et STATION D'ETUDES MYCOLOGIQUES
Les champignons
Pilz,Hongo,Mushroom,Fungi,Olatra
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INDICATEURS BIOLOGIQUES
Vign_Cyathus_stercoreus_297

Les champignons indicateurs biologiques

    L'accumulation de composés toxiques a des effets nocifs sur les végétaux et en suivant la chaîne alimentaire, une incidence néfaste sur la santé des animaux en général et sur notre santé en particulier.

    Les sols reçoivent artificiellement quantité de fertilisants, insecticides et fongicides de tous ordres qui constituent la principale cause de pollution chimique. Des doses mal appropriées d'engrais entraînent indéniablement des perturbations des sols, telles que des lessivages, des déséquilibres, voire la destruction, de la microfaune et donc la dégradation des sols. Les risques environnementaux ne sont donc pas négligeables, il en va de la qualité, de la fertilité, de la structure de nos sols, ainsi que de leur formation par accumulation de l'humus, de leur conservation et de leur activité biologique.

    La présence de champignons, répond à ces exigences et donne des indications précises sur la nature des milieux.

Indicateur biologique
Un indicateur biologique est une espèce réagissant aux modifications de son environnement, de son habitat, de son milieu.
Ainsi, trois facteurs influent sur la fonge :

  1. Les champignons BIO INDICATEURS : ils changent de couleur, de taille, de forme, etc. suivant les perturbations chimiques ou physiologiques du sol.
  2. Les champignons BIO INTEGRATEURS : leurs peuplements évoluent, par la présence ou l'absence de telle ou telle espèce, par la diminution ou l'accroissement de leur population, par la diversité des espèces présentes, la concentration d'espèces mycorhizogènes ou saprotrophes et le maintient ou non d'un bon équilibre biologique entre ces deux modes de vie.
  3. Les champignons BIO ACCUMLATEURS : leurs tissus, cellules, concentrent les substances polluantes, comme les métaux lourds (plomb, mercure...), les substances radioactives (césium 134, césium 137...).

    L'inventaire et le suivi de ces espèces de champignons bio indicatrices ou indicatrices biologiques, nous sont utiles pour déceler les désordres environnementaux, leur modification, leur évolution en bien ou en mal. Ils permettent de déterminer l'apparition ou la présence de pollutions d'en mesurer les effets dans les écosystèmes.
C'est ainsi que l'on peut évaluer les bienfaits de telle ou telle intervention, sur des "nettoyages" de pollution.
En fait, les trois catégories d'espèces de mycètes, Bio indicateurs, Bio intégrateurs & Bio accumulateur, sont de bons "instruments" pour surveiller les pollutions et contribuent ainsi à une meilleure gestion écologique des milieux. Ils rendent un grand service aux gestionnaires, qu'ils soient des collectivités locales, de l'Etat ou des particuliers comme les industriels ou les agriculteurs.

    On sait, après l'étude RENECOFOR menée pendant plus de 20 ans, sur différentes placettes types, que les champignons jouent un rôle majeur et décisif dans les écosystèmes. Ils sont très sensibles aux altérations, surtout dans les biotopes à forte naturalité, voire naturels. De ce fait ils deviennent de précieux alliés pour la connaissance de leurs habitats et surtout pour évaluer la qualité écologique de ces derniers.

    On sait aussi depuis longtemps que les Lichens, désormais classés dans le règne des Fungi ou Mycota (champignons), sont d'excellents bio indicateurs de la qualité de l'air. Ils réagissent, disparaissent ou apparaissent en fonction de la présence ou absence de divers polluants, surtout les acides, mais aussi les teneurs en différents gaz. Ils modifient leur couleur, leur morphologie et sont utilisés comme sentinelles de notre pollution atmosphérique.

Hygrocybes bio intégrateurs
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Les prairies naturelles

Sur le massif vosgien par exemple, les prairies naturelles sont de plus en plus rares, classées vulnérables en Liste de rouge des habitats menacés, tout comme certaines zones humides ou marécageuses.

Les macromycètes ou "champignons supérieurs" représentent un atout majeur pour la compréhension du fonctionnement des écosystèmes et parmi eux, nombreux sont bio intégrateurs, précisant ainsi l'équilibre biologique des sols, en raison de l'extrême sensibilité de leur population aux différentes perturbations de leurs habitats.

