rocheuses ou au contraire sur des sols gorgés d’eau, comme la pinède sur tourbe où elle envahit les tourbières arrivées à leur stade terminale. C’est le seul site en France où s’est maintenue une telle forêt, concentrée dans le Pays de Bitche. Les pins se rencontrent effectivement en formations pures, mais il se mêle volontiers aux autres essences, comme les chênes sur sol pauvres, aux hêtres qu’il tente de concurrencer, aux abords des tourbières avec sapins et épicéas ou encore le bouleaux. Dernière particularité, c’est l’implantation par les allemands de Pinus mugo sur une partie des crêtes vosgiennes, sur une zone qui s’étale au dessus du lac Blanc jusqu’au lac du Forlet. Ces pins sont d’ailleurs très peu productifs en champignons spécifiques du pin et même de champignons en général.

Erablaie sur éboulis
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Les érablaies sur éboulis 

    Les érables se développent dans des milieux particulièrement inaccessibles. De grandes érablaies occupent en effet des niches écologiques particulières. Pendant la période froide qui suivit la dernière glaciation, les grauwackes, des grès riches en éléments volcaniques de l’ère primaire qui recouvrent les flancs des Ballons des Vosges, très gélifs, ont éclaté et se sont détachés en blocs descendant ainsi les pentes Est du massif des Vosges du sud. On retrouve aussi, en moindre importance, des éboulis de granits, notamment dans la réserve naturelle de Frankenthal Missheimle ainsi qu’au Machais. Ces érablaies sur éboulis sont l’une des principales originalités du versant alsacien du massif des Vosges du Sud, disposées en mosaïques naturelles sur ces blocs rocheux et représentant des climax stationnels généralement implantés dans des ravins abruptes. En raison des difficultés d’exploitation : inaccessibilité, forte pente, hydromorphie fréquente, ces forêts ont souvent conservé un caractère naturel élevé. Notons que les érablaies de ravins ou d’éboulis (Tilion platyphylli-Acerion pseudo-platani) sont des habitats prioritaires à l’échelle européenne, en raison de leurs aires de répartition restreintes. 

    On distingue, en fonction de l’altitude et des caractéristiques du sol, trois types différents
d’érablaies de ravins :
• l’érablaie à lunaire (Lunario-Aceretum) qui est une forêt à érables (surtout sycomores) parfois accompagnés de frênes (Fraxinus excelsior) ou d’ormes (Ulmus glabra). Ce type d’érablaie caractérisée par la lunaire (Lunaria rediviva), l’actée en épi (Actaea spicata ) ou la stellaire des bois (Stellaria nemorum) colonise localement les éboulis en ubac.
• l’érablaie acidiphile (Dicranum scoparii-Aceretum) que l’on trouve en exposition plus ensoleillée. Elle est caractérisée par un cortège floristique plus acidiphile que l’érablaie à lunaire : canche flexueuse, luzule blanchâtre et myrtille.
• l’érablaie à ormes (Ulmo-Aceretum) est une association climacique édaphique subalpine qui remplace en altitude l’érablaie à lunaire.

    Cette formation forestière, souvent appauvrie en orme (victime de la graphiose) est considérée comme la plus diversifiée du massif vosgien. En effet, elle abrite fréquemment un important cortège de plantes montagnardes et hygrophiles des mégaphorbiaies comme la mulgédie (ou laiteron), de Plumier (Cicerbita plumierii), les aconits napel et tue loup (Aconit napellus et vulparia), l’impatiente ne me touchez pas (Impatiens noli-tangere) ou la campanule à large feuilles (Campanula latifolia). Parfois, comme on peut le voir au Frankenthal, cette érablaie à ormes peut accueillir des stations forestières de jonquilles (Narcissus jonquillus). 

    Ces sols inhospitaliers sont donc très pauvres en champignons, d’autant que les érables ne développent pas d’ectomycorhizes, c’est à dire des symbioses avec des champignons supérieurs, mais ils vivent cependant en symbiose avec des champignons microscopiques, qui forment des endomycorhizes avec les racines des arbres. Sans celles-ci, ils ne pourraient pas vivre dans ces milieux hostiles. Ils ne possèdent à priori pas d’espèces saprophytes spécifiques, seuls quelques opportunistes se développent sur leur bois mort, ou mieux, dans leur litière de feuilles mortes. En revanche ces érablaies qui se développent notamment sur les éboulis abritent de grandes concentrations de mammifères, comme le chamois et le lynx, qui y trouvent gîtes et abris. Des champignons coprophiles pouvent alors se développer ça et là. On trouvera aussi des espèces inféodées aux autres arbres fréquentant les mêmes milieux, comme les ormes, les frênes, les alisiers ou autres sorbiers… Nous présentons donc ici, quelques-unes de ces espèces, glanées au cours de prospections sporadiques et parfois périlleuses. La plus remarquable des stations d’érables sur éboulis qui recouvre une grande superficie, est celle située au Rossberg. Dans les Vosges du Nord, on trouve sur éboulis constitués de colluvions, des matériaux dus à l’érosion déposés en bas de pentes, sur lesquels se dressent de superbes forêts de ravins. C’est la frênaie érablaie, parfois mêlée ça et là de sapins dont c’est l’extrême limite nord. C’est dans une atmosphère humide et fraîche, dès le début de l’automne, que ces forêts donnent le plus de champignons. Les gelées précoces mettent alors vite un terme aux récoltes tardives qui deviennent utopiques dans ces formations forestières rares des Vosges du Nord.

Hautes chaumes
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Les champignons des Hautes chaumes. 