C'est ainsi que dans les prairies, les pelouses, les prés, les herbages, etc., vivent un nombre important d'espèces saprotrophes (saprophytes) de l'humus. Le sous-genre Hygrocybe est vraisemblablement l'un des meilleurs bio intégrateur avec quelques autres de sensibilité biologique analogue. Les Hygrocybes voient leurs populations se réduire ou entièrement disparaitre, sur des espaces herbeux enrichis en sulfates, phosphates et surtout en nitrates. En effet, la pollution azotée est omniprésente dans l'agriculture française et européenne. C'est l'une des raisons pour laquelle nous avons placé un grand nombre d'espèces du Genre Hygrophorus et Hygrocybe parmi les espèces les plus menacées, dans les différentes Listes Rouges, que nous avons constitué.

Hygrocybe glutinipes comme bon nombre de ses congénaires, paie un lourd tribu à l'engraissement chimique artificiel de nos prairies et pelouses.

Azote & bio intégrateurs
Vign_Dermoloma_atrocinereum_141

L'Azote et les bio intégrateurs

Chaque espèces de champignons et comme nous l'avons vu plus haut, surtout les Hygrocybes, ont une sensibilité différentes à la présence d'azote dans le sol. La présence, l'absence et le nombre de sporophores visibles dans une saison, fournissent des éléments évaluatifs de la qualité du sol.

Un inventaire sur l'habitat désigné, représente une évidente réponse à la connaissance des populations fongiques et permet ainsi de hiérarchiser sur une liste d'espèces, les sensibilités aux nitrates, avec les gradients suivants :


Espèces très sensibles aux nitrates : c'est indice se révèle souvent par l'absence d'espèce caractéristique du milieu.

Espèces sensibles aux nitrates : c'est indice est révélé par une forte diminution des populations, qui tendent vers leur disparition.

Espèces nitratoclines : Les Hygrocybes et autres espèces affines se maintiennent tant bien que mal, avec un fort déséquilibre des populations et on voit apparaitre des espèces jusque là absente du milieu.

Espèces nitratophiles : les espèces fimicoles et stercoricoles occupent la majorité de la surface du milieu au détriment des espèces inféodées aux prairies naturelles.

Dermoloma atrocinereum encore un disparu de nos prairies et pâturages.

Champignons bio intégrateurs
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Espèces très sensibles aux nitrates

Elles disparaissent à la moindre présence de nitrate dans le sol. On trouve les espèces suivantes :
Hygrocybe ingrata, H. nitrata, H. ovina, H spadicea, H. splendidissima et Hygrocybe subminutula.
Cuphophyllus lacmus
Les espèces des genres : Dermoloma, Calocybe, Camarophyllopsis, petites espèces praticoles du genre Clavaria et les espèces des genres Geoglossum, Porpoloma, ainsi que certaines espèces du genre Entoloma.

Espèces très sensibles aux nitrates

Leur populations régressent et à terme elles disparaissent assez rapidement en présence de nitrates. On trouve les espèces suivantes :
Hygrocybe calyptraeformis, H. ceracea, H. chlorophana, H. coccinea, H. conica, H. intermedia, H. fornicata, H. persistens, H. psittacina, H.punicea et Hygrocybe unguinosa ; ainsi que Cuphophyllus virgineus et C. pratensis.

Espèces nitratoclines

Espèces ayant une préférence pour les sols azotés, on trouve :
La plupart des espèces du genre Lepista (L. saeva, panaeolina, irina)
La plupart des espèces du genre Leucopaxillus, Lepiota s.l., Clitocybe et Psilocybe.
et les espèces suivantes :
Phaeotellus griseopallidus, Omphalina pyxidata, Rhodocybe popinalis.

Espèces nitratophiles

Espèces se développant préférentiellement sur les sols azotés, on trouve les espèces suivantes :
La plupart des espèces du genre Agaricus, Bolbitius, Psathyrella et en particulier P. candolleana, Panaeolus ainsi que Coprinus comatus, C. atramentarius, Marasmius oreades, Vascellum pratense, Volvariella gloiocephala et V. speciosa.

On trouve bon nombre de ces espèces dans des milieux anthropisés à tendances rudérales.