    En raison des vents dominants d’ouest, des fortes neiges et des gelées souvent tardives, le développent de la forêt au dessus des 1200 à 1300 mètres devient impossible. En raison de son altitude réduite, le massif vosgien est entièrement compris dans l’étage montagnard. Des landes à myrtilles et à callunes, parsemées d’anémones des Alpes, couvrent les sommets et s’étirent sur une trentaine de kilomètres de part et d’autre du Hohneck.     
    Cette formation végétale se présente comme une pelouse dense, marquée par des petits bombements réguliers, dominée par les Poacées et les Ericacées avec les myrtilles (Vaccinium myrtillis), les airelles (V. vitis-idae) ou la callune fausse bruyère (Calluna vulgaris), omniprésentes. Ces buttes gazonnées sont le résultat d'un phénomène de cryoturbation généralement connu sous des latitudes plus septentrionales et notamment dans les toundras nordiques. Les études les plus récentes tendent à montrer qu’il existe des hautes chaumes naturelles. En effet l’étude des sols révèle que la forêt ne s’est jamais établie à une altitude supérieure à 1250-1300 m. 
    Cette calvitie naturelle de chaumes primaires a été augmentée plus récemment de chaumes secondaires, fruit d’un défrichement de la hêtraie voisine pour les besoins de pâturages, dès l’essor démographique de 1840. La couche humifère des deux chaumes se distinguent l’une de l’autre, la terre formant les chaumes primaires est d'une couleur noirâtre, riche en racines filamenteuses en décomposition, quant à celle des chaumes secondaires, elle est ocre, témoin d'un enrichissement en matières organiques. Les hautes chaumes primaires ne couvrent malheureusement qu’environ 270 hectares contre plus de 5000 hectares pour les chaumes secondaires. Sur celles-ci on y découvre de nombreux plantes et champignons relatifs aux reposoirs à troupeaux. La rudesse des conditions climatiques rendent très difficile la reconstitution d'un peuplement forestier ce qui expliquerait le maintient de la lande, même en l'absence d'actions humaines. Encore que ceci doit être modéré, car une partie des pelouses du Gazon du Faing est mise en protection depuis une dizaine d'années et les surfaces ont été colonisées par les sorbiers (Sorbus acuparia) souvent accompagné de l'alisier blanc (Sorbus aria) et de leur hybride l'alisier de Mougeot (Sorbus mougeotii) mêlés à des épicéas et à quelques pins. Au dessus du lac Blanc, les pins de montagne (Pinus mugo) sans véritable tronc, ont été introduits vers 1870. Ces chaumes couvrent l’ensemble du Gazon de Faîte, le gazon du Faing dont une partie est en réserve intégrale, le Reisberg et le Champ du feu vers le nord, jusqu’au grand Ballon, Ballon d’Alsace et ballon de Servance vers le Sud. Notons encore la chaume du Rossberg avec sa flore particulière située à un carrefour floristique important entre la flore et la fonge montagnardes provenant du Hohneck, Jurassiennes du fait de certains caractères du substrat proche entre grauwackes et les calcaires du Jura, et subméditéranéennes en provenance des plaines et des collines calcaires. La flore relictuelle subsistante illustre les origines complexes de cet ensemble constituant pour certaines espèces un ultime refuge. Enfin, sur l'extrême bord de la crête, on peut trouver l'alisier nain, Sorbus chamaemespilus. Certes, on est encore loin d'un peuplement forestier mais il y a une reconquête lente, mais évidente, des végétaux ligneux. Quoi qu’il en soit, ces formations sont peu propices au développement d’une grande diversité fongique, mais on peut y rencontrer quelques raretés intéressantes.

Forêts "primaires"
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    Les champignons des « forêts primaires » 

   Il reste ça et là quelques bribes de forêts « vierges », notamment sur les pentes inaccessibles ou sur les éboulis, là où l’homme ne pouvait exploiter la forêt. Dans ces forêts inexploitées ou les haches n’ont pas sévi et les tronçonneuses se sont tuent, les arbres séculaires ont pu s’épanouir à leur guise. Cette forêt primaire peut-être considérée comme notre forêt « vierge » vosgienne. Elle est généralement constituée de hêtres et de sapins mêlés, où sur les éboulis d’érables parfois mêlés aux tilleuls ou aux ormes. Au Spitzenfels, au nord de la Schlucht, on note quelques ifs (Taxus baccata) indigènes. Ces milieux sont d’un intérêt écologique et mycologique considérable. Les champignons mycorhizogènes y sont nombreux car les mycéliums ne sont pas dérangés par les engins, la forêt s’autogère sans l’aide de l’homme. Quant aux champignons saprotrophes, ils sont les élagueurs, nettoyeurs et jouent ainsi parfaitement leur rôle en recyclant arbres morts, branches cassées et tombées au sol et feuilles mortes en les transformant en un humus riche et nourricier pour les futures générations sylvestres. Seul le vent et la foudre abattent les arbres qui pourrissent sur place, les jeunes pousses profitant du même coup de la trouée où la lumière abonde à nouveau. Ainsi la forêt se régénère en bouquets selon un long cycle de plusieurs siècles. Cet équilibre naturel engendre des changements lents peu visibles dans la vie d’un homme. La réserve naturelle du Ventron dans les Vosges du Sud en est un bel exemple, véritable sanctuaire de la sylvigenèse primaire et témoin naturel de notre patrimoine forestier vosgien. Ce qui caractérise la forêt primaire, c’est justement le nombre d’arbres morts ou à cavité que l’on y trouve. Plusieurs études menées depuis des années montrent nettement qu’ils sont indispensables à la survie de nombreuses espèces et par la même au maintien d’une biodiversité maximale. Les arbres morts, de feuillus ou de résineux, sont sans danger pour les peuplements voisins. Les champignons saprotrophes sont pour la plupart incapables d’attaquer un arbre vivant. Ces peuplements primaires sont à conserver et à protéger en priorité. Comme le précise J.M. Walter, loin d’exprimer le chaos, l’intrication étroite des processus de rajeunissement et de sénescence, la coexistence de la vie et de la mort, le recyclage complet des matières organiques et minérales à travers les flux énergétiques dans lesquels s’insèrent les organismes en réseaux alimentaires complexes, traduisent au contraire le plus haut niveau d’organisation que puisse atteindre un écosystème terrestre. Le bois mort est un élément caractéristique des forêts naturelles. Par bois mort, l’on entend les arbres ou parties d’arbres morts qui se décomposent plus ou moins rapidement. Selon que l’arbre mort est encore debout ou déjà renversé, on parle de bois mort sur pied ou à terre. La quantité de bois mort dans les forêts dépend d’une part de la fertilité de la station et de la rapidité avec laquelle le bois se décompose, d’autre part du mode d’exploitation. D’après Werner Suter de l’institut fédéral de recherches suisse, dans les forêts primaires, les chercheurs forestiers ont trouvé entre 50 et 200 m3 de bois mort par hectare. Dans de très vieux peuplements, jusqu’à 400 m3 peuvent même s’accumuler. Par contre, les forêts de production du massif ne renferment que peu de bois mort. C’est en moyenne de 5-10 m3 par hectare. Par le passé, lorsque le bois était utilisé comme source d’énergie pour cuisiner ou chauffer, il ne restait sans doute que peu de bois mort à terre dans les forêts. Aujourd’hui, à l’heure des prix bas du bois et d’une économie forestière souvent synonyme de pertes, les volumes de bois mort se mettent de nouveau à augmenter en maints endroits. On considère qu’il existe en moyenne dix fois moins de bois mort dans la forêt de production suisse que dans la forêt naturelle. Près d’un cinquième de l’ensemble des animaux forestiers et plus de 3500 espèces de champignons dépendent d’une façon ou d’une autre du bois mort. S’y ajoute un nombre indéterminé de plantes, de lichens, de bactéries ou d’algues. Une forêt riche en bois mort est par conséquent une forêt riche en espèces et la diversité des formes de bois mort est à la mesure de la diversité des espèces. A un stade de décomposition avancé, l’écorce commence à se détacher du tronc et est colonisée par de nombreuses espèces d’insectes comme des coléoptères, des mouches, des moustiques, mais aussi des araignées, des escargots ou encore des buprestes. La partie extérieure du bois mis à nu (le liber et l’aubier) est rapidement décomposée par les champignons et les bactéries. Cette partie du bois mort a de ce fait une vie très brève. Des champignons pénètrent ensuite à l’intérieur du bois, le rendant attrayant pour de nombreuses autres espèces d’insectes. La grande diversité d’insectes attire quant à elle des prédateurs (p. ex. des pics). En se décomposant, le bois se transforme progressivement en poussière. Il peut alors être colonisé par des isopodes ou des lombrics. Les forêts pauvres en bois mort sont plus souvent et plus gravement touchées par les pullulations d’insectes que les forêts riches en cet élément. Dans le silence de ces forêts, il est donc bien sympathique d’herboriser et de s’adonner ainsi à sa passion favorite.

Les places à feux
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    Les champignons carbonicoles poussent sur débris calcinés, dans les forêts incendiées, sur les sols brûlés. Ces stations souvent très circoncises, offrent néanmoins une fonge relativement diversifiée et peuvent réserver de belles surprises avec les Ascomycètes dès le printemps. La quête se poursuivra ensuite au cours de l’année, jusqu’en hiver où quelques espèces comme la Schyzophille commune peuvent persister. Il est bien connu que les forêts qui ont brûlé en tout ou partie au cours de l’été, donnent bien souvent de nombreuses Morilles au printemps suivant ou celui de l’année suivante. Le massif vosgien étant assez pauvre en Morilles, c’est peut-être là une façon de les traquer judicieusement et efficacement. Outre ces comestibles, nous donnons ici, quelques échantillons, de ce que l’on peut rencontrer sur de tels milieux. Les champignons saprotrophes constituent ici encore, un maillon indispensable à la décomposition organique, même quand celle-ci a été touchée par les affres d’incendies destructeurs. Il n’est nul endroit où les champignons ne peuvent survivrent, puisqu’il en existe dans les milieux arctiques et jusque dans les déserts arides.

Les milieux rudéraux
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    Peut-on aller aux champignons autour de chez soi en ville, dans les parcs ou les squares tout proches. Oui, si c’est dans le seul but de les apprécier pour leur beauté, mais absolument pas, si on a l’intention de les cueillir pour les consommer. Car les milieux urbains accumulent les polluants. Il font partie des milieux rudéraux. Mais qu’appelle-t-on un milieu rudéral ? Ce mot vient du latin rudus = gravats. Ce sont plus généralement des lieux anthropisés, modifiés ou souillés par l’homme ou ses activités. C’est ainsi que l’on peut considérer comme milieu rudéral, un dépotoir, une décharge, les décombres, les gravats, mais plus largement les zones industrielles ou leurs abords, les bords ou bermes des chemins et des routes, les parcs urbains, les jardins de ville et en général toutes zones modifiées par l’homme. Nous considéreront également ici, les plantations de faux acacias Robinia pseudoacacia comme milieu rudéral.     

    Nous traiterons également dans ce chapitre, les espèces stercoricoles et fimicoles, qui sont les lieux souillés directement par des excréments et les tas de fumiers, voire sur boues de stations d’épuration urbaines ou industrielles. Rentreront donc dans ces milieux, les champignons poussant à proximité des fermes, étables ou écuries.

Espèce invasive
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    DES CHAMPIGNONS VENUS D’AILLEURS 

    On connaît la trop célèbre « Etoile rouge » Clathrus archeri qui fut importée d’Australie et Nouvelle Zélande vers l’année 1920. Elle fut découverte dans les environs de SAINT DIE à Raon l’Etape. Cette période correspond aux premières importations de laines de moutons pour les filatures vosgiennes. Les spores microscopiques se trouvaient donc prisonnières de cette laine et elles sont tombées lors du déchargement et du transport. Trouvant un terrain et un climat propice à sa croissance, l’espèce s’est parfaitement acclimatée d’abord dans la région puis avec les exportations de bois, elle s’est répandue dans une bonne partie de l’Europe. Elle est désormais une espèce commune, voire dominatrice dans certains secteurs.

Espèce américaine
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    Une espèce américaine récoltée en Alsace 
    
    Gerhardtia piperata (A. H. Smith) Bon – Clitocybe poivré 
    Le chapeau de 6 à 8 cm, convexe à plat, mat, est crème sale, gris ochracé verdâtre ou de couleur mastic, à marge longtemps enroulée et finement striée. Les lames concolores sont assez espacées mais plus serrées vers la marge, adnées à subdécurrentes, parfois veinées. Le stipe est robuste, cylindracé ou clavé, aminci à la base, et quelque peu pruineux en haut. La chair blanche a une odeur caractéristique de tonneau de vin devenant fétide à la fin, avec une saveur piquante (d’où son nom) et désagréable. 
    Cette espèce dont la seule station connue en Europe se trouve en Alsace, pousse sous feuillus hygrophiles et notamment sous les frênes et les aulnes.

SIXIEME EXTINCTION
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Armillaria ectypa espèce présente sur la liste rouge des champignons menacés d'Alsace et de Lorraine, elle est néanmoins présente sur cinq stations tourbeuses du massif vosgien. Une belle preuve de naturalité de notre massif montagneux exceptionnel.
Cette espèce a été présentée lors de l'Exposition : Une exposition sur la sixième extinction... par l'association NEOMYS et la Ferme forestière de Haye (54) présentant les menaces qui pèsent sur la biodiversité.

Les Vosges du Sud
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    On délimite le massif en deux parties géographiques : les Vosges du Nord d’une part et les Vosges du Sud d’autre part. Les Vosges du Nord entièrement gréseuses sont caractérisées par un moutonnement de forêts délimitées au Sud par Saverne et au Nord par la frontière allemande (Le massif se poursuit d’ailleurs au delà de la frontière vers le Nord), d’une altitude moyenne de 350 m. Les Vosges du Sud cristallines sont dominées par la grande crête qui culmine entre 1000 et 1400 m. Ces deux entités géographiques ont donné deux parcs naturels régionaux : Le parc naturel régional des Vosges du Nord, devenu en 1989 réserve de biosphère dont le siège social est basé à La Petite Pierre (67) ainsi que le Parc naturel régional des Ballons des Vosges basé à Munster (68). 

    La montagne vosgienne n’est autre qu’une partie des restes usés, avec le massif central et le massif armoricain, d’un massif plus important : le massif hercynien qui a vu le jour dans la deuxième partie de l’aire primaire, soit entre 400 et 250 millions d’années. C’est donc un massif montagneux très usé, maintes fois remanié au cours des temps géologiques.
Les granits se sont donc mis en place, issus du magma qui s’est refroidi lentement à quelques kilomètres de la surface du globe. Ces roches, témoins d’une ancienne chaîne montagneuse, ne forme qu’une partie de la montagne, dénommée : Massif cristallin des Vosges. La chaîne hercynienne a été érodée et arasée et s’est en même temps, durant le permien, enfoncée dans la lithosphère. Les sédiments secondaires provenant notamment du bassin parisien s’accumulent alors entre 245 à 65 millions d’années. Le massif cristallin constitue de nos jours un affleurement récent qui n’est autre que l’épaulement du rift avorté qui s’est formé au tertiaire donnant alors naissance à la plaine d’Alsace. Cet effondrement a séparé l’ancienne montagne en deux massifs : la Forêt Noire à l’Est et les Vosges à l’Ouest, pour laisser place à cette immense plaine qui renferme d’ailleurs en son sein, la plus grande réserve d’eau potable de toute l’Europe. 