Agaricus campestris
disparait de nos régions, par conséquence de la disparition de ses habitats (prairies à bovins et équins) et surtout par retournement des terres arables.

Champignons bio indicateurs
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Dans les écosystèmes forestiers et les milieux rudéraux


    Dans nos forêts chaque espèce lutte pour se faire une place et renouveler ses populations. Une grande majorité opte pour une relation symbiotique avec des ligneux, les arbres de nos forêts, avec lesquels elles forment de mycorhizes avec les radicelles de ces derniers. Un groupe moindre, se contente d'assimiler la matière organique des bois morts, moribonds ou affaiblis en vivant en saprotrophes. Les plus rares subsistent en se développant au détriment d'organismes vivants qu'ils parasitent. Mais chacun a des exigences écologiques particulières. Ceci est vrai dans les milieux naturels, mais également dans des milieux artificiels. Ainsi le cas du BRF (bois raméal fragmenté) est intéressant. Sur des surfaces quadrillées données, il est possible de déterminer les espèces les plus résistantes à la sécheresse, aux nitrates, aux acidités, au piétinement, etc. en inventoriant les diverses populations qui cohabitent ou se succèdent au cours des différentes saisons. Ils permettent ainsi de connaître et d'apprécier les bons dosages en apport d'humus par rapport à l'acidité du sol, ils sont en outre les éléments indispensables à la transformation du BRF pour pouvoir ainsi constituer le nouveau sol et être assimilé par les plantes hôtes de ces lieux.

Stropharia rugosoannulata est l'une des espèces qui développent d'innombrables sporophores (plusieurs centaines) sur des mycéliums envahissant les rameaux de bois fragmentés dispersés aux pieds des arbres et arbustes d'ornement des parcs et jardins de nos villes.

BIO ACCUMLATEUR
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Rozites caperatus (Pers. : Fr.) Karsten est un champignon Bio accumulateur.
Il concentre facilement les radionucléides, tels que les Césium 134 & 137. A la suite de l'accident de Tchernobyl, il se trouvait dans le peloton de tête des espèces contaminées, dans l'Est de la France.

BIO ACCUMULATEUR
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Xerocomus badius (Fr. : Fr.) Gilbert
Ce bolet fait également partie des champignons qui concentre les radionucléides (Césium 134, 137). Il était fortement contaminé dans le massif vosgien, suite à l'accident nucléaire de Tchernobyl.

 
Vign_RENECOFOR_06

    Les champignons, organismes vivants, ni végétaux, ni animaux, sont considérés comme d'excellents révélateurs de l’état de santé des écosystèmes, Le mycélium des champignons est la structure souterraine qui les caractérise. Cette partie végétative, mais pérenne est donc difficilement accessible. Les sporophores (organes de fructification des champignons) représentent les seuls témoins directs des champignons dans la nature. Cependant ils apparaissent spontannément et sporadiquements au grès des conditions météorologiques qui leurs sont favorables, à une époque donnée. Les inventaires fongiques sont donc souvent réalisés par la récolte des sporophores, mais cela ne traduit pas complétement la diversité fongique réelle présente dans la rhizosphère. L'apparition fugace des sporophores est régie par de
nombreux facteurs comme la périodicité des cycles biologiques fortement dépendante de l’espèce, la fluctuations considérables de la fructification selon les conditions climatiques et les cycles biologiques des nombreuses espèces. De part leur mode de vie, les espèces hypogées c’est-à-dire à sporophores souterraines, et celle ne possédant pas de stade sexué (anamorphes) apparent sont ainsi fortement sous-estimées lors des campagnes mycologiques (Guinberteau & Courtecuisse, 1997). De plus, il existe peu de correspondance entre les espèces qui fructifient et celles qui abondent dans la rhizosphère (Gardes & Bruns, 1996a). 