    Au quaternaire, d’importants changements climatiques accompagnés d’une période de glaciation vont assurer le relief dissymétrique caractéristique des Hautes Vosges que nous connaissons actuellement. Le côté Est, alsacien, est caractérisé par une faille abrupte qui tranche avec le côté Ouest lorrain, décliné en pente douce.
Vient ensuite la période glaciaire du Würm qui s’achève voici environ 12000 ans, qui façonnera une ultime fois le paysage avec les cirques glaciaires qui nous sont coutumiers de nos jours.

Les Vosges du Nord
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    On distingue ensuite les Vosges gréseuses, plus basses et d’avantage située au Nord, issues de l’érosion de la chaîne hercynienne il y a 250 millions d’années qui a livré un volume considérable de sédiments. Le climat semi-aride qui régnait à cette époque géologique dans la région a altéré et coloré en rouge par la libération d’oxydes de fer les sédiments, donnant aujourd’hui les Grès roses du permiens, mis en valeur par les constructions notamment de la cathédrale de Strasbourg ou celle de Saint Dié des Vosges que les congressistes de la session de la société mycologique de France ont pu apprécier en octobre 2003. 

    C’est au trias inférieur que se forment les différents grès roses vosgiens, dont le grès à Voltzia de la région de Jeuxey, ou le grès bigarré. L’érosion décape alors le relief sur les parties les plus élevées emportant ainsi les roches sédimentaires qui recouvraient le socle hercynien et se déversent dans les vallées en formation et le fossé rhénan. L’épaisseur des grès diminue du nord vers le sud et vont de plus de 500 m d’épaisseur près de Wissembourg pour atteindre à peine 200 m au Taennchel aux environs de Colmar. Les sommets des Vosges gréseuses sont souvent caractérisés par des rochers géants tels des monuments de l’éternité qui dominent les trapèzes de grès érodés, issus du conglomérat très résistant à l’érosion qui couronnait cette couche sédimentaire. On remarque des grès fins très silicifiés ou des poudingues formés de galets très arrondis, en général des quartz ou quartzites très durs noyés dans le grès. Ces Vosges gréseuses sont couvertes de forêts où dominent généralement les conifères.

Bertrimoutier Sacré-Coeur
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    Le site du Sacré Cœur à BERTRIMOUTIER 

    Ce site exceptionnel à plus d’un titre, situé à quelques kilomètres de chez moi, m’a été révélé par Cyndi, éco-interprète. J’ai donc découvert cet endroit un certain mercredi du mois de novembre, alors qu’une bonne gelée nocturne avait blanchi le sol. La température restait fraîche et pourtant j’aurais pu rester des heures à cet endroit où de nombreuses choses, souvent complexes à expliquer s’offraient à nous. 
    On arrive donc en haut d’une petite colline qui domine la vallée en direction de Saint-Dié. Le premier biotope rencontré est une prairie de fauche, à priori non amendée, qui par la présence d’Hypholoma sublaterritium et fasciculare, trahit l’ancienne présence d’arbres sur cette parcelle. Ces champignons saprotrophes dégradent les racines encore présentes dans le sol. Le sommet de cette colline, présente une prairie de fauche, plus acidophile, ceci étant révélé par la présence de la Callune (Calluna vulgaris). La couche pédologique doit être plus faible, on voit d’emblée que nous sommes sur un pouding de grès, car en effet un morceau de roche tente tant bien que mal, de se maintenir au dessus de la prairie. Nous sommes en fin de saison, néanmoins quelques Entolomes chétifs subsistent auprès de Tubaria hiemalis, qui lui ne s’est pas trompé d’époque pour fructifier. Si l’endroit est conservé en prairie de fauche sans amendement ou engrais, c’est la le royaume des Hygrocybes, des champignons aux milles couleurs vives, allant du rouge au jaune vif, en passant par les oranges, les roses, les verts… c’est le genre qui compte le plus d’espèces menacées, car ses habitats disparaissent à vu d’œil. De l’autre côté de ce sommet, en regardant vers le trapèze typiquement vosgien du Climont, on trouve une prairie ou paissent des chevaux. Ce pâturage plus nitrophile en raison des crottins, peut accueillir encore quelques Hygrocybes et Hygrophores, mais on verra apparaître d’autres espèces coprophiles ou fimicoles plus communes, et surtout bien moins intéressantes en terme de biodiversité. 
    Continuons désormais vers le petit bois de feuillus, où suintent quelques sources, donnant des milieux hygrophiles à joncs. Les genêts à balais communs dans notre région dans les milieux pionniers, tentent une insertion sans trop de succès. Les chênes pédonculés mêlés à d’autres feuillus comme les merisiers, les pommiers (sauvages ?), ainsi qu’à une belle population de peupliers trembles, ce qui n’est pas si commun chez nous. Des saules ont les pieds dans l’eau et leurs branches mortes sont couvertes d’une tremellacée assez rare : Exidia recisa, que l’on pourrait confondre avec du sucre caramélisé et gélatineux, une première curiosité. Fouillons un peu pour découvrir le cortège des champignons saprotrophes qui sont en action dans ce milieu. Oh certes, ils sont discrets et font bien moins de bruit que nos bûcherons, mais ils sont tout aussi efficaces. Leur rôle essentiel et primordial est de décomposer la matière organique pour la transformer en humus fertile pour les générations de végétaux futurs. Et ils en ont du boulot. Les champignons décortiqueurs sont les premiers visibles, ici un Vuilleminia coryli déroule l’écorce d’un noisetier, là un Peniophora quercina déroule celle d’un chêne, plusieurs pyrénomycètes (des champignons xylophages de la classe des Ascomycètes) continuent le travail. Ils laissent donc à nu les branches mortes, qu’elles soient encore attenantes à l’arbre, ou qu’elles soient tombées au sol. On remarque quelques Nectries rouges, qui elles dévorent les vieux pyrénomycètes devenus inutiles et inefficaces. La roue de la vie s’accélère. Une souche de feuillu à deux troncs est colonisée par deux autres saprotrophes assez courants qui se partagent la nourriture. Chacun consomme la lignine et provoqueront une pourriture blanche active. Cette souche indésirable va retourner au sol en quelques années, afin de redevenir nourriture pour les autres arbres vivants, et la boucle est bouclée comme on a coutume de le dire. Une belle boulaie trône au milieu des bosquets, là encore les décomposeurs sont au travail. On remarque le fidèle Piptoporus betuninus, aux côtés de Phellinus fomentarius, deux champignons précieux dont les substances sont utilisées dans la pharmacopée. Ce sont des anticancérogènes. De nombreux pyrénomycètes sont présents sur les écorces de ces bouleaux verruqueux. Une touffe de Pholiotes est affairée à couper le tronc d’un arbre mort, à sa base. Un autre champignon s’est installé juste au collet d’une branche morte, il élague paisiblement. Une fois tombée au sol, d’autres champignons viendront consommer lignine et cellulose, les deux principaux composants du bois. 

    Ce qui m’a le plus frappé, quand nous sommes arrivés, c'est une autre prairie offrant elle aussi un beau potentiel pour les Hygrocybes qui se termine entre deux bosquets. Le regard dirigé vers le massif de l’Ormont, nous avons à gauche un bosquet de Picea abies, je devrais dire un Agi dans la langue locale, ou une pessière dans le langage plus naturaliste. Bref, une plantation en rangs serrés d’épicéas ! La tempête de 1999 est passée par la. Ces résineux indigènes n’ont pas résistés. Beaucoup sont à terre, les autres en chandelles dressées. Même des épicéas encore vivants sont étêtés. Le bostryche s’en donne à cœur joie. Cet insecte sait, lui, que ces arbres ne sont pas des autochtones. Il joue donc son rôle de régulateur comme tout parasite. Des épicéas encore vivants, tombent des cônes porteurs de graines, qui sont donc supposées servir à la reproduction de l’espèce. Mais je le rappelle, l’épicéa n’est pas une essence vosgienne, sauf dans les cirques ou vallées glaciaires (comme le défilé de Straiture) où elle a survécu après les glaciations. Si l’homme ne l’a pas compris, la nature le sait. Il est donc frappant de constater qu’aucun jeune épicéa ne se développe sous les arbres matures. 
    De l’autre côté on remarque un bois de chênes mêlés à d’autres essences de feuillus, mais force est de constater que le sapin s’implante naturellement et surtout spontanément. Or je ne remarque aucun sapin (Abies alba) adulte à proximité. Les graines ont donc été apportées par le vent, les oiseaux… et comme le terrain est favorable, l’espèce se développe et gagne du terrain, préparant ainsi l’arrivée du hêtre qui était le grand absent de ce secteur. En effet, au milieu de la jeune sapinière en évolution, on remarque de jeunes pousses de hêtre (Fagus sylvatica). 
    Le contraste est évident. D’un côté une plantation effectuée par l’homme, d’une essence indigène qui a toute les peines à subsister naturellement. Je n’ai constaté strictement aucun champignon mycorhizien sous les épicéas, pourtant déjà à l’âge adulte. En revanche, des Lactaires, des Russules, tous mycorhizogènes sont encore visibles à cette époque tardive et ce malgré les premiers froids, autour de la jeune sapinière prometteuse. On tend vers le climax des Vosges, la hêtraie sapinière, si l’homme n’intervient pas.
On considère que le bouleau est porteur d’environ 80 espèces de champignons mycorhizogènes et que les pins, présents en nombre restreints sur ce site, peuvent quant à eux abriter plus de 120 espèces mycorhizogènes, qui rappelons le, sont des champignons capables de puiser les minéraux présents dans le sol, de les stocker, de les concentrer et enfin de les transformer en oligoéléments assimilables par les racines des arbres par l’intermédiaire de leurs enzymes. La symbiose indispensable à la vie de la forêt est ainsi établie, le champignon prenant au passage les glucoses dont il a besoin, étant incapable de les produire par photosynthèse comme peuvent le faire les végétaux grâce à la chlorophylle. 
    Voilà donc ici un beau laboratoire mycologique et de biodiversité qu’il serait utile d’inventorier et de suivre, si les propriétaires et gestionnaires des lieux se sentent concernés par cet enjeux. Rien que pour les champignons et malgré le moment hivernal peu propice au développement de la fonge, nous avons dénombré pas moins d’une cinquantaine d’espèces tant mycorhizogènes que saprotrophes. Le site est prometteur. Il sera très intéressant de pouvoir publier une étude, un inventaire et les conclusions sur ce site remarquable de la moyenne montagne vosgienne

    Une sortie découverte du milieu et de ses champignons était prévue le samedi 11 septembre 2011 organisée par la SMHV et la Com. Com. du Val de Galilée. D'autres visites annuelles ont suivi.

La ligne bleue
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    Depuis la ligne bleue des Vosges, on peut s’adonner à la randonnée sur le GR5 et traverser ainsi le massif du Nord au Sud qui s’étend sur près de 180 km et sur une largeur variant entre 20 km au nord, 4 km à hauteur de Saverne et 60 km au sud. C’est le plus petit massif montagneux de l’hexagone, vieux de 400 à 250 millions d’années et qui culmine à 1424 m avec le Grand Ballon. Il est délimité au Nord-Ouest par les villes de Sarrebourg, Phalsbourg, Sarre-Union, Sarreguemines du département de la Moselle, au Nord-Est par les villes de Wissembourg, Pfaffenhoffen, Truchtersheim, Molsheim, Obernai, Barr et Châtenois du département du Bas-Rhin, au Sud-Est par les villes de Bergheim, Wintzenheim, Rouffach, Soultz, Cernay et Masevaux du département du Haut-Rhin, au Sud par les villes de Rougemont le château, Etueffont, Plancher-bas et Champagney du Territoire de Belfort, au Sud-Ouest par les villes de Lure et Luxeuil-les-bains du département de la Haute-Saône et enfin au Sud-Ouest par les villes d’Epinal, Bruyères, Rambervillers et Raon l’Etape du département des Vosges ainsi que les villes de Badonviller et Lorquin du département de la Meurthe et Moselle. C’est donc une moyenne montagne aux attraits multiformes, cadencée par des saisons bien marquées offrant ainsi une fresque merveilleusement diversifiée. Sa densité démographique de 80 habitants au km², soit une population de 580 000 habitants, en fait un des massifs les plus peuplés de France, ce qui n’est pas sans conséquence pour la nature.

Les Vosges
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    Les innombrables chemins et sentiers, sont propices à la découverte de la nature, que ce soit pour y admirer la flore, la faune ou la fonge.
    Les champignons y sont particulièrement présents et très diversifiés. Plus de 5000 espèces sont actuellement recensées sur l'ensemble de la montagne vosgienne. Une infinie source de découvertes banales, surprenantes, voire insolites comme ici, ce magnifique Oligoporus plancentus poussant sur le tronc d'un magnifique sapin des Vosges Abies alba !

Les Vosges : Etage subalpin

    Justement, dans le contexte du Nord-est de la France, la montagne vosgienne tire ses particularités biologiques de l’existence d’un étage subalpin, de cirques glaciaires soumis à la persistance de névés notamment dans la région du Hohneck et de fortes pentes boisées dont l’inaccessibilité les a conservés naturellement, maintenant ainsi des milieux les plus originaux, mais aussi les plus sensibles. On peut ainsi citer : les hautes chaumes et notamment les hautes chaumes primaires, la hêtraie sommitale, les forêts primaires, parmi lesquelles les érablières sur éboulis, les formations primaires des hauts de cirques glaciaires avec les épicéas autochtones, les tourbières, ainsi que les milieux humides ornés d’aulnaies majestueuses. Ces milieux à tendance boréale s’opposent donc aux collines calcaires subméditerranéennes. 

    C’est ainsi que l’on peut récolter une forme villeuse d'Omphalina chlorocyanea (Omphalina chlorocyanea f. villosa inedit Laurent) au Gazon du faing près du Hohneck sur les crêtes vosgiennes, le type est connu du Groenland notamment. Ce site nordique se situe à environ une quinzaine de kilomètres au Nord du Bollenberg, où l'on récolte des espèces méditerranéennes comme Hygrophorus roseodiscoideus.