    La   méthodologie concernant les relevés de sporophores est soumises à ces conditions :
Afin d'évaluer l'abondance des sporophores (paramètre souvent négligé) il est nécessaire pour chaque taxon noté, de lui affecter un coefficient selon l’échelle suivante :
1 : un sporophore isolé
2 : deux ou trois sporophores répartis sur l'ensemble de la placette
3 : quatre à dix sporophores
4 : dix à cinquante sporophores
5 : plus de cinquante sporophores 
Complété par un indice de sociabilité (pour les catégories précédentes 3, 4 et 5) selon les indications suivantes :
i = sporophores isolés,
g = sporophores groupés en petites unités
c = sporophores en colonies ou (arcs de) cercles

Il est nécessaire de tenir compte du statut trophique et biologique du champignon :
EnM = Endomycorhizogène
EcM = Ectomycorhizogène
Mo = muscicole
PnL = parasite nécrotrophe lignicole
PbFu = parasite biotrophe fungicole
PbHe = parasite biotrophe grammicole
S = saprotrophe
SC = saprotrophe coprophile
Sfo = saprotrophe foliicole
SL = saprotrophe lignicole
She = saprotrophe gramicole
P = Parasite
on peut éventuellement inventorier les Myxo = myxomycètes

Dans le tableau d’inventaire, les espèces sont hiérarchisées suivant les critères déjà retenus par la Société Mycologique du Nord de la France dans la définition des espèces « Déterminantes » du Nord-Pas-Calais (Bull. Soc. Mycol. Nord Fr. 78/2005).

Espèces « parapluie » * - Espèces « déterminantes »* - Espèces « caractéristiques »*

Espèces « parapluie » : espèces à valeur écologique et de déterminabilité élevée.
1. Espèces caractéristiques de mycocoenoses rares ou vulnérables
2. Espèces inféodées à des milieux rares ou vulnérables
Espèces faciles à observer au moment de leur fructification et déterminables in situ. (voire médiatisables au besoin)

Espèces « déterminantes » : espèces à valeur écologique forte/moyenne et de déterminabilité élevée à moyenne.
1. Espèces caractéristiques de mycocoenoses riches en espèces ou espèces compagnes de mycocoenoses rares
2. Espèces préférentielles de milieux rares ou vulnérables
Espèces faciles à observer, ou demandant une recherche orientée mais déterminables in situ.

Espèces « caractéristiques » : espèces à valeur écologique médiocre mais liées à des conditions déterminées et caractéristiques d’association d’espèces plus rares. La présence de ces espèces sur un site doit inciter à y rechercher plus spécifiquement les espèces déterminantes ou parapluie associées au même habitat.

Espèces « éteintes » : espèces non revues dans la région depuis 1990.
1. Espèces faciles à observer ou au moins identifiables in situ
2. Espèces inféodées à des milieux en très forte régression ou très perturbés

Spectre Biologique Mycologique
Développé à titre expérimental par la Commission Environnement de la SMF, au titre du programme « Réseau national de suivi des écosystèmes forestiers sur le long terme » (RENECOFOR) le calcul de ce spectre à l’aide du rapport «nombre d’espèces mycorhiziques / nombre d’espèces saprotrophes » s’avère un bon bio-indicateur de la santé des écosystèmes forestiers.

Exemple Spectre biologique de l'inventaire mycologique de Retournemer :
EcM / S (et P) – Total des taxons : 254 
            Soit : 78 / 176 = 0,44

Ainsi, en considérant les différentes espèces sensibles aux pollutions, changement écologiques, il est possible d'établir, pour un milieu donné, son état de santé.

Fonge & biodiversité
Vign_Entoloma_poliopus_063

    De la parfaite connaissance de la fonge d'un écosystème, dépend son avenir. Les champignons sont les meilleurs indicateurs biologiques, qui permettent au "diagnostiqueur" d'en évaluer l'état de santé. Il est impensable de pouvoir parler de la biodiversité d'un écosystème, sans évoquer la fonge, c'est pourtant le cas dans bien des publications scientifiques et dans les plans de "gestion" de divers habitats. Il serait temps de prendre ces considérations incontournables, dans les différentes orientations prises en faveur de notre Dame Nature.

Entoloma poliopus

BIO ACCUMULATEUR
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Agaricus bitorquis (Quélet) Saccardo
Cet Agaric capable de percer le macadam d'un trottoir, accumule les métaux lourds, tel que le plomb, issu des rejets de nos carburants par les véhicules. C'est la raison pour laquelle il est fortement proscrit, de récolter des champignons en bordure de routes ou chemins, pour la consommation.

LAURENT P © 2010
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