 

 

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Plateau des mille étangs
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    Enfin, on ne peut parler du massif vosgien sans évoquer le plateau des mille étangs situé au sud-ouest du massif. Débordant de la vallée de la Moselle, les glaciers du quaternaire ont modelé un topographie adoucie entre le Ballon de Servance et la Vôge, façonnant ainsi un paysage unique. Se mêlent en parfaite harmonie, landes, prairies, forêts, rupts et rivières, ainsi que de nombreux étangs rappelant par certains aspects des paysages finlandais. Ces derniers ont été augmentés en nombre considérable au Moyen Âge, par une population qui exploitait la tourbe d’une part et creusait d’autres plans d’eau afin d’y élever du poisson.

Collines sous vosgiennes
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    De part et d’autre de la plaine alsacienne, les reliefs prévosgiens forment des collines et des terrasses loessiques, ayant en commun un substrat à dominante calcaire, ce qui les distinguent radicalement du reste du massif vosgien. Ces collines sous-vosgiennes calcaires se dispersent de Thann à Bouxvillers en îlots continus ou isolés. Le site le plus remarquable de ces collines, est sans conteste le Bollenberg sur la commune de Westhalten, objet d’un inventaire suivi et d’une étude collégiale de plusieurs mycologues de la région. 

    Côté lorrain, il est une particularité à Saint-Dié-des-Vosges, dont la géologie a été particulièrement bouleversée au cours des âges. Il en résulte une carte géologique complexe dont ressort une bande de grès dolomitique étroite orientée plein sud au niveau de Robache et précisément au col de la Culotte qui valu le titre d’un des bulletins annuels de la SMHV : « La Culotte, un site remarquable ! ». La fonge y est quelque peu identique à celle des collines de l’Est, thermophile à tendance méditerranéenne et tranche donc fortement avec le contexte environnant.

AULNAIES
TOURBIERES
Magie des CHARMES
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La Magie des Charmes - Promenade et découverte d'un milieu tourbeux préservé. Réserve de biosphère à Thiéfosse. Le Chasseur Français - Hors série 2009 - LP
La hêtraie sommitale
Hautes Chaumes
Les pinèdes
Les chênaies
Milieux rudéraux
Erablaie sur éboulis
Forêts primaires
Hautes chaumes
Même en hiver !!!
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L'hiver et la neige peuvent encore réserver quelques bonnes surprises pour les mycologues...
Hautes chaumes l'Hiver
Places à feux
Altitudes du massif
Altidudes des sommets du massif vosgien
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Tourbières des Vosges
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Emplacement des tourbières
du massif vosgien
Réserves naturelles
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Carte des réserves naturelles
du massif vosgien
Massif en relief
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Le relief des Vosges
Vosges en relief
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Historique
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Historique : 

    Dans cette région de l’Est de la France, les gens sont assez mycophages. Pour s’en rendre compte il suffit de voir le nombre de personnes qui déambulent dans les bois en automne, avec paniers à la main. D’autre part, il n’est pas un restaurant de la région qui ne propose une bonne recette de champignons. Les champignons comestibles sont dans leur ensemble assez bien connus, on leur donne d’ailleurs de trop nombreux noms vernaculaires. Les marchés sont richement achalandés, signe que les clients achètent les champignons pour les cuisiner. Les mycophiles sont légions également à en voir le succès de nos expositions respectives qui rassemblent en général plus d’un millier de visiteurs à chaque édition, même si ce chiffre est en légère baisse depuis les dernières années, mais certainement du à d’autres causes que la désaffection pure et simple de ces êtres si particuliers. Quant aux mycologues, ils n’ont pas de quoi décevoir. Les naturalistes se sont depuis longtemps penchés sur les champignons des Vosges.
Ce fut le cas du Grand naturaliste Jean-Baptiste Mougeot (1776-1858) de Bruyères, qui bien qu’étant grand spécialiste des plantes cryptogames des Vosges, il ne s’intéressa que partiellement aux champignons de la région. Il publia néanmoins : « énumération des champignons du département des Vosges » Epinal, 1887, 1-196. Il décrivit une Pezize Peziza aspera Mougeot et Nestler, Strip. 9 : 886 – 1926, ainsi que Sphaeria miribelii Mougeot ex Fries dans Linnaea 5 : 548 – 1930.
Dans la nomenclature plusieurs espèces sont dédiées à Mougeot. C’est le cas de Pseudoplectania vogesiaca (Pers.) Seaver, qui porte désormais le nom prioritaire de Melascypha melaena (Fr.) Boudier et dont on trouve un autre synonyme : Otidella fuscocana (Albertini et Schweiniz) Schröter. 

    Et aussi : Hypoxylon vogesiacum (Pers.) Saccardo = Sphaeria vogesiaca Pers. = Hypoxylon oregonense Kauffman et sa variété Hypoxylon vogesiacum var. macrosporum (Karsten) J.H.Miller = Hypoxylon macrosporum Karsten.
Hymenochaete mougeotii (Fr. : Fr.) Cooke = Stereum mougeotii (Fr. : Fr.) Quélet = Thelephora mougeotii Fr. : Fr. et dont le nom valide est actuellement Hymenochaete cruenta (Pers. : Fr.) Donk.
Entoloma mougeotii (Fr.) Hesler = Leptonia mougeotii (Fr.) Orton = Rhodophyllus ardosiacus (Bulliard : Fr.) Kühner et Romagnesi = Leptonia serrulata var. berkeleyi Maire et la variété crée dernièrement par Noordeloos Entoloma mougeotii var. fuscomarginatum Noordeloos.
De 1872 à 1875, Lucien Quélet publie dans les mémoires de la société d’émulation de Montbéliard : « Les champignons du Jura et des Vosges. De 1876 à 1901 il publie ensuite des compléments dans les Bulletins suivants : Bull. Soc. Bot. Fr. en 1876, Grevillea en 1879, Bull. Soc. des Amis des Sc. Nat. de Rouen en 1879, et enfin C. R. Ass. Fr. pour l’Avanc. des Sciences entre 1881 et 1901. On voit en 1964 une réimpression de « Les Champignons du Jura et des Vosges » et de ses Suppléments, avec « Bibliographical note » de A. DONK. (Amsterdam, A. Asher & CO). 
    C’est à cette période, en 1984, sous le patronage de la société d’émulation du département des Vosges, qu’un petit groupe de mycologues dont Lucien Quélet, avec le Dr. Antoine Mougeot et M. René Ferry, puis deux pharmaciens MM. Emile Boudier, Narcisse Patouillard et le Pr. Forquignon, fondent la Société Mycologique de France, dont le bureau fut constitué au chef lieu du département des Vosges, à Epinal. Ce fut la première société mycologique au monde qui compta dès 1885 un groupe de 128 membres.
Forquignon, né à Pont-à-Mousson est décédé à la Madeleine à Saint-Dié. Il herborisa souvent dans les Vosges il en rapporta des exemplaires à son ami Emile Boudier alors au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris. Ce dernier illustre l’une de ces récoltes vosgienne, Otidea cantharella Fr. var. minor dans son ouvrage monumental « Icones mycologiae », à la page 181, icône 126 du tome IV, espèce qui avait été récoltée justement à la Bolle à Saint Dié. 
    Le professeur Forquignon a ensuite publié un article « Contributions mycologiques à la connaissance de la flore des Vosges » dans la Revue Mycologique en 1883.
Charles BERNARDIN édite un ouvrage chez Ad. Weick, éditeur à Saint-Dié (Vosges), intitulé : « 60 champignons comestibles » orné de 12 planches colorées par M. Max Gillard, artiste peintre. Il sera suivi de sept éditions, dont la dernière éditée en 1946 a été revue et complétée par M. Claude PARADIS et Me Pierre MOUROT, avocat et président de la section mycologique de la Société d’Horticulture de Saint-Dié. 

    En fouillant dans la littérature on peut encore trouver chez les bouquinistes l’ « Iconographie des Champignons supérieurs » réalisée en 1919 par G. Juillard – Hartmann, Volume 1 à 5, sans indication de l’édition et dont les seuls renseignements disponibles sur la couverture sont : En vente chez Juillard & Fils, Champ-du-Pin à EPINAL (Vosges) et aux Etablissements du Dr AUZOUX, 56, rue de Vaugirard à Paris. Cet ouvrage présente une iconographie de 2513 espèces, pas seulement vosgiennes, avec les textes les accompagnants. C’est à l’époque un monument et cet ouvrage reste très intéressant de nos, vu la qualité de ces icônes, tant d’un point de vue scientifique qu’artistique. 
    Plus prés de nous, un mycologue alsacien Vincent RASTETTER a également contribué à la connaissance des champignons de la région. Il eut son premier contact avec la communauté mycologique en 1962 lors d’une exposition avec la Société Montbéliardaises à Ottmarsheim organisée par les pharmaciens alsaciens.
Plus tard avec le Dr. Henry de Vesoul, il devenait le co-auteur de Cortinarius vixolivascens découvert en forêt de la Hart dans la plaine d’Alsace. Henry lui rendit plus tard hommage en lui dédiant l’une de ces créations Cortinarius rastetteri Henry. Il est l’auteur de pas moins de 105 publications, tant sur les champignons et les bryophytes dont il était grand spécialiste, que sur les plantes en général et les phanérogames en particuliers. On peut citer entre autres, « les champignons des Vosges » publié en 1978 dans le Bull. Soc. Industr. Mulhouse, 3/771 : 35-40. 
    Contemporain de ce dernier, Pierre BARBAS oeuvrait côté Lorrain dès 1933, la forêt étant sa principale distraction. Passionné par la nature en général, il était très bon mycologue ne négligeant aucun genre il appréciait beaucoup les Polypores au sens large et les Corticiacées. Instituteur sachant transmettre ses connaissances, il fonda en 1959 le GMV Groupe Mycologique Vosgien. Outre ses articles publiés dans le bulletin annuel du GMV il entreprit la publication d’une liste de plus de 1600 espèces classées, répertoriées et décrites du massif vosgien et d’une partie de la plaine côté lorrain, dans le bulletin de la société philomatique des Vosges à Saint-Dié de 1977 à 1994. 
    Un autre membre du Club vosgien ayant beaucoup prospecté les Hautes-Vosges, c’est Hubert Antoine de Lénizeul en Haute-Marne. Il nous a laissé, entre autre un fascicule « Flore des champignons du Nord-Est de la France, Les Polypores » publié par le centre national de documentation pédagogique en 1977, de nombreuses publications dans divers bulletins mycologiques, dont la Clé analytique des Cortinaires du Nord-est de la France dans les Documents mycologiques Tome XII, fasc. 45, oct. 1981. Toujours très utile pour la détermination de ce genre difficile, dans notre région. 

    Sur les pas des anciens, les mycologues actuels sont très actifs. Nous ne pouvons pas les nommer tous, ni énumérer toutes les publications et travaux qu’ils effectuent. Cependant il nous paraît incontournable de citer quelques personnages de la mycologie régionale actuelle. 

    Le premier qui me vient à l’esprit est Paul HERTZOG, ancien instituteur, personnage discret qui a une connaissance immense sur les champignons, surtout les agaricales mais survolant les corticiés et les ascomycètes. Il transmet oralement son savoir sans compter. On peut alors lui reprocher de ne pas avoir assez publié. Il est néanmoins l’auteur de quelques articles dans les bulletins de la société mycologique du Haut-Rhin ainsi que dans celui de la société mycologique de Strasbourg. Il a en outre publié quelques ouvrages de vulgarisation, dont « Champignons des Vosges et de la plaine d’Alsace » aux éditions S.A.E.P. d’Ingersheim en 1979. Il a largement contribué, avec l’ensemble des mycologues de la région, à l’inventaire mycologique de la région Alsace réalisé par Bernard CROZE et publié dans un numéro spécial de la SMHR, puis complété régulièrement, dans lequel les champignons des hautes Vosges sont compris puisque la ligne artificielle qui sépare la Lorraine de l’Alsace, passe justement par les crêtes. C’est d’ailleurs à partir de cet inventaire, que nous avons réalisé la liste rouge des champignons menacés d’Alsace, avec l’aide précieuse de Daniel DOLL, fin et insatiable découvreur d’espèces nouvelles pour la région. Liste qui a été publiée en premier lieu en 2002 dans le Bulletin n° 7 de la SMHV, puis officiellement dans le livre, référence en la matière, « Les listes rouges de la nature menacée en Alsace » Odonat Strasbourg en 2003. 

    Côté lorrain une cartographie est en route depuis une vingtaine d’années, les données étant collectées par Jean-Paul MAURICE du GMV et SLM, et Bernard DANGIEN du laboratoire de cryptogamie de la faculté de pharmacie de Nancy, là encore en étroite collaboration avec les mycologues régionaux. Si nous devons l’inventaire des agaricales à de nombreux mycologues, nous devons en revanche les Ascomycètes et les Corticiés à deux mycologues en particulier qui s’intéressent chacun à ces deux grands groupes.
C’est Jacques DENY qui durant des décennies a emmagasiné une liste impressionnantes de récoltes d’ascomycètes, surtout dans les environs de Gérardmer où il possédait une résidence. 

    Quant à la liste tout aussi impressionnante des Corticiés et autres Apphyllophorales, nous la devons à un autre instituteur à la retraite, Gérard TRICHIES de Neuf-Chef en Moselle. Il est d’ailleurs l’auteur de nombreuses publications scientifiques concernant des espèces nouvelles pour la région et même pour la science. 

    Comment ne pas évoquer le livre trop célèbre « J’ai dû manger des amanites mortelles » du Dr. Pierre BASTIEN aux éditions Flammarion, La maison rustique, Paris, paru en1985. Livre dans lequel le docteur tente de prouver que son protocole est incontournable. Mais à l’heure actuelle, de nombreux centres anti-poisons ont abandonné le traitement du Dr Bastien, y compris les centres de Nancy et Angers qui l’ont pourtant soutenu en son temps. 

    Notons encore les travaux du Pr. Pierre LECTARD qui a publié son « Cours public de mycologie », à la société Lorraine de mycologie dont la première édition date de 1980, la seconde de 1986. En 1993 sortait le « Cours public de mycologie » niveau 2.
Jean-Paul MAURICE mycologue et pharmacien à NEUCHATEAU 88, est également une figure incontournable de la mycologie régionale.
Quant à nous, nous nous sommes inspirés des travaux de Pierre-Arthur MOREAU, afin d’entreprendre au sein de la SMHV, une étude inventoriale et patrimoniale des champignons des tourbières et aulnaies remarquables des Hautes-Vosges, avec le soutien du conseil général des Vosges et en concertation avec le parc naturel des Ballons des Vosges et le conservatoire des sites lorrains. Nous avons produit notre premier ouvrage de vulgarisation en étroite collaboration avec Yves LANCEAU, photographe professionnel et Isabelle MASSON DEBLAISE, « Les champignons en 1000 photos » aux éditions Solar à Paris en 1977. Puis nous avons publié un second ouvrage, sorte d’invitation à la mycologie, « Regard sur les champignons » aux éditions SAEP à Ingersheim en 2003. Plus récemment « Les champignons, les reconnaître et les trouver » aux Esitions Sud-ouest en 2010. 

    Le département des Vosges a accueilli quatre sessions de la société mycologique de France. La première se déroulait entre Saint-Dié et Gérardmer en 1905, retour dans les Vosges à Plombières en 1959, puis en 1965 le groupe mycologique vosgien l’organisait à nouveau à Saint Dié. Plus récemment, en 2003 et toujours à Saint Dié des Vosges, cette session était organisée par la société mycologique des hautes Vosges. Mais le massif vosgien, plus précisément les Vosges du nord ont été explorées lors des sessions SMF en 1921 à Strasbourg, les collines sous vosgiennes et les Vosges du sud l’ont été lors de la session organisée à Colmar en 1982 par la société mycologique de centre Alsace. Ces Vosges du sud ont fait l’objet de quelques excursions lors de la session organisée par la société mycologique du Territoire de Belfort qui s’est tenue à Belfort en 1998.

 Les sociétés mycologiques des départements bordant le massif vosgien :


FME - Récemment, en 2002, une nouvelle fédération mycologique a vu le jour, la troisième en France, il s’agit de la Fédération Mycologique de l’Est fondée par Jean-Pierre CHEVROLET actuel président, dont le siège est basé au 19, rue d’Eguenigue – 90380 ROPPE – Tel : 03 84 28 74 20
La fédération édite un bulletin mycologique annuel.
Pour la contacter : jeanpierre.chevrolet@wanadoo.fr

SMLE La société Mycologique de Luxeuil et environs a été fondée en 1968 par André MARTIN principal du Collège à Luxeuil les bains. L’actuelle présidente est Bernadette THOUVENOT ( S.M.L.E. ) 70210 DAMPVALLAY SAINT-PANCREAS. Tél. : 0384942189 Courriel : bernadette.thouvenot@wanadoo.fr 
La société n’édite pas de bulletin et n’a pas de site Internet.

SLM La société Lorraine de Mycologie a été fondée en 1911 par le Pr. GODFRIN, Directeur de l’école supérieure de Pharmacie de Nancy. Coordonnées : 20, rue Lionois 54000 NANCY – Tel : 03 83 68 21 69
La société édite un bulletin mycologique annuel.
Pour la contacter : slm@pharma.uhp.nancy.fr

SMME La société Mycologique de Moselle-Est
Pour la contacter : etienne.charles@laposte.net - Site Internet : http://perso.wanadoo.fr/smme

SMTB La Société Mycologique du Territoire de Belfort a été fondée en 1986, par Jean-Pierre CHEVROLET. Coordonnées : Cité des associations, rue Jean-Pierre Melville – BP 293 - 90005 BELFORT Cedex – Tel 03 89 58 03 04
La société édite un bulletin mycologique annuel.
Pour la contacter : belfort.stemycologie@libertysurf.fr

SMHR La Société Mycologique de Mulhouse est fondée en 1964 avec pour Président Pierre WILD. Elle devient Société Mycologique du Haut-Rhin en 1978. Son actuel Président est Jean-Luc MULLER. Coordonnées : Espace 110 – 1 avenue des Rives de L’Ill – 68110 ILLZACH – Tel 03 89 52 18 81 – Fax : 03 89 46 46 90
La société édite un bulletin mycologique annuel.
Pour la contacter : mycohautrhin@evhr.net - Site Internet : http://www.myco-haut-rhin.com

SMCA Société Mycologique du Centre Alsace. Président actuel Jean CABALION – 52 avenue du Dr. Houillon – 67000 SELESTAT jeancabalion@gmail.com

SMS La Société Mycologique de Strasbourg a été fondée en 1979 avec comme Président Michel FIX. Son président actuel est Dominique SCHOTT. Coordonnées : Centre socio-culturel le Galet - Maison de l'Enfance - 27 Bld Victor Hugo - 67200 STRASBOURG
La société édite un bulletin mycologique semestriel.
Pour la contacter : mycostra@free.fr - Site Internet : http://mycostra.free.fr

GMV Le Groupe Mycologique Vosgien a été fondé par Pierre BARBAS en 1959.. Coordonnées : 16 rue du Général de Gaulle à 88600 BRUYERES
88600 BRUYERES. La société édite un bulletin mycologique annuel.

SMHV La Société Mycologique des Hautes-Vosges a été fondée en 1996, par Patrick LAURENT, actuel président. Coordonnées – 26-28 route du Repas – 88520 WISEMBACH – Tel 03 29 57 39 13
La société édite un bulletin mycologique annuel, dont les index des articles sont sur le site Internet http://www.smhv.net
Pour la contacter : laurentpatrick8410@neuf.fr

SEMHV Station d’Etudes Mycologiques des Hautes Vosges, fondée par Patrick LAURENT en mai 2010, actuel directeur. – 26, route du Repas – 88520 WISEMBACH – Tel 03.29.57.39.13. semhv@neuf.fr

Lentinus ursinus
Récolte de Lentinus ursinus en forêt "primaire" vosgienne
Lentinus ursinus
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    Cette variété luxuriante de Lentinus ursinus est un fidèle champignon rare, des forêts à forte naturalité, comme certains habitats de la forêt domaniale de Ribeauvillé 68, dans le massif vosgien.
Amanita crocea f. alba
Description d'Amanita crocea f. alba, décrite du massif vosgien
Amanita crocea f. alba
Vign_a_crocea_f_alba_2
    Amanita crocea f. alba Laurent
    On voit sur ce cliché, l'Amanite safran typique et sa forme blanche, nouvellement décrite du massif vosgien, à Wisembach, sous bouleaux.
Picoa carthusiana
Deux stations de Picoa carthusiana, hypogé rare, dans le massif vosgien
Picoa carthusiana
Vign_picoa_carthusiana_02971_redimensionner

    Cette sorte de 'truffe" est une espèce hypogée, qui vit en symbiose avec le sapin des Vosges Abies alba. On remarque le trou du mulot à gauche, qui a su trouver et commencer à déguster ce champignon.
    Il s'agit d'une espèce parapluie des sapinières naturelles vosgiennes.

Sacré Coeur
Synthèse d'une réunion de travail sur le site remarquable du Sacré Coeur à Bertrimoutier, sur lequel une étude mycologique inventoriale est en cours de réalisation.
LAURENT P © 2010
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